Nous n’étions pas forcément totalement convaincus par les premières images de Pan, l’enfance du célèbre Peter racontée par Joe Wright, mais les quelques extraits diffusés en preview se sont montrés bien plus rassurants.

Que vaut donc réellement ce prequel à l’histoire bien connue porté par Hugh Jackman, Rooney Mara, Garrett Hedlund et le tout jeune Levi Miller ?

 

LA CRITIQUE

A l’heure où Disney se lance sans aucune retenue dans les remakes de ses plus grands classiques en version live, Pan fait un peu office d’outsider.
Comme chez Mickey, c’est tiré d’un conte que tout le monde connaît, notamment par le dessin animé.
Comme chez Mickey, le principe est encore une fois de donner vie avec de vrais acteurs à cette histoire.
Par contre, pas comme chez Mickey, non seulement le film veut prendre une approche différente de ce que l’on connaît, et ce grâce à la présence de Joe Wright, réalisateur éclectique qui a déjà prouvé avec Hanna ou Anna Karenine sa fascination pour les formes classiques de récit réorchestrées dans un écrin moderne.
En osant prendre un tel auteur, et en s’intéressant à une période peu connue de l’histoire du Pays Imaginaire, les studios Warner montrent-ils la voie à suivre?

Cette nouvelle version de Peter Pan parvient très vite à se différencier de sa forme la plus populaire en se situant bien avant l’histoire du Disney. Ici, point de Wendy, puisqu’on découvre l’enfance de Peter, son arrivée au Pays Imaginaire et sa première rencontre avec Barbe Noire, la tribu des enfants ou un ennemi bien connu qui n’est encore qu’un ami, Crochet ! Le personnage est donc plus jeune que dans nos souvenirs, et cela permet à Joe Wright d’embrasser d’emblée le conte dans sa forme la plus traditionnelle et pure. L’introduction du film rappelle par exemple Harry Potter, en montrant un décor tout ce qu’il y a de plus banal, Londres, au milieu duquel un élément fantaisiste, un saut périlleux improbable, va s’effectuer le plus naturellement du monde par une jeune femme en imper. Les 20 premières minutes sont d’ailleurs un modèle d’exposition et d’efficacité puisqu’elles situent parfaitement le personnage et donnent sans retenue dans un folklore anglais qui va à ravir au genre, avec un orphelinat géré par une nonne tyrannique. En résulte une noirceur inattendue, une certaine cruauté même qui frappe fort en étant adressée directement à des enfants. On pense à Oliver Twist comme au sorcier de J.K Rowling donc, et Wright semble être en extase derrière la caméra tant les idées de mise en scène fusent à tout va, pour culminer dans une formidable scène d’action, une course poursuite entre un navire volant et des avions militaires de la seconde guerre mondiale au-dessus de Londres. Ainsi, sans qu’on ait le temps de dire ouf, Wright pose son personnage et ses origines, renoue avec le caractère ténébreux des contes d’origine et nous décolle la rétine avec une scène ultra spectaculaire ! Manque de bol, le film va peiner par la suite à maintenir un tel rythme.

Une fois arrivé au Pays Imaginaire, Pan freine un grand coup et va subir une suite de scènes dialoguées un peu trop longues, explicatives, ou tout simplement moins excitantes. D’autant que si la direction artistique est soignée avec de jolies trouvailles visuelles, elle ne reste que cosmétique quand on rentre dans le cœur de l’histoire, qui suit les rails ultra classiques du genre. Il reste des passages surprenants, comme un combat sur des trampolines avec des adversaires virevoltants dans tous les sens, mais ils n’alternent en rien le déroulement d’un scénario tout tracé.
En cela, Joe Wright prime la déférence au genre, et se plait à faire un film pour enfants, pensé comme tel, qui s’avère linéaire au point que le parcours des héros semble être littéralement une ligne de droite dans la seconde partie du film. A défaut d’être surpris par un fond qui n’en a pas moins déjà fait ses preuves, on peut tout de même se délecter de l’emballage soigné qui réorchestre tout un univers que l’on connaît sous une forme plus excentrique et contemporaine. C’est d’ailleurs là qu’on retrouve le plus le réalisateur, et son goût pour Les pirates chantent à leur façon du Nirvana tout en étant les esclaves d’une gigantesque industrie minière, les enfants du pays Imaginaire forment une tribu aux influences occidentales, et les fées sont sous une forme plus magique et mystique que jamais. Bref, on est en terrain connu mais rafraichi et même si tout n’est pas du meilleur goût, à l’instar d’énormes oiseaux squelettiques bien numériques, on s’amuse devant un film qui innove peu tout en étant d’une intégrité salutaire, et qui propose une certaine énergie, notamment dans un casting 4 étoiles où tous semblent s’éclater comme des petits fous, excepté Rooney Mara qui a l’air de se demander ce qu’elle fait là. D’ailleurs, cet enthousiasme passe énormément par la fabuleuse partition de John Powell, ici à son meilleur avec une composition enlevée, lyrique et joyeuse, un vrai bonheur pour les oreilles.

On s’attendait à ce que Joe Wright bouscule totalement le modèle du conte pour mieux le sublimer et en ça, Pan peut constituer une petite déception tant l’hommage au genre se traduit par une structure narrative ultra classique. Cela étant, l’histoire contée change suffisamment de son modèle animé pour qu’on s’y intéresse, la partie formelle est très joliment travaillée et ne serait-ce que pour sa première partie absolument fabuleuse, ce nouveau voyage au Pays Imaginaire ne manquera pas de vous faire retrouver votre âme d’enfant.

 

Pan – Sortie le 21 octobre 2015
Réalisé par Joe Wright
Avec Hugh Jackman, Levi Miller, Garrett Hedlund
Proposant un nouveau regard sur l’origine des personnages légendaires créés par J.M. Barrie, le film s’attache à l’histoire d’un orphelin enlevé au Pays Imaginaire. Là-bas, il vivra une aventure palpitante et bravera maints dangers, tout en découvrant son destin : devenir le héros connu dans le monde entier sous le nom de Peter Pan.

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