Si on fouille dans les archives de CloneWeb, on trouve une première trace d’adaptation des Maitres de l’Univers en 2007 (avec à l’époque les noms de Doug Liman ou même Bryan Singer). A l’époque, on qualifiait déjà le projet d’arlésienne. Nous sommes désormais 19 ans plus tard et Musclor débarque enfin sur grand petit écran avec le réalisateur Travis Knight (Bumblebee) aux manettes.

Pour comprendre Les Maitres de l’Univers, il faut remonter à 1981. L’idée chez Mattel est de créer une gamme de jouets articulés pour garçons, espérant reproduire le succès des figurines Star Wars. On pense à Conan le Barbare mais les droits sont trop chers. Le projet évolue, notamment grâce à Roger Sweet récemment décédé et He-Man finit par voir le jour. Le personnage se voit offrir un background grâce à des mini comics glissés dans les jouets. Puis la fameuse série animée voit le jour, mélangeant fantasy et science-fiction. On y suit le Prince Adam, un jeune gringalet vivant sur la planète Eternia. Lorsqu’il brandit une épée, il devient Musclor, « l’homme le plus fort qui ait existé jusqu’ici ». Jouant sur sa double identité, il sauve la veuve et l’orpheline et combat le sinistre Skeletor. L’univers a par la suite été multidécliné. Citons une première tentative live toute ratée avec Dolph Lundgren, l’exceptionnelle série animée de 2002 puis les projets Netflix (She-Ra, et deux séries animées Musclor).

Le film de Travis Knight, lui, pioche dans quarante ans de mythologie tout en cherchant à écrire la sienne. Il s’ouvre sur Adam enfant, envoyé sur Terre avec l’Epée du Pouvoir pour se planquer alors que Skeletor attaque sa cité. Séparé de l’épée, des années plus tard et alors qu’il se tape des heures de bullshit job bien terrien, il finit par la retrouver. Il retourne alors sur sa planète, qui a bien changé, pour assumer sa destinée et devenir le Champion de Greyskull.

Pas facile de s’attaquer à Musclor tant la mythologie est bordélique, les épisodes au ton changeant au gré des scénaristes. Travis Knight fait pourtant tout ce qu’il peut pour livrer un film fini. Et à l’heure des franchises et épisodes introductifs de suites qu’on n’aura jamais, c’est déjà un petit miracle. Les Maitres de l’Univers version 2026 se tient tout seul, avec un début et une vraie fin.
Pour autant, le film va passer deux heures à se chercher une tonalité. Knight et ses multiples scénaristes ont manifestement vu le Donjons & Dragons (le film de 2023 avec Chris Pine) et tente l’humour pour faire passer les bizarreries de l’univers. Ca ne fonctionne que rarement, et assez mal sur Skeletor, beaucoup trop cabotin et pas aidé par Jared Leto sous le maquillage.

On alterne donc des scènes très sérieuses, à base de destin héroïque, avec des scènes d’action (souvent très réussies) avec des scènes bouffonnes et à coté de la plaque. Et quelques aberrations scénaristiques comme l’envoi d’Adam sur Terre – qui n’apporte strictement rien à un récit qui finit par être cousu de fil blanc ou les changements appliqués au Maitre d’Armes qui n’aident pas Idris Elba à jouer correctement.

A l’inverse, il y a des éléments qui fonctionnent très bien comme l’abandon de la double identité. Travis Knight reprend l’idée de ND Stevenson, créateur de la série Netflix She-Ra, qui choisit de faire de Musclor un pouvoir plutôt qu’un alter-ego. Après tout celui-ci se transforme en crie « I have the power » (« j’ai le pouvoir » ou « je détiens la force toute puissante » dans la VF d’origine). Et de nombreux héros ont abandonné cette notion dans la pop culture depuis Tony Stark et son « je suis Iron Man » en 2008. Musclor est désormais l’armure d’Adam et même si ça fera hurler les vieux puristes, c’est une super idée. Knight ira même jusqu’à en piquer une autre à la série CGI de 2021 mais on se gardera bien de spoiler.

C’est aussi une super idée de confier le personnage de Teela, toujours au dessus du lot, à Camilla Mendes qui fait un taf tout aussi honorable que Nicholas Galitzine est bon dans le personnage. Mais on doit aussi citer l’excellent Daniel Pemberton qui a trouvé un très bon thème sorti tout droit des années 80, mêlant vieux synthétiseurs et vieux guitaristes (Brian May de Queen nous gratifiant de quelques notes). Ca aide à faire passer les quelques cailloux dans la botte du film.

Soyons honnête : l’auteur de ses lignes est un vieux fan de la franchise. Et il a passé un bon moment devant la version de Travis Knight. Certes, aidé par les 498 easter eggs et le fait de voir des personnages de papier prendre vie. Mais aussi parce que Knight met du cœur à l’ouvrage, nous montre un univers visuellement réussi et quelques séquences d’action plutôt cool (et même de l’escrime, chose très rare dans le dessin animé d’origine !).
Est-ce que le bide au box office américain est justifié ? Les défauts du long métrage pourraient nous faire penser que oui. Mais le même public s’est déplacé massivement en salles pour le remake live et laid de Vaiana et continue de remplir les cinémas pour les multiples version live et bien plus ratées que Disney proposent. Nous même on a vu bien pire cette année.

A moins que le film ne cartonne sur Prime Video, il y a assez peu de chance qu’on voit la suite de la seconde scène post-générique. Mais au moins Travis Knight s’en sort honorablement, nous faisant oublier la tentative de Gary Goddard. Et il nous montre que le Château des Ombres a encore bien des histoires à nous raconter.

Les Maitres de l’Univers, de Travis Knight – Disponible sur Prime Video

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