La durée des nuits de Jean-Victor au NIFFF diminue autant que sa consommation de Red Bull augmente. Voici néanmoins la troisième partie de son périple en terres helvétiques.

Au menu : du cinéma néo-zélandais, le retour du réalisateur de SexCrimes, un polar indonésien, la dernière folie de Noboru Iguchi ou encore un film du studi Hammer, The Quiet Ones.

Bon appétit !

 

 

Housebound (2014) de Gerard Johnstone
Après un braquage raté, Kylie Bucknell est contrainte à la pire sentence que la justice néo-zélandaise puisse délivrer : devoir retourner vivre chez sa mère. Cette dernière est convaincue que la maison est hantée, mais Kylie estime qu’elle imagine cela pour se distraire d’une vie occupée à la cuisson de légumes vapeur et aux commérages. Néanmoins, lorsqu’elle entend d’inquiétants murmures durant la nuit et que d’étranges événements commencent à se produire, elle va remettre son jugement en question.

En Nouvelle Zélande, il n’y pas que des histoires d’anneau, de nain et de dragon, il y a aussi des braqueurs ratés. L’héroïne de Housebound fait partie de cette famille, et se retrouve coincée chez sa mère avec un bracelet électronique au pied, où elle va découvrir rapidement que la maison est hantée ! L’avantage, c’est que ça tue un peu l’ennui, pour un film qui joue avec malice sur les codes du film de fantômes et de la comédie. Contrairement à un Cabin in the Woods, le film a l’intelligence d’y aller à fond dans les deux en les conciliant constamment. Sans aucun cynisme, Housebound essai autant de faire peur que de faire rire, et si il se perd par moment dans un scénario à rallonge qui détourne le réalisateur de son projet, il n’en reste pas moins un exercice sympa.

 

The Canal (2014) de Ryan Kavanagh
David est archiviste de cinéma. En visionnant une pellicule datant de 1902, il découvre que la maison qu’il occupe avec sa femme et son fils de cinq ans a été le terrain de meurtres brutaux : un certain William Jackson y a massacré et noyé sa famille. Alors que David soupçonne sa femme de le tromper, il commence à avoir des visions cauchemardesques. La présence de Jackson le hante et semble vouloir s’en prendre à sa famille…

Il y a une certaine malédiction avec les premiers films, particulièrement quand on a affaire à du genre : voir un réalisateur qui met tout ce qu’il peut dans son œuvre, par peur de ne pas retravailler par la suite. The Canal est un nouvel exemple de ce syndrome. En 20 minutes, on a l’impression d’assister à deux expositions différentes : une sur le héros qui trouve des films d’archives sur un meurtre dans son actuelle maison, et une autre sur le même type qui se rend compte que sa femme le trompe.
Les deux trames parviennent à se recouper durant un temps, mais malheureusement, tout ça finit par tomber dans un château de cartes tant la conclusion part dans tous les sens. Visuellement assez soigné, The Canal s’avère trop gourmand pour tenir la distance.

 

Killers (2014) de Kimo Stamboel & Timo Tjahjanto

Gareth Evans n’est pas seulement en train de s’imposer sur la scène du cinéma d’action, il est surtout en train de se construire une vraie équipe de production en Indonésie. En témoigne ce Killers qu’il produit, film dans lequel deux étrangers vont se rencontrer sur le net et s’adonner chacun de leur côté, et à leur manière, à l’art du meurtre.
Une descente aux enfers s’enclenche, dans une relation faite d’influence néfaste et de fascination maladive, ce que la réalisation exploite parfaitement dans un rythme assez lent sans être moribond. Si le final tombe dans des travers excessifs rappelant le cinéma coréen dans ce qu’il a de plus hystérique, Killers demeure un polar intriguant.

 

The Harvest (2013) de John McNaughton
Un peu tarés sur les bords, les parents du jeune Andy surprotègent leur fils atteint d’une maladie. Leur mode de vie sera mis à mal par l’arrivée d’une nouvelle voisine qui souhaite s’occuper du garçon…

Pour tous les jeunes hommes ayant grandi dans les années 90, John McNaughton est responsable de bien des fantasmes, lui qui filmait avec une perversité certaine Neve Campbell et Denise Richards dans SexCrimes. Dire que The Harvest n’a rien à voir est un euphémisme, puisqu’il est question d’un gamin malade enfermé chez lui par une mère tyrannique, au moment où une jeune voisine nouvelle va faire sa rencontre et vite réaliser les sombres secrets de cette maison sous tout rapport. Mise en scène plate, jeu d’acteur caricatural et twists ultra prévisibles, McNaughton torche un téléfilm du dimanche après à destination de tous, avec l’impression de voir un thriller pour gamins de 10 ans. Et pas trop malins les gamins de préférence…

 

Live (2014) de Noboru Iguchi
La mère de Naoto a été enlevée. Pour la sauver, il doit participer à un marathon mortel organisé par les kidnappeurs. Mais il n’est pas le seul à courir et tous espèrent arriver premier. Sans compter que les ravisseurs envoient des tueurs sans merci aux trousses de ces athlètes improvisés…

Ancien pape du studio taré Sushi Typhoon et coupable de folies comme Mutant Girls Squad, Robo-Geisha ou Machine Girl, Noboru Iguchi était de retour cette année pour le bonheur des cinéphiles pervers et déviants. Live raconte un marathon de la mort, dans lequel des gens voient des proches kidnappés et sont forcés de participer à ces jeux dangereux pour les sauver. Très rapidement, les joutes vont prendre une dimension sanglante, à base de bracelets tronçonneuses, de vélo mitrailleur ou de chaussures sabres. Cadres racoleurs sur les popotins de ces demoiselles, violence décomplexée avec giclées de sang numérique à tout va et hystérie collective, Live assume sa connerie même si on peut trouver la chose un tantinet pauvre en morts violentes et gags débiles par rapport à d’autres films du même genre.

 

Wolfcop (2014) de Lowell Dean
L’inspecteur Lou Garou a beau être porté sur la bouteille, ses pertes de mémoire nocturnes commencent à le mettre de plus mauvais poil qu’à l’accoutumée. 50% loup, 50% flic… 100% Wolfcop !

Projet canadien possible grâce à des concours de financements remportés haut la main, Wolfcop n’a pas besoin d’être résumé au delà de son titre ! D’autant que le héros s’appelle Lou Garou. Un flic qui se transforme en werewolf sanguinaire donc tout en gardant l’uniforme des forces de l’ordre, et qui démastique la tronche des méchants dans une série B rigolote qui exploite bien son concept pendant sa petite heure vingt. Entre une scène de sexe femme/loup-garou en prison, une Wolfmobile tunée façon Mad Max et des répliques débiles (Here comes the Fuzz !), on n’a pas le temps de s’ennuyer devant ce film joyeusement crétin et généreux.

 

Starry Eyes (2014) de Kevin Kolsch & Dennis Widmyer
Des filles comme Sarah, Los Angeles en compte des milliers. Ravissante actrice en devenir, elle se voit obligée de bosser dans un fast food de seconde zone en attendant d’obtenir un rôle à Hollywood. Alors lorsqu’un producteur la contacte suite à un casting, elle pense avoir décroché la lune. Oui mais voilà, Sarah se rend vite compte qu’elle va devoir donner de sa personne pour arriver à ses fins. Elle se retrouve alors confrontée à un dilemme : préserver son intégrité et refuser le rôle ou déroger à ses principes moraux pour saisir cette incroyable opportunité, quitte à vendre son âme au diable ?

Une jeune actrice qui peine à percer se rend à une audition glauque durant laquelle ces possibles futurs employeurs lui demandent de se donner corps et âme…
Métaphore un peu lourdingue sur le monde corrompu d’Hollywood, Starry Eyes tente de voir jusqu’où vous êtes prêts pour aller pour accomplir vos rêves et le succès.
Manque de bol, le fantastique s’y fait un peu trop grossier, pour un final qui compile tous les travers du film d’horreur gore et gratuit. Reste une actrice qui n’a effectivement reculer dans rien, pour un résultat qui ne méritait peut être pas autant d’effort.

 

Monsoon Shootout (2013) de Amit Kumar
Dans une ruelle battue par la mousson, un jeune flic tient son arme braquée sur un potentiel criminel. Doit-il tirer ou non? Quelle que soit sa décision, les conséquences se répercuteront bien au-delà de sa propre existence…

Un jeune flic indien se retrouve devant le choix difficile de tirer ou non sur un gangster qu’il traquait depuis longtemps. De ce postulat, le film va explorer chacune des possibilités issues de la scène, si la balle part ou non. Une sorte d’effet papillon aussi intéressant formellement qu’un peu vain tant on attend de voir la strate narrative suivante puisque les premières que l’on regarde ne sont apriori pas définitives. D’ailleurs, la toute dernière, apriori la bonne, tombe comme un gros cheveu sur la soupe, et on ne peut s’empêcher de penser « tout ça pour ça ? » tant le film déploie un dispositif un peu vain (au pire, on peut se dire « prenez la version qui vous arrange ») et sonne comme une idée de petit malin.

 

The Quiet Ones (2014) de John Pogue
Inspiré de faits réels, The Quiet Ones retrace les expériences controversées menées par un professeur d’Oxford et une équipe d’étudiants dans les années 1970 sur une jeune femme aux étranges pouvoirs.

Le mythique studio de la Hammer profite d’une seconde vie avec un revival fragile. Suite à la Dame en Noir, voici donc the Quiet Ones, énième histoire de jeune fille possédée qu’un professeur et ses élèves étudient pour comprendre le mal qui l’habite et tenter de la guérir. Mélange foireux de found footage et d’horreur old school, The Quiet Ones est le film d’horreur vu 1000 fois, ne proposant pas une seule idée neuve de mise en scène, de jump scare ou d’écriture, avec des personnages tous plus superficiels et creux les uns que les autres. Malgré une photographie qui essai de s’approcher d’une esthétique 70’s, et la présence de Jared Harris au casting, le nouveau Hammer sombre dans l’oubli aussitôt le film terminé, et c’est bien dommage.

 

Extraterrestrial (2014) de The Vicious Brothers.

Des jeunes en week end dans une maison au milieu de la forêt, dans une région des Etats-Unis où se déroulent des phénomènes étranges… C’est sûr, Extraterrestrial n’aura pas le prix de l’originalité cette année, et encore moins celle du bon film. Débutant comme une série B somme toute classique mais regardable, le nouveau film des Vicious Brothers compile des choix de réalisation incohérents (comme un found footage qui part et qui revient n’importe comment) et un déroulement ultra roublard avant de sombrer dans une série de scénettes qui dégueulent leurs influences telles quelles sans même s’en cacher. Il y a de quoi crier au plagiat tant Alien, Matrix, X-Files ou les Men in Black sont pillés sans détour, avec un jem’enfoutisme total qui cache mal une arrogance de sales gosses moins malins qu’ils ne le pensent. Le précédent film des Vicious Brothers se terminait littéralement sur un doigt d’honneur à l’écran, Extraterrestrial n’en est pas loin…

 

Woman Revenger (1980) de Tsai Wang-Ming

Rage & Revenge dans les règles de l’art pour ce Woman Revenger, sélectionné dans une série de films qui reviennent sur l’histoire du genre taïwanais, où comment quelques longs métrages ont changés le visage de ce cinéma à tout jamais. Si la forme ultra old school peut agacer, entre des passages hors sujet avec de la gym ou une boite de nuit pendant 10 minutes sans aucun apport narratif ( !) ou la volonté de tourner le plus de scènes possibles devant le Mont Fuji parce que c’est classe ( !!), Woman Revenger montre tout de même une certaine radicalité sur la fin. Violence poussée, femmes maltraitées et nihilisme acerbe sont de mise, dans ce film important qui a pris un coup de vieux formellement, mais dont le fond reste passionnant encore aujourd’hui.

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