A l’occasion de la sortie en salles mercredi prochain d’Insidious (voir la critique), j’ai eu la chance de rencontrer son réalisateur : James Wan.

Dans un café parisien, accompagné de quelques confrères, j’ai pu lui poser quelques questions sur son dernier-né. Mais le metteur en scène revient également sur la franchise Saw dont il est le créateur et évoque cette fameuse mode des suites et remakes qu’affectionnent les producteurs.

Grâce à une caméra posée sur la table du café, vous pouvez découvrir en vidéo l’intégralité de nos échanges (en anglais).
La rencontre est bien entendu entièrement retranscrite en français.

 

Quand j’ai vu le film, j’ai pensé à Poltergeist, le film de Tobe Hooper. Est-ce qu’Insidious n’est pas un peu un hommage ?
Les gens voient une corrélation avec Poltergeist car il a été le premier film de maison hantée important qui se déroule dans une imposante bâtisse en banlieue. Insidious est de la même veine mais aussi parce que dans les deux films on peut voir des enquêteurs du paranormal. Poltergeist est un de mes films d’horreur préféré, donc quand les gens font ce rapprochement je suis très content. Ce n’était pas un hommage mais ça me va.

Comment avez-vous fait pour que le film ait l’air nouveau, inédit, alors que tant de choses ont été faites à travers les années dans ce genre ?
C’est compliqué, de nos jours, de faire peur à un public. Compliqué mais cool. Je le vois comme un challenge, il faut que je trouve quelque chose d’unique, de différent pour accrocher le public. Ce qu’on a voulu faire avec Insidious, c’était de faire quelque chose de classique, qui reprennent des choses un peu old school avec lesquelles on a grandi tout en créant des choses uniques, s’éloiignant des clichés. Je pense qu’on y est arrivé.

Ne pensez-vous pas que le méchant du film est un mix entre Freddy Krueger et Darth Maul ?
Maintenant que vous le dites ! C’est étrange, sûrement parce qu’il a un visage rouge… Mais je pense que mon démon est plutôt inspiré par David Lynch. Il peint son visage au rouge à lèvres et ça me semble assez “lynchien”. Je me suis demandé “comment Lynch créerait un démon”…
En termes de fantômes, je suis fan du coté théâtral des choses, comme le personnage d’Harley Quinn par exemple, les clowns, les poupées. L’un de mes films préféré du genre, peu connu du grand public s’appelle Carnival of Souls. Il a des fantômes qui font peurs, vraiment peur, et c’est dû au faible budget du film. Les maquillages étaient mal réalisés mais ça donnait un coté effrayant de qualité.

Vous avez travaillé sur la musique avec Charlie Clouser pour Dead Silence, Death Sentence et Saw mais pas celui-là. Pourquoi ?
Comme vous l’avez dit, j’ai travaillé avec Charlie sur tous mes autres films avant Insidious et je l’aime beaucoup mais je voulais essayer quelque chose de différent. Je voulais un son différent et Joseph Bishara [qui a composé la BO d’Insidious] est un grand fan de films d’horreurs. Je pouvais faire des références à Carnival of Souls, à Dario Argento, à d’obscurs films et il les comprenait. Sa sensibilité collait bien au film.
Je ne veux pas dire que Charlie n’aurait pas fait du bon travail, mais que Joseph a apporté quelque chose. On s’est inspiré de musiques de films comme celle de Black Christmas, très simple, avec juste du piano. C’est ce que je voulais pour Insidious, que Joe me compose une musique au piano.
Je me suis aussi senti obliger de lui confier la musique car il joue le démon dans le film. Il a passé plus de six heures au maquillage à chaque fois. Comme il était sur le plateau, qu’il voyait le tournage, je me suis dit qu’il savait déjà ce que le film sera.

Vous retravaillerez avec Charlie Clouser ?
J’aimerai beaucoup, oui !

Le film m’a rappelé La Quatrième Dimension… Vous l’avez vu ? Et est-ce que Steven Spielberg a vu Insidious ?
C’est cool pour la Quatrième Dimension… Pour Steven Spielberg, je ne sais pas. Demandez le lui et dites le moi.
Je suis fan de Spielberg. C’est difficile pour ceux de notre génération de ne pas grandir avec Steven Spielberg et George Lucas. Il y a aussi les protégés de Spielberg : Joe Dante, John Landis, Chris Colombus, Robert Zemeckis… J’ai grandi avec eux et les deux films qui m’ont le plus marqué étant gamin sont Les Dents de la Mer et Poltergeist.
Poltergeist m’a terrifié et m’a donné la peur des poupées et des clowns. Les Dents de la Mer m’a donné peur de la mer. J’aime aussi beaucoup Duel. C’est le genre de film auquel on se réfère quand on est étudiant en cinéma.

En dehors des films, où allez-vous chercher votre inspiration ? Dans vos propres peurs ?
Pour Insidious, l’inspiration est venue de nombreuses histoires de fantômes que Leigh [Whanell, le scénariste] et moi avons entendu de nos amis, de notre famille. Je voulais faire un film qui capture cette ambiance, un peu comme quand vous êtes autour d’un feu de camps à se raconter des histoires.
Souvent les gens me demandent s’il existe une formule pour faire un film qui fait vraiment peur. Je n’ai pas la recette mais j’essaye de faire des films qui me perturbent moi-même. Si ça me fait peur, ça ne peut que fonctionner avec le public.

Vous avez l’habitude d’utiliser des acteurs à contre-emploi. Saw était le premier film d’horreur de Danny Glover, c’est à peu près la même chose pour Rose Byrne dans Insidious. Vous aimez donner des rôles inhabituels à vos acteurs ?
Vous avez raison. J’aime remplir mes films d’acteurs qu’on associe pas avec ce genre de film. On n’associe pas Danny Glover avec le film d’horreur, pas plus que Donnie Wahlberg dans Dead Silence ou Patrick Wilson dans Insidious.
Je trouve ça cool. Ils apportent quelque chose d’unique. Avec Rose et Patrick, j’ai eu de la chance car ils arrivent à nous faire croire qu’ils sont une vraie famille, que la dynamique de couple fonctionne. On y croit et on s’inquiète pour eux. Les avoir était une grosse victoire pour moi.

Votre film est construit en deux parties : une 1ère effrayante et une 2e où l’humour est plus présent. Pourquoi ce choix ?
J’ai appris en faisant d’autres que si on fait un film intense du début à la fin, si on n’offre pas au public quelque pour les faire rire, ils rient d’autre chose, et généralement ils se moquent de quelqu’un chose qui n’est pas censé être amusant. Ce n’est pas bon.
On a donc voulu faire un film effrayant, avec du suspens mais qui permette aussi au spectateur de respirer. Avec un peu d’humour, juste un peu pour ne pas en faire une comédie, c’est bon pour le public; un peu comme une montagne russe avec des hauts et des bas.

Le duo de comique fait un peu penser à Ghostbusters…
A cause de l’équipement ? Leigh et moi, on aime les instruments mécaniques un peu bizarres. Souvenez-vous des pièges dans Saw. J’adore ce genre de trucs. Ce duo de comiques nous a donc permis de caler ces objets étranges, comme le masque à gaz.

Quand vous avez réalisé le premier Saw, avez vous pensé que ça deviendrait la franchise qu’on connait actuellement ?
Je mentirai si je disais que j’y avais pensé. J’ai toujours cru que quand, à la fin du film, Jigsaw ferme la porte en disant “Game over”, ce serait vraiment la fin ! Mais l’appel du box office a réouvert cette porte avec beaucoup de suites.
Maintenant que la franchise est finie, je peux surement la regarder dans son ensemble avec un point de vue plus objectif. Vous savez, je n’ai réalisé que le premier et j’ai été impliqué dans les histoires du 2e et du 3e mais c’est à peu près tout. Les crédits sont donc pour les producteurs et le studio qui ont réussi à sortir un film par an et avoir beaucoup de succès. La plupart des suites de films d’horreurs sortent directement en vidéo et Saw a fait beaucoup beaucoup d’entrées, il y a un vrai public pour cette franchise. Je suis très content et fier. Que réalisateur d’un film ne le serait pas en voyant que c’est devenu une franchise géante.

Pensez-vous qu’Insidious puisse devenir une franchise aussi ?
Insidious a créé une mythologie, un monde, et des personnages qu’on pourrait revoir dans d’autres histoires. Le film a un potentiel pour des suites. Ceci étant dit, nous n’avons pas fait le film en pensant qu’il permettrait des suites. Je n’ai jamais réalisé une suite d’ailleurs.

Qu’est ce qui vous a récemment fait peur au cinéma ?
C’est difficile de trouver un film qui m’effraye de nos jours. Le plus récent, celui que j’aime beaucoup, est un peu ancien. C’est le Sixième Sens de M. Night Shyamalan. Le remake de Ring aussi, même si j’aime l’original.

Est-ce que vous réaliseriez un remake ?
J’ai toujours dit que je n’avais rien contre les suites et les remakes. Mais il faut que je puisse y apporter quelque chose de nouveau, de différent. Mais jusqu’à présent, je ne l’ai jamais fait.
Certains films n’ont pas besoin de remakes d’ailleurs. D’autres sont meilleurs que les originaux parce que l’histoire a été mieux racontée, que les moyens ont été mieux utilisés. C’est valable pour The Thing de John Carpenter ou La Mouche de David Cronenberg parce que les réalisateurs ont réussi à faire quelque chose de nouveau.

Vous avez travaillé avec Oren Peli, réalisateur de Paranormal Activity. Votre film est beaucoup plus effrayant que le sien. Qu’a-t-il pensé d’Insidious ?
Oren aime beaucoup le film. Un des plus grands compliments qu’il m’ait fait, alors que je faisais le montage de la première version du film, c’est de me dire : “comment ai-je pu avoir peur en le voyant alors que je connaissais le script, que j’étais sur le plateau ?!”. Il était terrifié, vraiment. Lui et ses partenaires ont pas mal apporté en idées, ça nous a beaucoup aidé à raconter l’histoire du film.

Beaucoup de films récents ont été inspirés par Saw. Qu’en pensez-vous ?
Je suis flatté. L’imitation est un compliment en fait ! Quand on a fait Saw, on ne pensait pas que ça aurait un tel impact dans la culture populaire. Donc c’est cool. Je suis honoré.

Confirmez-vous que Jigsaw a bien une apparition dans Insidious, dessiné sur un tableau ?
Oui ! Un des derniers jours de tournage, Leigh est venu me voir pour me dire que Jigsaw, qui fait une apparition dans chacun de mes films, n’y était pas. Il fallait une idée alors qu’on n’avait pas la marionnette avec nous. On a donc décidé un peu à l’arrache de le dessiner sur le tableau !

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