C’est notre neuvième participation au Neuchatel International Fantastic Film Festival, plus connu comme étant l’autre chouette festival de films se déroulant au bord d’un tout aussi chouette lac.

Après une année sans, CloneWeb est donc de retour en Suisse pour plein de critiques (et si vous êtes sages, quelques vidéos) pour vous rapporter le meilleur de la programmation neuchâteloise. Et pour ces quelques jours qui s’annoncent déjà bien riches, Jean-Victor est venu accompagner de Clara, que vous aviez déjà pu lire ici-même lors de l’Etrange Festival et qui va donc poser ses mots ici-même pendant quelques jours pour notre plus grand plaisir.

 

Tigers Are Not Afraid (2017) de Issa Lòpez

Par Clara – Chaque année, les festivals de cinéma fantastiques érigent leur pépite, le film qui met tout le monde d’accord, qui est de toutes les sélections et remporte tous les prix…

Or, depuis plusieurs mois déjà, Tigers Are Not Afraid fait le tour du monde des festivals et fout des grosses taloches à la concurrence, puisqu’il a déjà remporté des prix un peu partout, jusque dans le cœur de l’ami Guillermo Del Toro. En effet, il a tellement aimé le film qu’il produira le prochain long-métrage de sa réalisatrice, Issa Lòpez. Très établie au Mexique grâce à de nombreux succès dans le registre de la comédie et de la romance, la cinéaste signe ici son premier film fantastique et utilise le prisme du genre pour donner une profondeur inattendue à son récit.

Tigers Are Not Afraid suit une groupe d’enfants orphelins dans un contexte de guerre des cartels. Des éléments allant de l’onirisme à l’horreur frontale y sont distillés au compte-goutte et créent des appels d’air dans un récit dur, âpre et féroce. Le spectateur contemple impuissant cette bande de gamins laissés à eux même tenter de recréer un semblant de tribu et prendre part à une violence insensée.
Bref, c’est la petite sensation dont tout le monde parle et c’est probablement déjà passé près de chez vous. On attend donc une date de sortie bientôt, probablement vidéo, ça ne serait pas raisonnable de se mentir.

 

Satan’s Slaves (2017) de Joko Anwar

Il y a des films dont l’histoire propre est plus intéressante que celle racontée.

Prenez Satan’s Slave (sans s) par exemple. Sorti en 1980, c’est un film d’horreur culte du cinéma Indonésien, fer de lance à l’époque d’un petit âge d’or pour l’industrie et qui a marqué plusieurs générations là-bas. Joko Anwar, l’un des réalisateurs les plus en vogue du moment (et dont on avait déjà souffert avec Modus Anomali), a toujours voulu faire un remake et c’est enfin chose faite, enfin plus ou moins. Les producteurs ne voulaient pas d’un remake ou d’un reboot, alors ce nouveau film est un préquel se passant un an après la date présumé de l’original suite à une erreur, soit en 1981! Et encore, c’est ce qu’ils prétendent, car en comparant les deux synopsis, il semblerait que tout ça soit un gros prétexte et qu’on est bien face à un simili remake…
En tout cas, le calcul était bon pour eux, puisque ce nouvel opus s’est catapulté 4ème plus gros succès de l’histoire du box office en Indonésie, en explosant tout sur son passage en 2017.

Tout pourrait donc laisser croire que la chose est une petite pépite et pourtant, avec son énième histoire de famille soudainement traumatisée par des fantômes suite à la disparition de la mère, Satan’s Slaves est un film de maison hanté comme vous en avez déjà vu des tonnes.
Ecumant les poncifs à tout niveau, aussi bien sur sa mise en scène avec des effets jamais revigorés et tout juste recrachés de ses modèles, de la même manière que son scénario qui finit par montrer des personnages à la mémoire d’un poisson rouge qui oublient rapidement la merde dans laquelle ils sont pour s’y remettre d’eux-mêmes le lendemain, le tout est un non sens total, d’un ennui assez probant. Forcément, il est intéressant pour voir combien les codes du genre, qu’un Conjuring nous a resservi mondialement récemment, sont ici utilisés en Indonésie, mais jamais la culture locale ou le folkore ne font varier la formule, n’en donnant qu’une énième itération un peu cheap et vaine.

 

Gonjiam Haunted Asylum (2017) de Beom-sik Jeong

Found Footage. Deux mots qui font trembler les amateurs de cinéma tant le principe de la cassette retrouvée donne plus souvent des maux de tête qu’autre chose, y compris pour le présentateur du film au NIFFF qui comparait le genre au porno : on sait toujours comme ça se passe et surtout sur quoi ça va finir, à savoir une bonne grosse éjaculation faciale !

Bon, dans le found footage, c’est plutôt un plan de zombie/démon crado qui fait coucou à la caméra pour dire au revoir, et Gonjiam ne va apriori pas déroger à la règle avec sa bande d’ados un rien attardés et ultra connectés qui s’incrustent une nuit dans un asile désaffecté et prétendument hanté. Suréquipés en caméras GoPro et consorts, les aventuriers de l’horreur sont censés streamer en direct pour un site web, ce qui offre l’occasion au réalisateur de multiplier à outrance les angles de caméras, entre des appareils classiques opérés par les personnages, des angles rivés sur leurs têtes en gros plan non stop et j’en passe.
Si cette mise en scène 2.0 permet de sortir un peu de l’angle unique de la cassette retrouvée, le principe vole en éclat à plusieurs reprises puisque tout le film n’est pas censé être diffusé en direct. Bon, en soit ça ne serait pas très grave si c’était efficace, mais comme souvent, on passe les 3/4 du film à attendre qu’il se passe quoi que ce soit, avec les éternels claquages de porte et autres effets bateaux, pour finalement voir deux trois pseudo zombies en toute fin de film, tandis que les personnages qu’on a de toute façon envie de voir mourir hurlent plein pot en face cam. Un peu comme dans un porno ?

L’ennui est massif donc, le film ne parvenant jamais à pondre quoi que ce soit d’inédit, mais l’attrait à la génération ultra connectée a fait mouche en Corée, où le film a été premier au box office lors de sa sortie cette année, et a réuni au total 2,6 millions de spectateurs.

 

Litan : La Cité des Spectres Verts (1982) de Jean-Pierre Mocky

Quand on pense Jean-Pierre Mocky aujourd’hui, c’est plus souvent pour ce réalisateur bourru qui gueulait derrière son con de perche man sur un tournage venteux que pour sa carrière atypique, totalement en dehors du système et qui pourtant fait partie intégrante du cinéma français.

Litan, proposé dans la carte blanche offerte au cinéaste suisse Lionel Baier, est un exemple parfait de la versatilité du bonhomme puisque ce film fantastique plonge une jeune femme en plein carnaval dans la ville étrange de Litan, où elle va poursuivre ses instincts après des rêves lugubres. Bon, en soit, le film part complètement en sucette et est loin d’être une réussite sur toute la ligne, son récit incompréhensible étant secondé par des dialogues souvent proches du nanar, récité par des comédiens loin d’être justes, y compris Mocky.

MAIS. Tourné dans la ville d’Annonay en Ardèche, dont les décors baroques ont étés totalement sublimés, Litan est une oeuvre surréaliste, capable d’offrir des visions hallucinées frappantes par leur singularité, la première demi heure baignant dans une ambiance nébuleuse et digne d’un rêve, où l’on perd rapidement pied avec les personnages pour se laisser porter par ce fourre tout improbable et envoûtant. Le récit dilue un peu ce sentiment par la gouaille globale et le personnage de Mocky qui passe son temps à courir partout pour coller des pains, mais l’atmosphère proposée vient tellement d’une autre dimension qu’on ne peut que saluer une telle proposition, par ailleurs récompensée en 1982 à Avoriaz par le Grand Prix.

 

Cujo (1983) de Lewis Teague

Egalement proposé dans la carte blanche à Lionel Baier, Cujo est l’adaptation d’un roman de Stephen King dont le nom est celui d’un gentil toutou, un St-Bernard comme Beethoven, qui va devenir un méchant toutou et se mettre à sauter sur tous les humains qui passent pour les bouffer ! Appartenant au comité Cats Friendly, toute occasion de taper sur nos ennemis canins est bonne à prendre et j’étais forcément enclin à apprécier la chose, qui plus est photographiée par Jan de Bont.
Mais Stephen King oblige, les choses ne sont pas totalement ce qu’elles semblent être, et ainsi Cujo est loin d’être une œuvre bourrine tout juste bonne à enquiller les morts.

Bien au contraire, puisque le véritable sujet du film, c’est l’explosion de la famille moyenne américaine suite à l’adultère de maman avec un ouvrier du coin. Se retrouvant seule avec son fils en plein cagnard dans sa voiture tandis que le père est parti loin pour les affaires, l’héroïne va rester bloquée avec la menace du chien tout autour, qui s’impose comme une métaphore de sa culpabilité, tandis que la seule issue pour la survie se cristallisera par la reformation de la cellule familiale.

Bien aidé par un jeu d’acteur impeccable, notamment le jeune garçon assez impressionnant, et aussi les maquillages ragoûtants sur le chien, Cujo pâtit de sa trop grande durée dès lors que le huit clos en voiture face au chien est posé, mais reste une oeuvre surprenante par l’analyse sociale qui en découle, la plume de King transparaissant à l’écran dans cette peinture de l’Amérique moyenne et de ses travers, le film traitant aussi des mensonges des grosses industries alimentaires. Un film sans doute un peu bâtard pour qui cherche uniquement une oeuvre d’exploitation, mais plus subtile et profonde qu’elle en a l’air.

 

What Keeps You Alive (2018), écrit et réalisé par Colin Minihan

Par Clara – C’est l’histoire de deux filles qui s’aiment. Évidemment, il y a un garçon manqué et une jolie poupée : réalisateur courageux mais pas téméraire. Sauf que le film aborde la question comme un non sujet : c’est un jeune couple, qui fête son premier anniversaire de mariage, et voilà. Bon point.

Ledit anniversaire est l’occasion d’un mignon week-end en amoureuses dans la maison d’enfance de l’une des épouses : une immense propriété au bord d’un lac, bien sûr isolée au milieu d’une forêt, bien sûr sans trop de réseau téléphonique et bien sûr avec des indices qui commencent à clignoter devant l’œil du cinéphile avisé. Autre bon point.

Et puis, ça tourne mal, parce que sinon, y’a pas de film. Et dans un souci évident de conserver l’intérêt du visionnage, on ne vous en dira pas beaucoup plus. MAIS, ce qui tourne dans la tête de votre bien dévouée rédactrice depuis la séance, c’est à quel point les premiers éléments qui posent l’intrigue pour le spectateur font croire à des sous-genre horrifiques très distincts selon la personne : quand certains envisagent directement le home invasion, d’autres croient déjà voir un survival.

En somme, si l’exécution s’avère au final très classique (moins bon point), le film parvient à être suffisamment malin pour maintenir la curiosité du festivalier curieux de la séance de minuit. Bref, un bonbon acide pas désagréable qui nous laissera probablement assez peu de souvenirs.

Ajoutez un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée. Les champs marqués * sont obligatoires.