Le NIFFF, c’est déjà fini ! A l’heure où cette introduction est tapée, Jean-Victor a retrouvé ses terres parisiennes et sa salle de montages pour quelques petites choses tournées sur place.

Le festival s’est cloturé ce samedi et a récompensé Housebound du prix HR Giger du Meilleur Film. It Follows dont nous parlons ici repart avec le Prix du jury de la critique internationale et le Prix de la Jeunesse Denis-de-Rougemont et What We Do In Shadows remporte le Prix RTS du Public. Le reste du palmarès est disponible sur le site officiel.

Merci une nouvelle fois aux organisateurs du festival pour cette belle semaine et -très probablement- à l’année prochaine !

 

Kung Fu Divas (2013)
de Onat Diaz

Bienvenue dans le monde des concours de beauté philippins, où il y a un titre pour à peu près n’importe quel prétexte. Miss du village, miss du quartier, miss pamplemousse ou que sais-je, le choix est large, mais le titre de la perle de l’île est l’objectif principal d’une femme à la limite de ne plus être éligible à ce genre d’événement à cause de son âge.
Quand sa mocheté peut enfin passer outre pour un titre dont les autres concurrentes ont étés écartées soigneusement par maman, une bombe se pointe soudain, créant une rivalité furieuse qui va se régler à grand coup de kung-fu !
Les philippins n’ont pas froid aux yeux, comme le prouve ce divertissement populaire gentiment schtarbé qui mélange comédie romantique et arts martiaux sans détour.
Avec des idées de gags loufoques, dont un type qui fait tomber les culottes des filles à son passage ( !), Kung Fu Divas ne cesse de prouver sa bonne volonté, malgré quelques tunnels de dialogue à rallonge. Mais comme c’est pas tous les jours qu’on a la chance de voir des femmes se taper dessus avec des cheveux magiques, on excusera volontiers les quelques longueurs qui parcourent cette fantaisie assez réjouissante.

 

The Lady Avenger (1981)
de Yang Chia-Yun

Suite du cycle sur le renouveau du cinéma taiwannais dans les années 80 avec un autre rape & revenge pur jus, dans lequel une journaliste enquêtant sur la montée inquiétante des viols dans son pays finit par en faire les frais. Evidemment, elle va sortir les armes pour rappeler à ces messieurs qu’il ne fait pas toujours bon de faire joujou sans demander la permission, pour un film qui souffre terriblement du poids du temps.
En résulte une narration ultra classique qui enchaîne les étapes immanquables du genre sans jamais en dévier une seconde, pour un résultat des plus plombants tant on a du mal a trouver de l’intérêt dans ce qui devient une suite de meurtres plan-plan, au sein d’une œuvre se refusant à montrer la violence outre mesure. Quand la subversion se heurte à une forme trop stricte pour l’assumer complètement, le propos s’en trouve forcément atténuer, et Lady Avenger n’a qu’un impact minime au final.

 

It Follows (2014)
de David Gordon Mitchell

Auréolé d’un buzz assez flatteur depuis sa présentation en catégorie Un Certain Regard cette année à Cannes, It Follows est déjà décrit par beaucoup comme la preuve irréfutable d’un grand nouveau cinéaste de genre. L’histoire y est assez simple : après avoir batifolé avec le mauvais gars, une adolescente américaine se retrouve constamment suivi par une entité qui lui fera la peau si elle s’approche trop près. Prenant la forme d’un proche qui marche vers elle sans s’arrêter, la dite chose peut être distancée, mais semble pourtant inarrêtable…
Avec un concept aussi épuré mais évocateur, le réalisateur tient là un principe pouvant pousser son héroïne et le spectateur à la paranoïa totale, vu que n’importe quel passant dans la rue peut devenir vite suspect.
Manque de bol pour Mitchell, il s’essouffle très vite pour plusieurs raisons.
La première, c’est le fait de donner d’entrée une forme hyper concrète à sa menace, et d’expliquer son fonctionnement de manière hyper rationnelle, tuant toute mystère et mysticisme dans l’œuf. D’autant que le pot de colle s’attrape en couchant avec quelqu’un qui l’a déjà, vous le refilant jusqu’à ce que vous batifolez avec un autre, ainsi de suite, au détail près que la « créature » reviendra vers vous si elle tue vos successeurs.
Pas besoin d’en dire plus pour voir combien la métaphore sexuelle (Sida, MST, faites votre choix) est bien lourdingue, surtout à la vue de certains dialogues du film qui en rajoute une couche. On entend ça et là que le principe était déjà similaire dans les slashers (couche et meurs), toujours est-il qu’il n’était pas explicité à ce point là et connu des héros, appuyant drastiquement la symbolique au passage.
Outre ce caractère de prévention qui pourrait faire passer le film pour un spot contre le sexe avant le mariage, le second hic réside dans le manque d’imagination du réalisateur, qui montre constamment la chose venir de loin. Certes, certains flipperont et appréhenderont à mort en voyant la silhouette s’approcher, mais on ne peut que regretter le fait que jamais le metteur en scène joue la carte inverse, sur la menace invisible. Une scène de foule par exemple, ou même de brouillard, d’autant plus dans un film qui cite à tort et à travers le cinéma de John Carpenter, entre une musique old school pétée de synthés gras et une histoire qui prend place dans une banlieue américaine voisine de celle d’Halloween.
Soigné dans sa photo et son atmosphère, It Follows manque donc cruellement d’audace dans son concept en plus de sa morale balourde. De là à dire que les spectateurs Cannois étaient mormons, il n’y a qu’un pas.

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Never Too Late to Repent (1981)
de Tsai Yang-Ming

Conclusion du cycle sur le ciné taiwanais avec le pionnier de cette vague de films plus noirs, l’ultra évocateur Never Too Late to Repent. Une histoire vraie de gangster pur jus, dont on suit le destin depuis son enfance pas si tendre jusqu’à son repenti, avec maintes passages en prison entre temps, saupoudrés d’évasions à tout va, de magouilles foireuses, de meurtres et j’en passe. Faisant preuve d’un certain « réalisme social » inédit pour l’époque, le film de Tsai Yang-Ming constituait déjà le haut du panier de cette rétrospective. Grâce à un scénario solide qui creusait son personnage principal et ses remords, le film montrait une grande variété de situations et tirait le portrait de cet homme au parcours chaotique avec un rythme soutenu et un regard lucide sans porter de jugement. Cela étant, la projection hasardeuse du film était assez palpitante, et ce malgré une bande sonore abimée à tout jamais, laissant des blancs de 3 minutes tout du long !

 

Zombeavers (2014)
de Jordan Rubin

Pendant que les requins sont en train de devenir les nouvelles stars de la série Z bien attardée, nos zombies chéris n’ont pas dit leur dernier mot et ne cessent de se diversifier. Après les zombies nazis ou soviétiques, les bébés zombies ou les zombies surfeurs, voici donc les zombies… castors ! Fallait y penser en effet.
Le résultat a le mérite de ne pas mentir sur la marchandise tant on retrouve tous les ingrédients du film d’exploitation fauché qui tâche : des ados qui partent en week end dans une cabane paumée, avec des demoiselles chaudes comme la braise dont les vêtements disparaissent comme neige au soleil, etc, etc…
Assez généreux dans sa connerie, Zombeavers délivre son lot de dialogues crétins avec jeux de mots graveleux (pour les non-anglophones, Beaver désigne aussi l’entrejambe féminine dans la langue de Shakespeare), de morts sanguinolentes et de petites créatures perverses façon méchants gremlins. Sans doute un peu long par moment, Zombeavers parvient pourtant à renouer sans concept en cours de route, et remplit au final son cahier des charges de film crétin à regarder entre camarades torchés à l’alcool bon marché.

 

That Demon Within (2014)
de Dante Lam

Cinéaste hong-kongais célébré pour la noirceur de ses polars et leur frontalité assumée, Dante Lam revenait cette année avec That Demon Within, où comment un flic commence à broyer du noir après avoir fait une transfusion sans le savoir à un gangster monstrueux dont il sauve la vie au passage.
Un énième prétexte pour faire du film de flics très très sérieux qui ne desserrent pas la mâchoire une seconde, avec un héros aux tendances schizophrènes qui pète un boulon en voyant son nouveau cauchemar partout. C’est donc assez dommageable de voir combien cette partie psychologique est lourdingue au possible en plus d’expérimentations visuelles des plus laides, surtout quand le film propose à côté des jeux de manipulation tendance chat et chien des plus réussis. Voguant constamment entre le bon et le douteux, That Demon Within est capable par exemple de foirer dans les grandes largeurs sa première grosse fusillade, avec un montage à l’arrache et une narration bordélique, pour refaire une scène similaire 20 minutes après en la réussissant haut la main, avec des idées de plans démentielles et une nervosité jubilatoire. Tout le film est de ce tonneau, y compris dans son final enflammé, rappelant que l’on ne peut pas toujours avoir bon partout.

 

Der Samurai (2014)
de Till Kleinert

Sélectionné en compétition internationale, Der Samurai impressionne par sa présence pour un détail stupéfiant : c’est un film de fin d’études !
Le réalisateur Till Kleinert faisait ça bien avec ce long métrage dans lequel un policier qui prend ses fonctions dans un trou paumé se retrouve face un homme mystérieux en robe blanche et armé d’un katana. Forcément, l’accoutrement n’est pas juste pour faire joli, et le bougre va vite faire du remue ménage, dans une intrigue qui se pose comme une métaphore sur les pulsions assumées ou non et l’homosexualité. Un texte explicité un peu trop fort par moment malheureusement, dans une œuvre qui a cependant le mérite d’être faite avec une classe visuelle certaine, et un travail sur l’atmosphère des plus soignés. Reste au public de voir si ces histoires de pulsions leur parle ou non…

 

These Final Hours (2013)
de Zak Hilditch

Lorsqu’un météore tombe en antarctique, le monde est condamné à sombrer sous une gigantesque vague de feu. Les derniers à y passer sont en Australie, et l’on suit donc un jeune homme qui part à une grande beuverie de fin du monde lorsqu’il croise sur son chemin une petite fille en détresse… On pourrait résumer These Final Hours à une sorte de fin du monde chez les débiles tant la plupart des personnages ont des considérations bas du front et un regard assez bovin. Toujours est-il que c’est justement parce qu’il sonde l’humain dans ce qu’il a de plus primaire que Zak Hilditch parvient à créer un cheminement intéressant avec ce héros qui va réaliser trop tard ce qui importe le plus dans sa vie. La sensation de fin du monde est très bien retranscrite, avec des rues en ruine où se croisent pendus et couples en chaleur une dernière fois.
Malgré la sensation de finir sur un « tout ça pour ça ? », d’autant que ce qui devrait primer émotionnellement reste en second plan, These Final Hours capte une détresse humaine assez saisissante.

 

Puzzle (2014)
de Eisuke Naito

Des adolescents japonais s’introduisent dans leur lycée vêtus de masques de fleur colorés pour prendre en otage une prof et jouer des jeux macabres avec les supérieurs de l’établissement. Une farce qui va prendre une ampleur inattendue, dans un film qui recycle les mécaniques meurtrières d’un Saw à la sauce Kawaï. La question de la culpabilité pour les victimes, inversée par la suite quand on apprend d’autres éléments de l’enquête, s’embourbe dans cette volonté japonaise de faire un film qui dérange avec un taux de maladie mentale certain chez à peu près tous les personnages au final.
Pour le reste, l’intrigue tient le cap grâce à la simple envie de savoir quel sera la prochaine pièce du puzzle et comment les tueurs et flics vont finir leur chasse, mais l’image assez terne et le trop grand sérieux avec lequel l’intrigue est tenue ont tendance à rendre le tout un peu plombant.

 

Alléluia (2014)
de Fabrice du Welz

Les sites de rencontre, c’est pas toujours très sûr. Gloria va en faire les frais, en rencontrant un homme beau, séduisant et incroyable au pieu, qui va partir comme il est venu en lui extorquant de l’argent. Pas démise pour deux sous, la femme va retrouver la trace du mystérieux Michel et réaliser qu’elle est l’une des nombreuses victimes de ce monsieur qui vit du trop plein d’amour de nombreuses célibataires. Elle va s’allier à lui pour se faire passer pour sa sœur et continuer d’arnaquer bien des demoiselles…
Ce qui est assez incroyable dans cette histoire passionnelle centrée sur l’autodestruction de cette héroine, c’est de voir le contraste entre une forme qui joue la carte d’un réalisme appuyé avec un 16mm au grain poussé et une caméra proche de ses acteurs, face à un scénario tellement jusqu’au boutiste qu’il n’est pas crédible une seconde.
Tout va très vite, la rencontre, le coup de foudre, l’arnaque, le changement de vie, etc…, et pourtant, la non crédulité du script n’est pas grave en soit tant il est passionnant de voir ces personnages et cette intrigue bigger than life foncer dans le mur comme ils le font. Passant d’une innocente à une autre, le couple torture sa propre relation et se mutile sans le savoir dans un ballet où le désir prend le pas sur la réalité et où la vie devient une vénéneuse. Fabrice du Welz signe ici une œuvre sulfureuse et captivante, rappelant à tous combien sa singularité dans le cinéma français est précieuse.

 

The Suspect (2013)
de Won Shin-Yeon

Après la claque The Berlin File l’an dernier (sortie chez nous sous le titre The Agent), le NIFFF nous présentait à nouveau un thriller coréen avec des histoires d’espionnage politique à tout va sur les éternelles querelles entre le Nord et le Sud. Blockbuster national qui a fait 4 millions de spectateurs là bas, The Suspect pâtie pourtant salement de la comparaison avec le film de l’an dernier et sûrement bien d’autres vu que le genre est devenu une véritable institution pour eux, avec environ 6 films du même tonneau par an. Un agent est donc corrompu et chassé de toute part, devant tout faire pour mettre à mal un complot en prouvant son innocence.
Le fait de revoir un film à la trame balisée n’est pas un problème en soit. Là où The Suspect peine à convaincre, c’est plutôt dans son incroyable pachydermie scénaristique, avec des dialogues surexplicatifs qui répètent tout 3 fois et une intrigue qui ne parvient jamais à donner de l’attachement pour le héros, d’autant que les ramifications politiques sont assez ridicules. Pire encore, la mise en scène de la chose semble torchée par un analphabète de l’image puisque les scènes d’actions sont découpées et montées au mépris du bon sens, avec par moment jusqu’à 7 ou 8 plans en l’espace d’une seconde et demi. On y comprend rien donc, et comme le film porte cette fameuse tendance coréenne a en faire des caisses et des caisses et des caisses ( !) dans le pathos, on reste assez indifférent à tout ça, du moins pressé que ça se termine.

 

Dancing Karaté Kid (2013)
de Tsukasa Kishimoto

Un jeune danseur débarque sur un archipel du japon et va découvrir les corrélations sacrées entre sa discipline et les arts martiaux. Ca tombe drôlement bien pour lui, ça lui permettra de faire face à des individus véreux qui veulent prendre un dojo appartenant à une jeune femme, belle et célibataire qui plus est ! Petit feel good movie au budget rikiki, avec image de téléfilm et intrigue simplissime, Dancing Karaté Kid est un film sur lequel on ne peut que rabaisser notre niveau d’exigence tant on est dans une catégorie poids plume. D’autant que sans être totalement réjouissante, la modeste entreprise fait preuve de bon sens et ne cherche rien d’autre que de divertir son public avec une jolie histoire rigolote. Ca ne casse pas des briques, loin s’en faut, mais c’est aussi inoffensif que mignon !

 

Open Windows (2014)
de Nacho Vigalondo

Elijah Wood et film concept : 3ème ! Après Maniac & Grand Piano, l’ancien Hobbit se retrouve dans cette œuvre étrange qui se déroule intégralement sur l’écran d’ordinateur du héros, se déplaçant dessus, passant de fenêtre en fenêtre et de programme en programme pour raconter son histoire. Ca tombe bien, le film voit un fan d’une star de cinéma qui attend dans une chambre d’hôtel d’aller diner avec elle après avoir gagner un concours. Soudain, son PC est hacké par un individu qui lui apprend que le concours a été annulé, et lui impose une vengeance inattendue en piratant les caméras de sécurité, le téléphone de la demoiselle et tout ce qui contient un objectif pour meubler la mise en scène du réal. Passé le caractère atypique du dispositif, le film s’enfonce rapidement dans un scénario qui se mord la queue et sombre dans des rebondissements métatextuelles absurdes et incompréhensibles. Elijah Wood cachetonne, Sasha Grey vient montrer ses seins, et les incohérences s’enchainent dans un film qui tourne à vide par la vacuité totale de son concept, d’autant qu’on a jamais vu un pc avoir autant de batterie et une aussi bonne connexion à internet, tout comme le piratage informatique n’a jamais semblé aussi facile. Watch Dogs à côté, c’est des bisounours…
Nacho Vigalondo a fait ce film suite à une commande des producteurs qui souhaitait un sujet sur le monde de l’internet. Espérons que cette erreur de parcours, aussi grotesque que vaine, ne pèsera pas sur la suite de la carrière de ce réalisateur dont les précédents films valaient tellement plus que cette baudruche racoleuse.

 

Young Ones (2014)
de Jake Paltrow

Dans un monde post apocalyptique où l’eau est devenue une denrée rare, un homme et deux ados vivent reclus dans le désert loin des mégalopoles débordées, et subsistent à leur besoin jusqu’au moment où un drame va avoir lieu. C’est assez inattendu que ce Young Ones passé par Sundance ait fait aussi peu parlé de lui tant on tient là une œuvre singulière, qui affiche un casting prestigieux avec Michael Shannon, Nicholas Hoult et Elle Fanning. Jake Paltrow y ose des écarts formels assez fou, où comment une scène mélange sans détour une bande son proche de Bernard Herrmann avec un découpage digne d’un western spaghetti dans une scène post-apo à l’esthétique moderne. La bizarrerie qui s’en dégage s’accorde au fait que les vrais héros du film sont des adolescents dans un monde d’adulte, sous couvert d’une histoire de vengeance jamais atténuée. Au fur et à mesure que le film avance, la forme s’affine, et l’atmosphère gagne au fur et à mesure, même si l’univers graphique et le production design font mouche dès les premières images. Si certains écarts formels font tâche, avec des ralentis un peu foireux par exemple, Young Ones s’impose comme un western avec une identité propre et un joli scénario, le tout joliment mis en image. Une très jolie surprise le 6 août dans les salles françaises.

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