Si ça fait bien plaisir de redécouvrir la salle de cinéma, ça fait tout aussi du bien de publier des articles de festival. Ca faisait longtemps et ça nous manquait. Alors pour ce second récap’ de ce qui se passe à l’Etrange Festival, on parle de Tiny Tim dans un documentaire, un film de SF russe et la Destruction Finale de la Corée du Sud, prévue (en DVD, rassurez-vous) pour le 15 septembre prochain.

 

Tiny Tim : King for a Day (2019) de Johan Von Sydow

Le 17 décembre 1969, les millions de spectateurs de l’émission américaine The Tonight Show Starring Johnny Carson assistaient en direct à un évènement pas banal à la télévision : un mariage !

Celui de Miss Vicky avec Tiny Tim, un chanteur étrange à la dégaine mal troussée, dont la voix de fausset très aigüe et les mélodies au Ukulélé venaient de prendre par surprise le pays et l’industrie du disque depuis un an, devenant un petit phénomène assez inexplicable tant l’artiste aux allures de freak asocial ne correspondait à rien de ce que la tendance vendait. Et si son succès soudain, l’amenant carrément à signer sur le label de Frank Sinatra, fût explosif, il fallait bien s’attendre à une rechute très abrupte. Avec sa vie improbable en forme de montagnes russes, et un look que n’aurait pas renié Tim Burton, Tiny Tim méritait bien un documentaire retraçant sa vie jusqu’à ses derniers jours dans les années 90. Outre de nombreuses interviews de ses proches, le film a la bonne idée de lire certains passages de son journal intime et d’utiliser l’animation en noir et blanc pour reconstituer quelques scènes de sa vie, en mélangeant pensées personnelles, anecdotes croustillantes contées par ceux qui les ont vécues, et des images d’archives étonnantes, prouvant que ce dandy zinzin était un véritable OVNI, dont l’influence androgyne finirait par toucher aussi bien David Bowie que Marilyn Manson.

Le documentaire est à l’image de l’artiste : improbable, touchant, curieux et insaisissable, on y est question aussi bien de Cher, George Harrison ou Donald Trump et il montre aussi à quel point la machine médiatique américaine peut célébrer ses icônes comme les dévorer, avec cet homme pas forcément taillé pour un tel milieu, et qui y laissa une empreinte unique.

 

Sputnik, de Egor Abramenko (2020)

Non seulement les Etats-Unis n’ont plus le monopole du gros blockbuster dégueulant de brouzoufs, mais il a aussi perdu de la marge sur le terrain d’un cinéma d’exploitation plus modeste mais non moins apte à proposer des histoires fantastiques. L’Asie est évidemment sur le créneau depuis un moment, et la Russie aussi, en témoigne ce récent Sputnik qui n’a rien à envier dans son concept aux récents Life et Underwater.

Il y est question d’un cosmonaute qui va avoir un petit accident sur le chemin du retour et pour cause : son coéquipier va y laisser sa peau et il ne rentrera pas seul malgré tout, une petite bêbête de l’espace ayant décidé de se loger dans son corps…

Ça vous rappelle quelque chose ? Et pourtant, Sputnik arrive à tirer son épingle du jeu par bien des aspects : déjà son décor, puisqu’on est dans les années 80 en URSS, dans un centre scientifique quelque peu vétuste qui rappelle la récente série Chernobyl.
Et le monstre en question, qui peut aller et venir comme il veut dans son hôte, histoire de dézinguer quelques gugusses avant de se remettre au chaud, laissant son « propriétaire » libre de ses faits et gestes le reste du temps !
Une relation symbiotique étrange qui va malheureusement être peu développée, puisque le film s’articule majoritairement sous la forme d’une enquête, avec comme héroïne une médecin appelée à enquêter sur tout ce bazar au nom de la nation, dans le respect des règles drastiques et pas franchement humaines imposées par le parti.

Alors tout ça est très alléchant, mais il faut bien avouer que la mayonnaise peine à prendre : affublé d’un rythme en 2 temps, Sputnik passe son temps à évoquer les possibilités offertes par son scénario, que ce soit sur le contrôle fasciste de l’état, la relation étrange qui unie la bête à l’homme, la simple idée que tout le monde peut se faire bouffer par le bestiau, la survie, le secret y tutti quanti, mais ne fait qu’effleurer chacune de ses facettes, amorçant une péripétie pour finalement partir sur une autre piste, et faisant du surplace de la même manière que la créature revient toujours à son point de départ. Pas franchement passionnant à la longue, parcouru de détails grotesques de scénario avec sa base top secrète dans laquelle on va et vient un peu n’importe comment, et affublé en plus d’une musique pétaradante sous influence du fléau Hans Zimmer complètement hors sujet, Sputnik frustre tant son potentiel est énorme avec son contexte historique assez rare et une créature réellement réussie aussi bien dans son fonctionnement que dans son design qui parvient à tirer son épingle du jeu. D’autant que le tout est très soigneusement emballé, sans fulgurance certes mais avec une jolie photo et des effets spéciaux impeccables.

En clair, tous les ingrédients sont là, mais la recette ne prend pas.

 

Destruction Finale, de Byung-Seo Kim & Hae-Jun Lee – Sortie le 15 septembre

On parlait juste au-dessus des grands spectacles aujourd’hui à la portée de bien des pays, et la Corée du Sud s’est engouffrée dans le genre depuis un moment, comme en témoigne le succès récent du Dernier Train pour Busan. Avec un titre comme Destruction Finale, pas besoin de vous faire un dessin : suite à une énorme éruption volcanique, le pays s’en trouve sans dessus dessous, et une bande de héros va devoir tout faire pour sauver la situation, en amenant une charge atomique à un point précis pour empêcher la nature de tout éclater une bonne fois pour toute.

Avec son casting flamboyant (Lee Byung-Hun, Ha Jung-Woo ou Ma Dong-seok, que vous avez pu croiser dans J’ai rencontré le diable, Mademoiselle ou justement Busan…), voici du vrai blockbuster qui pétarade, avec de la destruction CGI très jeu vidéo dans l’esprit, des courses-poursuites, des fusillades et toute la panoplie du film qui va en coller plein la tronche. Alors forcément, la suspension d’incrédulité fout le camp très vite, notamment quand le héros se retrouve en voiture à devoir zigzaguer entre des barils qui descendent une rue en plein tremblement de terre tel Mario et Donkey Kong, que ces messieurs tentent d’échapper à l’effondrement d’un immense pont dans un bus coupé en deux avec un engin nucléaire à l’arrière qu’ils tiennent à bout de bras dans un cadis (!) et évidemment ces méchants nord-coréens qui viennent se mêler à tout ça dans le seul but de tout laisser péter parce qu’après tout pourquoi pas, l’humanité l’a bien mérité !
Et les Américains vont aussi pointer le but de leur nez pour emmerder tout ce beau monde, et vas-y que José c’est un traître, mais en fait non, mais qu’on peut sortir de cette situation de merde en passant par là jusqu’au moment où c’est plus possible, parce que changement de programme on a eu Manu in extremis au téléphone pour nous dire que c’était pas la bonne route, mais c’était sans compter sur Bobby et Ginette…

Bon, vous l’avez compris, tout ça est un beau bordel, qui a le mérite comme les coréens savent si bien le faire de pas mal jouer sur les tonalités, avec des accents de comédie franchement bienvenus dans ce brouhaha qui tire malheureusement beaucoup trop sur la corde. Mais ce fourre-tout a le mérite de jouer la surenchère à fond, et de profiter aussi bien de son équipe de bras cassés pour offrir quelques moments bien absurdes, que d’y aller à fond dans le mélo (il y a une femme enceinte et ses enfants dans l’histoire, forcément), tout en ayant son mot à dire sur les voisins.

Ça part donc dans tous les sens, c’est rarement digeste mais au moins, on ne peut pas dire que le film ment sur sa marchandise.

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