Etrange Festival #5 : Get the Hell Out, L’Homme du Président

Le meilleur festival de film de genre de France s’est clôturé ce dimanche, une édition particulière placée sous le signe des masques et des sièges de distance. La première manifestation culturelle de Paris depuis la fin du confinement a quand même vu le public se déplacer en masse (17 500 spectateurs sur la période), grâce à une programmation pointue (merci Frédéric Temps !) et une organisation aux petits oignons.

Le Festival a récompensé Tomiris du Grand Prix Nouveau Genre. Il sera dispo en DVD le 21 octobre. Le public, lui, a préféré Kajillionaire de Miranda July. Le film avec Evan Rachel Wood sortira dans les salles le 30 septembre.

 

Get the Hell Out (2020) de I.-Fan Wang

Petit détour par le cinéma taïwanais pour une séance assez courante chaque année à l’Etrange Festival, celle de la comédie horrifique, et plus précisément avec des zombies.

L’occasion est toujours bonne pour dézinguer des foules de morts-vivants dans la joie et la bonne humeur, ce que pratique à fond Get the Hell Out sous couvert d’un message semblerait-il politique.

Enfin, on est pas sûr, mais ici les zombies sont les membres du parlement taïwanais, la pandémie se déclenchant au beau milieu d’un débat sur la construction ou non d’une usine de produits chimiques… Bon, on ne retiendra pas le script pour sa subtilité, et encore moins la réalisation tant le tout carbure à l’hystérie collective, avec une avalanche d’effets kitchs, une caméra surexcitée, un montage qui carbure à toute berzingue et des idées débiles dans tous les sens, que ce soit un habillage de jeu vidéo de combat qui vient rythmer une lutte entre survivants et zombies, des filtres de couleurs roses lorsque le héros voit sa bien-aimée au ralenti, et toute la panoplie tirée des émissions télévisées japonaises avec des gimmicks dans tous les sens.

Ca hurle, ça crie et ça tabasse à tout va, dans une explosion de sang et d’âneries assez usante sur la durée tant la surenchère est presque contre-productive et finit par estomper d’elle-même l’effet escompté ! Il reste cependant de bonnes vannes de temps à autres, et une envie sincère de proposer un divertissement zinzin, mais on serait bien tentés de dire au film de se calmer de temps à autre, c’est aussi ce qui permet aux grands moments d’exister car respirer, ça fait du bien.

 

L’Homme du Président (2020) de Min-ho Woo

En 1979, l’un des hommes les plus importants du gouvernement sud-coréen, le président de la CIA locale, va se retrouver face à un grand dilemme alors que le président au pouvoir depuis 18 ans, qu’il a toujours suivi, menace d’écraser les manifestations en cours en lâchant l’armée sur elles, avec la promesse d’un massacre.

C’est cet homme dont il est question dans le titre de cette nouvelle production coréenne qui mêle espionnage et histoire comme avait si bien su le faire The Spy Gone North il y a deux ans, et une pelleté d’autres films là-bas, ce qui augurait du bon pour cette fournée.
Et il y a de quoi cocher des cases, avec l’excellent Lee Byung-Hun (déjà vu cette année dans Destruction Finale) dans un rôle beaucoup plus ténu qu’à l’accoutumée, une intrigue voguant entre Paris, Washington et Séoul, un fond historique assez passionnant et une mise en scène carrée, propre et qui suit méticuleusement toutes les tractations et les jeux de pouvoirs en coulisses pour voir jusqu’où la situation va aller, même si le film grille la fin d’entrée de jeu.

Pourtant, il faut bien avouer que sous ses apparences de thriller luxueux et impeccable, il manque une étincelle à l’Homme du Président. Tout y est au final un peu rigide, à l’image de nombreuses scènes dans des lieux prestigieux, comme la Place Vendôme ou le mémorial de Lincoln, qui semblent dépourvues de vie tant il n’y a pas l’ombre d’un figurant. A force d’enchaîner les dialogues mâchoires serrées dans des bureaux austères, et une incapacité à montrer autre chose que la politique pour la politique, le tout perd de son naturel, et on a un peu de mal à s’attacher à ses personnages névrosés.

Dommage, car l’ensemble reste pourtant intriguant grâce à la période concernée, mais la sensation de voir un travail de bon élève un peu trop studieux prédomine.

Ajoutez un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée. Les champs marqués * sont obligatoires.