L’Etrange Festival a ouvert ses portes. Notre 11e participation aurait dû être classique mais le Covid19 est passé par là, annulant sur son passage toutes les manifestations cinématographiques. Mais le meilleur festival de cinéma de genre de France a résisté et s’est ouvert dans le plus strict respect des gestes barrières. On ne va pas se mentir : ça fait rudement plaisir de voir des films dans la grande salle du Forum des Images en cette période compliquée.

 

Tomiris, d’Akan Satayev – Sortie le 21 octobre 2020

Par Marc – On n’a pas l’habitude de voir du cinéma kazakh en France. Et encore moins du film historique en costume. Et comme l’auteur de ces lignes n connaissait pas du tout l’histoire de la reine Tomyris, la découverte du long métrage a été une très belle surprise.

L’histoire de Tomiris (ou Tomyris selon les versions) remonte au 6e siècle avant Jésus Christ. La reine du peuple Massagète a vu sa famille se faire massacrer. Cherchant d’abord la vengeance, sa route va croiser celle de Cyrus le Grand, roi de Babylone et empereur de Perse. On n’en dira pas d’avantage si ce n’est que l’histoire est vraie. Alors, certes, il y a des polémiques autour de quelques points de détails (les Massagètes sont-ils Turcs ou Iraniens) mais à notre niveau de lecture, ça n’a pas trop d’importance. Le film prend d’ailleurs le parti de raconter l’histoire telle qu’elle a été écrite par Hérodote, qui considère le peuple de l’héroïne comme étant turc.

Cette histoire vous en rappellera d’autres puisque d’autres héros ont eu le même genre de parcours. On pense notamment très fort à William Wallace, le héros incarné par Mel Gibson dans le film Braveheart ou encore à Mulan, même si elle est issue d’une légende. Il en ressort donc un scénario classique et balisé.

Mais peu importe, Tomiris est d’abord un film badass porté par une actrice flamboyante, Almira Tursyn, dans le rôle principal. Les scènes d’action sont généreuses, les figurants nombreux et la photo plutôt terne allant bien avec l’ambiance de film. Ou comment une production kazakh s’offre le luxe de rivaliser avec Hollywood. Tout n’est pas visuellement parfait mais certaines scènes de combat, dont la bataille finale, sont réellement impressionnantes.

Sortie en blu-ray fin octobre, ne le manquez pas.

 

Possessor (2020) de Brandon Cronenberg

Si David Cronenberg n’a plus rien réalisé depuis 2014 avec Maps to the Stars, on attendait en parallèle la relève de son fils Brandon, surtout après le premier essai plutôt prometteur Antiviral, qui reprenait les obsessions paternelles et assumait l’héritage à 300% avec ce qu’il faut d’âme pour ne pas être un vulgaire copycat.
Il aura fallu attendre 8 ans pour confirmer le tir, et voici enfin Possessor, qui nous certifie au cas où on en doutait encore que les chiens ne font pas des chats !

Le « possesseur » du titre, c’est une agent spécial qui prend le contrôle d’autres personnes avec une technologie à base d’implant cérébral, pour mieux les pousser au meurtre et au suicide !
De quoi légèrement perdre la boule, et c’est précisément ce qui menace l’héroïne campée par l’excellente Andrea Riseborough lorsqu’elle va se retrouver dans le corps d’un homme qu’elle doit utiliser pour mieux détruire une prestigieuse famille dont il fréquente la fille.
Sur son concept de base, Possessor vend une chute dans les limbes de l’esprit, et l’on pouvait imaginer sans mal le personnage principal ne plus faire la distinction entre sa vie et celles des enveloppes qu’elle utilise, avec une totale perte de repères et la promesse d’un trip organique jouant aussi bien sur les tripes que sur la psyché. L’échelle de l’histoire surprend par son intimité puisque passé la première victime utilisée pour l’introduction au concept global, le film tourne en réalité autour du deuxième « véhicule » joué par Christopher Abbott, donnant lieu à une lutte entre deux âmes, le gros du suspense reposant sur qui contrôle vraiment le corps en question, et sur la santé d’esprit de l’agent.
Un dispositif qui amène le film vers une horreur assez frontale, peut-être un peu trop simple au final compte tenu des possibilités entrouvertes par le récit et loin d’être pleinement exploitées, même si la volonté d’aller au plus vite avec peu de personnages permet aussi d’ouvrir les enjeux entre eux et de créer de l’empathie pour la victime plutôt que de se focaliser sur les dédales mentaux de l’héroïne, qui risque plus dans l’affaire qu’elle ne le croit…

Plus simplement, Possessor peut frustrer en premier lieu lorsqu’on comprend le cœur de son scénario, mais le choix d’une trame plus linéaire donne en contre partie la part belle aux seconds rôles, servis par un casting de haute volée, puisque l’on croise notamment Jennifer Jason Leigh, Tuppence Middleton ou le toujours sympathique Sean Bean, qui n’est jamais le dernier pour jouer les connards de service !
Et il y a aussi du beau monde derrière la caméra, avec Karim Hussein en directeur de la photographie, un habitué des productions de genre puisque vous avez pu voir sa lumière sur Antiviral, Hobo with a Shotgun ou certains épisodes de la série Hannibal.
Sa présence est d’autant moins anodine qu’un grand soin est apporté à l’esthétique du film, notamment lors de la scène d’immersion dans le corps de l’hôte, qui donne lieu à des expérimentations visuelles assez folles avec les visages des personnages qui fondent, se décomposent et se recomposent dans des effets réussis.

Brandon Cronenberg revendique et honore le flambeau familial à coup sûr lors de ses passages là et quand il est question de brouiller les pistes, en ayant été jusqu’à adapter un objectif de l’ère soviétique aux caméras actuels pour creuser son image et essayer de retranscrire de la façon la plus sensorielle possible les dérives mentales de ses protagonistes, tout comme il offre de belles idées pour densifier les problèmes rencontrés et la thématique de la perte de contrôle, comme une scène où ce corps contrôlé par un autre va en plus se retrouver à utiliser un casque de réalité virtuelle…

On pourra aisément pinailler sur certains points obscurs de scénario, notamment en ce qui concerne les futures hôtes et le pourquoi du comment en viennent-elles à se faire opérer pour avoir une puce dans le crâne, ou alors sur la sensation que le tout aurait pu aller bien plus loin, mais ce serait renier un vrai savoir-faire dans le déroulé de ce Possessor, dont le concept central s’avère être un terrain de jeu ultra fertile pour les comédiens principaux qui témoignent de tout leur talent.

Et il faut bien avouer qu’on sort de tout ça avec encore quelques questions dans la tête… Espérons qu’elles restent de l’ordre de la fiction !

 

Fried Barry (2020) de Ryan Kruger

Réalisateur de clips très actif sur la scène punk et metal, Ryan Kruger possède un début de carrière assez varié, jouant des petits rôles à droite à gauche (notamment dans la série Warrior) en parallèle de ses désirs de cinéaste. Après plusieurs courts-métrages, il passe au long en adaptant l’un de ses derniers avec ce Fried Barry. Le « Barry cramé » du titre, c’est un junkie traînant sa carcasse d’une défonce à une autre, jusqu’au jour où, pas de bol, il va se faire kidnapper par des extra-terrestres !

Et ces derniers vont le renvoyer quasi aussitôt sur Terre après lui avoir éclaté le cerveau, le poussant à assister plus déglingué et inerte que jamais à tout un tas d’aventures à la con, la bassesse humaine de sa ville natale le gobant plein pot dans une série de péripéties absurdes.
Drogues en tout genre, sexe à gogo, personnages tous plus pervers et bas du front les uns des autres, et quelques âmes mal intentionnées sont donc au programme, tout ça sous les yeux exorbités de notre drôle de bonhomme, qui passe le film à subir ce qui lui arrive avec sa silhouette cadavérique et sa tronche inquiétante. Tourné en Afrique du Sud en une vingtaine de jours étalés sur une année au gré des disponibilités et du compte en banque de son équipe, Fried Barry est un pur produit indépendant dont les scènes ont étés improvisées à 80% !

Et il bien l’avouer : ça se sent. Sur sa trame rachitique, le film enchaîne les scènes se ressemblant un peu toutes, où l’acteur amateur Gary Green tord sa tronche dans tous les sens pour meubler tandis que tout le monde en fait des caisses en face. Le souci, c’est qu’en l’absence de fil narratif et de constance dans le rythme, le tout a un grand risque de provoquer vite l’indifférence.
Il y a certes deux trois passages un peu marquants, comme la scène de kidnapping E.T, ou une autre dans laquelle le héros se retrouve affublé d’un casque audio avec une musique éléctro à fond, mais elles pourraient presque être prises à part tant elles ressemblent au final à des clips inventifs sur le moment, mais qui ne suffisent pas à meubler tout le reste et les trop nombreux ventres mous qui constituent ce flim. Malgré des désiratas trashouilles, comme en témoigne une scène d’accouchement un peu spécial, le film n’arrive jamais à vraiment pousser les potards à fond, et ses velléités d’humour grotesque et gênant s’en trouvent grandement affectées tant il relâche la tension trop souvent pour aligner les scènes de déambulation avec musique électro en fond pour meubler, se retrouvant un peu comme son sujet errant, sans but ni envie.

D’ailleurs, le réalisateur se fait un plaisir dans les génériques de début et de fin de présenter l’ensemble comme étant « A Ryan Kruger Thing ». Au-delà d’un hommage humoristique à Carpenter, il semble ainsi avouer que ce bazar mollasson n’est peut-être pas vraiment un film.

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