Etrange Festival, 2e partie (et la première est toujours ici si vous avez raté le coche). Au programme : un documentaire sur le Temple Satanique, la reprise d’un film de 1989 qui revient dans les bacs après restauration, Olga Kurylenko chez le réalisateur de Renaissance et une jolie surprise…

 

Hail Satan ? (2019) de Penny Lane

Le Temple Satanique. Dit comme ça, vous imaginez tout de suite des gens un rien dérangés là-haut, qui vouent un culte démoniaque à des forces obscures pour répandre le mal sur Terre.

Et vous avez tort ! Dans ce documentaire américain, la réalisatrice Penny Lane s’est penchée sur cette institution aux 100 000 adeptes dans le monde (y compris en France), dont le combat initial concerne toutes les dérives ultra conservatrices de l’église catholique aux USA, et le consensus étrange qui se fait avec le gouvernement dont les attaches avec la religion chrétienne sont très nombreuses pour un pays supposé laïque dans sa constitution. Un clash des cultures assez génial, où les membres du Temple Satanique auront tôt fait d’user de provocations délirantes pour révéler l’hystérie totale des cathos, dont les principes de paix, d’acceptation de l’autre et de tolérance volent en éclat en un rien de temps.
Et le pire dans tout ça, c’est que les adeptes de Satan (qui ne représente ici que l’antagoniste de la chrétienté, et aucune force diabolique à proprement parler) sont des gens qui auraient très bien pu finir dans la foi du Christ, mais qui ont tous été rejetés à un moment ou à un autre, et qui proposent une religion plus modérée, en accord avec les progrès modernes et les évolutions sociétales.

Une version progressiste de l’Eglise donc, qui par exemple choisit de ne pas faire passer la religion devant les faits scientifiques. Un tableau bien beau pour des gens habillés en noir, même si le documentaire a l’intelligence de montrer aussi comment une branche de cette curieuse institution a fini par partir en sucette. N’en reste pas moins un portrait déroutant qui remet intelligemment les choses dans leur contexte, et qui s’avère hautement attachant.

 

Laurin (1989) de Robert Sigl

En 1989, un cinéaste allemand de 24 ans sortait Laurin, conte cruel du début du 20ème siècle où une jeune fille va voir son environnement chamboulé avec la mort soudaine de sa mère tandis que son père marin n’est jamais là. Et comme un malheur ne vient jamais seul, la vie du village va s’envenimer avec la disparition d’autres enfants, au milieu duquel la petite héroïne va tenter de comprendre ce qu’il se passe et de résoudre tout ce mystère.

Passé sous le radar peu après sa sortie et renaissant tel un phénix grâce à une remasterisation récente, Laurin peut facilement justifier le regain d’intérêt qui l’entoure devant une palette visuelle par moment très forte, que ce soit un plan de port qui semble être une peinture baroque en mouvement, ou l’utilisation de plages de couleurs placardées sur les différentes niveaux de l’image lors des phases cauchemardesques, que n’aurait pas renié Mario Bava et Argento.
Avec une histoire qui flirte avec des questions de pédophilie et d’abus d’enfants, l’ensemble a forcément une atmosphère sulfureuse, même s’il ne franchit jamais le pas graphiquement et préfère rester dans une suggestion latente, qui donne tout son cachet au film.
Dire qu’on est resté envoûté tout du long serait cependant exagéré, la faute à une intrigue très fonctionnelle et délétère, qui tourne pas mal autour du pot et enchaine souvent les scènes mécaniques pour mieux retarder les parties les plus incarnées à l’écran.

Laurin reste une vraie curiosité, qui nous donne à imaginer ce que son réalisateur aurait pu accomplir par la suite si l’échec du film n’avait pas mis sa carrière en pause durant de longues années. Si l’aventure vous dit, ça ressort en décembre chez Le Chat qui Fume.

 

The Room (2019) de Christian Volckman

En 2006, Christian Volckman concentrait sur lui tous les espoirs des amateurs de cinéma de genre français grâce à Renaissance, un film d’animation en images de synthèse dont l’esthétique futuriste en noir et blanc lui permit de faire le tour du monde. Un soufflé qui retomba très vite puisqu’il aura fallu attendre 13 ans pour revoir un long-métrage du bonhomme avec The Room.

C’est déjà courageux d’avoir donné à son film le même titre que l’un des nanars les plus populaires du moment, mais c’est justifié, puisqu’on retrouve un couple qui s’installe dans une demeure un peu paumée dans la campagne, et qui va y découvrir une pièce spéciale capable de matérialiser tous vos souhaits. Un concept alléchant, qui pourrait explorer l’avarice de ses personnages, leur envie de toujours plus et leur absence de freins moraux… Sauf que non. Passé deux séquences musicales où les tourtereaux font rapidement la fête avec n’importe quoi, The Room va dériver pour se concentrer sur une seule des innombrables possibilités offertes par son concept, en placardant au même moment un trauma sorti de nulle part et qui tombe drôlement à point nommé pour mettre son film sur des rails.
Un chemin tout tracé et assez psychologique, qui montre une véritable envie de creuser l’humanité défaillante de ses protagonistes et de les pousser dans leurs derniers retranchements.

Aussi bien intentionné soit Volckman, il croule pourtant sous la mécanique de son concept aux règles très claires, auxquels il va déroger à plusieurs reprises, parfois autour d’un simple détail, ou bien lors de scènes dont l’écriture semble soudain aberrante tant les personnages ne se facilitent pas la vie et agissent n’importe comment, notamment dans un final ultra poussif. C’est d’autant plus dommage que le film a une tenue plutôt jolie et profite de quelques idées de direction artistique saisissante, mais la forme peine à cacher le bazar du fond, sans parler de l’interprétation peu convaincante des acteurs, dont une Olga Kurylenko qui continue à nous laisser de marbre.

Bref, The Room est un film aussi bien intentionné que boiteux, qui aurait mérité une écriture bien plus rigoureuse pour tenir la durée.

 

1BR (2019) de David Marmor

L’Etrange Festival possède un pouvoir unique et magique, qu’on ne semble trouver qu’ici, dans les salles du Forum des Images durant ses projections. On y trouve des films fragiles, réalisés dans des conditions modestes, qui n’arrivent pas à cacher une seconde les affres d’une réalisation débutante et d’une équipe qui fait ses armes. Alors souvent c’est délicat, les œuvres en question montrent très vite leurs limites formelles, leur photographie médiocre, un casting pas toujours juste, l’utilisation de codes usés jusqu’à la moelle et bref, on se dit qu’on a vu ça mille fois et que ça ne va pas être une sinécure.

Mais soudain. Une idée. Une volonté. Une envie. Une étincelle.

De la même manière que Pet nous avait horrifié il y a quelques années pour mieux nous cueillir sur le tard sans crier gare, 1BR rejoint le club de ces films bancals sur lequel on tire un trait un peu vite, et qui finissent par prouver qu’ils en ont dans le ventre.
Le postulat de base est simple, c’est celui d’une jeune femme qui s’installe dans un appartement à Los Angeles où tout semble trop beau : le loyer est accessible, l’immeuble est rempli de voisins ultra chaleureux, trop bien attentionnés peut être… Et là où David Marmor pourrait jouer le malaise social plein pot façon The Invitation, il bafouille, bâcle son exposition, passe trop vite aux complications qui vont suivre et semble annihiler tout l’intérêt avant qu’on ait eu le temps d’en profiter…

Ou peut-être pas ? Construit en plusieurs parties bien distinctes, 1BR reprend du poil de la bête, et explore soudain son potentiel autrement, en malmenant son héroïne dans un dédale psychologique réel, donnant du poids à son univers et une tension fébrile qui parvient à exister au fur et à mesure.
C’est typiquement le genre de films pour lequel on vient dans un tel festival, parce qu’il réussit à revigorer des figures connus avec une réelle envie de cinéma, dépouillée de toute prétention, gorgée d’amour pour le médium. Donc oui, 1BR est un film chétif et vacillant, qui menace de s’écrouler à chaque scène par sa fabrication précaire. Mais quand on en vient à excuser tout ça devant l’énergie déployée et les très bonnes idées derrière, aussi mal exploitées sont-elles la moitié du temps, c’est qu’il y a suffisamment de vie dans tout ça pour nous tenir captivés.

De la magie je vous dis…

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