Deuxième partie de notre voyage en Irlande dans les studios de Cartoon Saloon.

Nombreux sont les étudiants français sortant d’écoles d’animation comme les Gobelins qui s’expatrient. L’animation est un petit milieu et les studios “locaux” ne sont pas si légion. C’est pour cela que Tomm Moore et son équipe accueillent des petits jeunes motivés.

L’un d’entre eux, d’abord chargé des superbes décors de Brendan et le Secret de Kells et désormais rien de moins que directeur artistique sur Song of the Sea, s’appelle Adrien Mérigeau. Nous l’avons rencontré.

 

Est-ce que tu peux nous expliquer ton parcours ?
J’ai étudié à l’EMCA (Ecole des Métiers du Cinéma d’Animation) à Angoulême pendant deux ans. Au départ, je voulais plutôt faire de la BD ou du jeu vidéo. Mais j’ai découvert l’animation via le jeu vidéo grâce à Flash. J’y ai appris beaucoup de choses en matière d’animation : les spécificités, l’histoire de l’animation mais aussi la poésie qu’il peut y avoir derrière, les potentiels des films. J’ai trouvé ça fascinant et j’ai commencé comme ça.
Et puis je suis entré à Cartoon Saloon en tant que stagiaire, presque par hasard que je cherchais un studio à l’étranger, ayant envie de bouger un peu. A l’époque, c’était une petite équipe qui préparait le Secret de Kells, ça m’a semblé parfait. J’ai fais deux mois de stage, je suis retourné un an en France et je revenu travailler ici [à Kilkenny, en Irlande].

Tu as commencé sur les décors du Secret de Kells. Ça consiste en quoi exactement ?
Quand je suis arrivé, ils en étaient encore aux étapes du développement du projet. Le stage consistait au début surtout en des recherches de traitement, de couleurs, de concepts. Puis quand je suis revenu ici, ils étaient en pleine production. Il a fallu se faire au style déjà en place, ça ne m’a pas pris trop de temps car ce n’est pas un travail très technique, plus quelque chose qui demande de la sensibilité.

C’est pourtant un style assez différent du tien. Quand tu travailles sur Old Fangs ou quand tu dessines tout seul, ça n’a rien à voir. Tu arrives à passer de l’un à l’autre ?
Non, ça ne m’a pas posé de problème d’autant que les dessins que je fais pour mon plaisir sont réalisés assez rapidement alors qu’on mettait plusieurs jours sur les décors du Secret de Kells ou de Song of the Sea. Et même si c’est différent, Old Fangs a quand même eu une vraie prod, avec un vrai budget. On était cinq ou six à travailler dessus.
J’aime beaucoup les choses spontanées aussi, se lancer sans regarder en arrière. Donc c’est bien de jongler de l’un à l’autre.

Sur Song of the Sea, tu es d’avantage impliqué ?
Je suis directeur artistique sur le film. Je travaille donc dessus depuis le début, on l’a développé main dans la main avec Kells. Niveau style, c’est un mix entre Tomm et moi. Lui plutôt sur le design et moi plutôt sur les couleurs. C’était vraiment cool.

Il s’est passé peu de temps entre ton stage et Song of the Sea. Ça me donne l’impression d’une carrière qui décolle très vite…
Je crois que c’est propre à l’Irlande. C’est un petit milieu et les gens qu’on rencontre sont très motivés. C’est une autre culture, les gens se connaissent vite, c’est beaucoup moins hiérarchisé qu’en France. Pour la France, ce serait donc assez rapide mais ici c’est plutôt normal.

Quel travaille te reste-t-il sur Song of the Sea ?
Il faut terminer tous les décors, superviser le compositing. Ensuite il faut surveiller les effets spéciaux. J’en ai encore pour six mois de boulot. Après ce sera de la post-prod et j’y jetterai un oeil mais je ne serai alors plus à temps plein sur le film.
Aorès on verra. Il y a d’autres projets ici: Tomm écrit un autre film, il y a une série en développement qui s’appelle Puffins Rock

Avec Tomm, on parlait des images de synthèse et toi tu me disais vouloir faire du jeu vidéo. A la base tu te voyais faire de la 3D du coup ? Et du coup, quel est ton avis sur la place de l’animation traditionnelle ?
Non, je me voyais plutôt faire des jeux avec un style proche des Monkey Island. Sinon, en ce qui concerne l’animation traditionnelle, peut-être pas autant de place au niveau industrielle qu’il y en avait avant. Au niveau indépendant, artistique, oui. Je suis sûr qu’il y a des films qui se font un petit peu partout.
Moi ce qui m’intéresse surtout, c’est de trouver le style d’animation qui convient à une idée. Je pense que c’est là-dedans que l’animation 2d survivra.

Maintenant que la production de Song of the Sea touche à sa fin, tu t’imagines aller faire du jeu vidéo quelque part ?
Peut-être. C’est surtout l’expérimental qui me branche en ce moment. J’aime les jeux interactifs plus que les jeux où il faut absolument gagner, l’idée qu’il y ait une interaction qui fasse évoluer l’histoire un peu comme dans MonKey Island où on ne peut pas mourir.

 

Retrouvez la première partie de ce dossier en cliquant ici.

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