Cette année, l’Etrange Festival -rendez-vous incontournable des amateurs de cinéma de genre- fête ses 25 ans. Et nous, plus modestement, fêtons notre 10e participation à cette grande fête du 7e Art se déroulant au Forum des Images.

Au programme, évidemment, plein de films, souvent bizarres, parfois prenant et ponctuellement foirés ainsi que des chroniques de tout ce qu’on y voit et que vous pourrez découvrir prochainement en salles ou à la maison.

On commence avec Monica Belluci en méchante dans un film australien bien geek et par Jesse Eisenberg paumé dans son futur quartier. Le festival a aussi projeté Shadow de l’indispensable Zhang Yimou dont nous vous parlions ici et qu’il est encore possible de rattraper si vous êtes dans le coin.

 

Nekrotronic , de Kiah Roache-Turner (2019)

Démarrer un anniversaire sur les chapeaux de roues, c’est conseillé habituellement, et encore plus pour les dates importantes comme 25 ! Résultat des courses, le public de l’Étrange s’est retrouvé devant une lettre d’amour dégoulinante au cinéma geek avec Nekrotronic, concocté par les zinzin australiens déjà derrière Wyrmwood. Après un Mad Max avec des zombies, ils continuent de vouloir concilier leurs fantasmes en tout genre puisqu’il est question de démons prenant possession des gens via un jeu pour smartphones façon Pokémon Go.

Le héros qui n’a rien à voir avec le schmilblick au départ va se retrouver propulsé au titre de sauveur potentiel de la situation puisqu’il est issu d’une lignée de chasseurs de démons, rejoignant une bande prête à en découdre.

Quelque part entre Ghostbusters et Matrix avec des tonnes d’hémoglobine en supplément et quelques arrachages de membres, Nekrotronic souffre d’une structure toute tracée puisqu’il  investit les piliers inexorables du monomythe en y appliquant son esthétique néon/gore, avec notamment une Monica Bellucci délurée en méchante!

Le 3ème acte s’en trouve être une suite de péripéties et de rebondissements par moment inutiles ou superflus, mais on ne pourra pas reprocher la générosité de l’entreprise, qui ne lésine pas une seconde pour essayer d’en mettre plein la gueule non-stop avec des zombies déchaînés à la pelle et un univers un peu couillon certes, mais plutôt soigné globalement, sans même prendre en compte la petite taille de cette production un peu vaine et tout aussi attachante.

 

Bliss, de Joe Begos (2019)

Être un artiste n’est jamais facile, surtout quand votre sacro-sainte essence vient à manquer, j’ai nommé l’inspiration. C’est ce qui arrive à l’héroïne de Bliss, qui sèche sérieusement devant sa future peinture et va-vite se réfugier dans l’alcool, les soirées et les drogues en tout genre à Los Angeles pour essayer de rallumer la flamme. Jusqu’au jour où ce joyeux programme va lui jouer des tours et lui offrir des blackouts sévères durant lesquels elle a pourtant avancé sur sa peinture…

Spirale infernale que voilà pour ce long métrage qui profite d’une photo dans un 16mm juste ce qu’il faut de crasseux pour retranscrire cette descente aux enfers bardée de néons et de plans baignant dans le rouge ou de bleu. À vrai dire, tout l’attirail du bad trip cinématographique est de sortie : gros plans larges tortueux, longs travellings où la caméra part en vrille sur son axe, surimpressions en tout genre, fondus dans tous les sens, stroboscope en folie ou déformation d’image, nommez les, ils y sont!

Tout ça dans une ambiance heavy métal et punk qui permet étonnement au film de glisser petit à petit vers le fantastique pour revisiter une figure bien connue qu’on ne révélera pas ici évidemment. Alors c’est bordélique et ça en fait souvent des caisses, y compris dans la peinture de la vie sexuelle débridée de l’héroïne, occasion parfaite pour rincer l’oeil de ses messieurs en montrant plein de donzelles nues mais il faut avouer aussi que le délire global a le mérite d’y aller à fond dans la chute sulfureuse pleine de tempérament. Et qu’en tant que petit frère turbulent de Gaspar Noé ou de Nicolas Winding Refn, Joe Begos ne fait pas semblant.

 

Dreamland de Bruce McDonald (2019)

En 2008, Bruce McDonald avait surpris son monde avec Pontypool, un huit clos rondement mené et d’une grande originalité, qui revisitait la figure du zombie à sa sauce.

Le temps est passé bien vite puisqu’il malgré Hellions, The Husband ou Weirdos, il aura fallu attendre 10 ans pour le revoir en festival avec Dreamland, curieuse histoire d’un tueur à gages de longue date pour un mafieux qui va soudainement se rebeller face à son employeur suite à des histoires de trafic d’enfants…
On ne va pas se le cacher : sur le papier, Dreamland n’a rien de spécial dans son scénario, énième polar sur un vieux de la vieille qui souhaite se racheter une conscience en fin de carrière, ce qui ne va pas lui rendre la vie aisée. L’histoire telle quelle aligne les poncifs, ne possède pas de surprise concrète dans son déroulé et on est clairement en terrain connu.

Mais Bruce McDonald a trouvé un truc. Un truc léger et pas franchement révolutionnaire, mais suffisant pour donner du cachet à son film : il a créé du décalage sur plein d’éléments de l’intrigue afin de rendre l’univers de son long-métrage un rien nébuleux et étrange.
Résultat : l’une des dernières cibles que doit flinguer le héros est joué par le même acteur, donnant lieu à des échanges atypiques et appuyant un parallèle sur deux fins de carrière symétriques. Le film se déroule dans une petite ville européenne, baignant dans une architecture un rien médiévale qui donne un cachet encore plus anachronique à l’ensemble, tout comme l’un des clients du mafieux est un vampire, avec ses dents pointues et son apparat tout de noir et de croix. Ou encore, une bande de tueurs en costards, chargée de chasser le héros, n’est autre qu’une bande de gamins ! Le principe, bien que gratuit et jamais vraiment justifié, n’est là que pour conférer une atmosphère bizarre à Dreamland, dont le titre prend alors tout son sens : on ne sait jamais vraiment où on met les pieds sans être surpris une seconde par le fil du long-métrage. Alors tout ça est très oubliable, mais la démarche mérite d’être saluée car le temps du visionnage, elle fait assurément son petit effet.

 

The Boat, de Winston Azzopardi (2018)

The Boat, c’est le retour de la revanche de la vengeance des films concepts. Ici, un pécheur part en mer sur sa barque et se retrouve soudain pris dans un brouillard épais, au milieu duquel il va trouver un voilier abandonné. Et une fois à bord pour chercher ses habitants, sa barque a disparu et le voilà donc coincé sur ce bien beau bateau.

Et c’est parti pour 1h30 de survival en solitaire, où une série de galères saugrenues va arriver à notre pauvre bonhomme dont les qualités de navigateur ne sauront pas de trop pour espérer s’en sortir, même quand il passe la moitié du film (littéralement) coincé dans les toilettes du galion ! Trêve de bavardage : malgré une simplicité dans son exposition et la volonté d’y aller franco, The Boat s’enfonce très vite dans les eaux troubles d’un scénario foireux au possible, où le prétexte fantastique donne lieu à une suite de péripéties aberrantes, qui arrangent les scénaristes comme ils veulent pourvu que ça tient 1h30. Tout ça en vient à donner lieu à un troisième acte totalement surréaliste où les types se sont pris pour Stephen King sans prendre une seconde le recul nécessaire devant le ridicule assommant de la chose.

Il faut dire aussi que le premier rôle n’est pas tenu par le meilleur acteur de la planète, loin s’en faut, ce qui n’aide pas vraiment pour s’identifier une seconde au bonhomme, et tout ça mène à un quasi nanar en fin de péloche, pourvu que vous ayez survécu à la bêtise ambiante, pas capable de donner un quelconque point d’intérêt ou de sens à ce festival d’aberrations.

On s’attendait à un All is Lost un peu plus pêchu, on est sorti de la salle soulagé d’être libéré d’une série B aussi désordonnée et inepte.

 

Monos, d’Alejandro Landes (2019)

Monter un film, ce n’est pas toujours évident, surtout quand on a un peu d’ambition et qu’on veut opérer avec une liberté créative totale. Alejandro Landes l’a bien compris, et son nouveau long-métrage. Monos peut se targuer d’être le fruit d’une immense collaboration puisqu’il a fallu pas moins de 8 pays (Colombie, Uruguay, Allemagne, Argentine, Danemark, États-Unis, Pays-Bas, Suisse et Suède) pour le financer !

Tout ce beau monde était donc au service d’une histoire curieuse, celle de 8 jeunes adolescents vivants reclus sur une colline dans un pays jamais nommé d’Amérique Latine. On sait qu’ils travaillent pour “l’organisation”, un groupe militaire, et qu’ils sont en gros une escouade attendant les ordres de leurs supérieurs et vaquant à leurs occupations. Une colonie de vacances mais à vie, dont le quotidien va être chamboulé lorsque les montées d’hormones et une trop grande liberté va mettre à mal la vie en communauté, tout ça sous les yeux d’une américaine retenue captive. Sa majesté des mouches version latine donc, au détail près que Monos peut se targuer d’être imprévisible tant on ne sait jamais de quoi sera faite la scène suivante, l’instabilité de la situation et les relations conflictuelles mettant le film sur un filin délicat qui peut rompre à tout moment.

Profitant de superbes décors qui lui offrent de très beaux plans, Alejandro Landes colle au plus près de ses personnages paumés pour mieux analyser les effets de la guerre sur une jeunesse livrée à elle-même, qui va tenter de s’émanciper dans un monde qui fera tout pour les maintenir à leur place. A la fois contemplatif et intimiste, tout en étant attachant et cruel, Monos est une fable noire déroutante et désenchantée, dont la progression intelligente permet d’en apprendre plus touches par touches, pour mieux appréhender au fur et à mesure l’univers de ces gamins, et leur passif au moins aussi délicat que l’avenir qui les attend.

Une construction maline qui permet de garder l’intérêt tout du long, et de ressortir le cœur lourd tant au même titre que le récent Tigers are not afraid, on ne fait jamais à l’idée que ce sont des enfants, ce qui décuple la violence globale du film, et son impact émotionnel.

 

Vivarium, de Lorcan Finnegan – Sortie en salles le 12 février 2020

Parmi les rites de passage à l’âge adulte, s’installer en couple est un incontournable, et si vous pouvez par la même occasion devenir propriétaire, la pression sociale environnante sera bien obligé de lâcher du lest et de vous mettre une tape sur l’épaule en bon citoyen que vous êtes.

Tout ça, c’est bien gentil, mais devenir proprio, ça coûte bonbon, et encore faut-il trouver un nid douillet qui vous sied à la perfection. C’est la galère qui attend Jesse Eisenberg et Imogen Poots dans Vivarium, au moment où ils vont découvrir une agence immobilière un peu frigide leur promettant monts et merveilles. Une petite visite dans un lotissement clinique plus tard, leur agent immobilier va disparaître soudain et les laisser coincés dans ce quartier labyrinthique dont ils ne trouveront pas la sortie, revenant éternellement devant la maison visitée et les obligeant à y prendre quartier, histoire de tester la parfaite vie de famille forcée, tels des rats de laboratoires.

Quelque part entre la Quatrième Dimension et Black Mirror, ce film fantastique profite d’une atmosphère bien perchée et d’une direction artistique inspirée, le fameux quartier avec ses petites maisons parfaitement clonées les unes après les autres donnant à coup sûr quelques sueurs froides, surtout si la conformité vous file des boutons.

Avec un humour noir bien troussé, Lorcan Finnegan s’amuse à décortiquer le mode de vie occidental tel qu’imposé par la société, en infusant des éléments fantastiques déroutants dans son scénario pour accroître la sensation de malaise, et l’idée que le schéma vital bien ancré dans nos schémas de pensée n’a rien d’un guide pour le bonheur, surtout pour quiconque ose penser autrement. Alors tout ça sur une heure et demie, c’est un peu long il faut bien l’avouer, et le film aurait sans doute gagné à être plus concis, quitte à rentrer dans les formats TV qu’il évoque, mais le duo Jesse Eisenberg/Imogen Poots s’en colle joyeusement plein la poire et permet à Vivarium d’être une comédie fantastique assez juste et plutôt maline sur son sujet.

 

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