Ce n’est jamais évident de parler de films de festivals pas forcément disponibles pour vous, lecteurs. Du coup, on vous ajoute les bandes-annonces pour que vous puissiez vous faire une idée et on en reparle sur les réseaux sociaux quand le film sort quelque part.

Fanny Lye Deliver’d et Spree sont disponibles en vidéo à la demande aux USA, ils ne devraient pas tarder à pointer le bout de leur nez sur une plate-forme de ce coté-ci de l’Atlantique.

 

Grimm Re-edit (2019) de Alex Van Warmerdam

On était sans nouvelles d’Alex Van Warmerdam depuis 2015 et son fendard La Peau de Bax, une histoire de tueur à gages bien débile avec une bonne dose d’humour noir.
Et on l’est toujours un peu à vrai dire, puisque Grimm Re-Edit est comme son nom l’indique un remontage de Grimm sorti en 2003, dont il détestait la version sortie en salles.

L’opportunité s’est présentée de pouvoir retourner en salle de montage pour finir enfin sa version, et revoilà donc cette histoire un peu farfelue d’un frère et d’une sœur un peu glandus et complètement au chomdû, qui vont être abandonnés lors d’une promenade innocente en apparence par leur père en pleine forêt. Et de là, une série de péripéties curieuse va les attendre, reprenant les codes des contes de Grimm (!) en les actualisant et en les inscrivant dans une esthétique réaliste pour apporter un décalage savoureux, toujours propice à des situations absurdes, gênantes et curieusement folles.

Que ce soit un couple de fermiers étrange qui vont finir par littéralement traverser un mur de briques suite à un lancer de table en pleine poire, une tente sortie de nulle part sous une autoroute pour offrir des services sexuels ou un grand voyage à travers l’Europe en mobylette, la signature comique du cinéaste est toujours de mise, même si elle va prendre un bon coup de frein lorsque les personnages vont se poser à mi-parcours, amenant le récit dans un huis-clos moins propice aux débordements, et certes tout à fait cohérent dans sa construction mais nettement moins trépidant.

L’exercice de réécriture du modèle littéraire prend tout son sens à ce moment-là, mais après une introduction assez dense et généreuse en conneries, force d’avouer que Grimm perd quelque peu de sa folie. Quant à comparer avec la version originale, il faudrait l’avoir vu pour ça, mais voilà au moins une œuvre conforme à la vision de son auteur, et en attendant sa prochaine réalisation, on ne boudera pas notre plaisir sur cette mise au point.

Fanny Lye Deliver’d (2019) de Thomas Clay

Bienvenue au fin fond de l’Angleterre du 17ème siècle, dans une famille bien sous tous rapports, puritaine et propre sur elle, mais dans laquelle ce beau vernis pourrait en réalité cacher un mal-être profond, notamment chez madame. Et quoi de mieux que deux jeunes gens beaux, en chaleur et saillants pour dynamiter tout ça, surtout quand ils débarquent nus et amochés après avoir été poursuivis par des autorités pas super conciliantes avec les mœurs sortant du canevas sociétal en rigueur.

Que faire de ces fugitifs, sont-ils si dangereux, et notre mode de vie est-il vraiment sain, voilà quelques-unes des nombreuses questions que va se poser Fanny Lye, l’héroïne de cette production anglaise qui met un point d’honneur à renverser la table des idées reçues, utilisant le contexte historique comme une toile pour mieux y peindre en perspective des thématiques toujours contemporaines. Pression sociale, système patriarcal, rôles imposés ou légitimité réelle, tout ça passe au vitriol dans cette fresque intime qui ne sort jamais du domaine familial pour mieux y confronter un casting solide, avec Charles Dance en père de famille imposant, ou Maxine Peake en femme en plein tourment.

Écrit, monté et réalisé par Thomas Clay, qui en plus compose la musique, Fanny Lye Deliver’d manque d’incarnation dans l’image assez plate globalement malgré des cadres soignés et un tournage en 35mm, ce qui ne ressent étrangement pas au final tant la lumière un peu générique et un manque de texture donne des impressions de numérique pas des plus agréables.

Cela empêche Fanny Lye d’être un objet cinématographique totalement abouti, mais son écriture lui permet de ne jamais décrocher le spectateur tant le film a le chic pour varier les impressions qu’il donne sur ses personnages, changeant continuellement l’opinion qu’on peut avoir sur chacun, et nous plongeant dans une série de doutes et de remises en cause, jouant avec nos nerfs et notre morale avec pertinence, dans une démarche délicieusement trouble que ne renierait pas Paul Verhoeven.

Ce qui, vous en conviendrez, est déjà un sacré compliment.

Spree (2020) de Eugene Kotlyarenko

Les réseaux sociaux, c’est de la merde.

De plus en plus de réfractaires pensent ça de Facebook, Twitter et compagnie, et les dérives qu’ils amènent sur les comportements sociétaux peuvent faire aisément comprendre les réticences grandissantes à leur encontre, notamment sur les problématiques de célébrité virtuelle et de la course au like, souvent totalement déconnectées de la réalité mais qui peuvent y avoir un impact tangible.

Après plusieurs films traitant du sujet comme Nerve, Tragedy Girls ou encore le récent Le goût de la haine, Spree fonce tête baissée dans ce monde superficiel et pour cause, puisqu’on y suit un chauffeur VTC prêt à tout pour devenir populaire en ligne, qui va mettre un plan bien sombre à exécution en maltraitant ses clients en direct. Par maltraiter, comprenez qu’il n’est pas prévu qu’ils en sortent vivants, même si la méthode va évoluer au fil d’une folle journée pour cet ado perturbé joué par un Joe Kerry (Stranger Things) qui semble s’être éclaté sur le tournage.

Jouant à fond sur les formats vidéo web, au point d’être proche d’un found footage dans la mise en scène, Spree parvient cependant à en éviter les écueils par son projet même qui tourne autour de la logique d’avalanche d’images, où la quête du buzz et la vacuité des contenus mène à bouffer des saloperies à tour de bras, où la logique d’influenceur pousse à torcher de la vidéo pour de la vidéo, sans autre but pour elle d’exister dans une vacuité globale assez terrifiante. Si l’ensemble peut justement s’avérer limiter puisqu’il utilise les armes de son sujet, la comédie horrifique et l’envie de pousser le personnage dans ses derniers retranchements permet au tout de tenir, d’autant que certains protagonistes alimentent le propos avec un peu de variation, comme l’humoriste jouée par Sasheer Zamata.

La variété des rencontres et des situations permet au dispositif assez rigide de mise en scène (avec 6 caméras installées dans la voiture) de tenir tout du long, et les pics d’humour noir tout comme le grotesque des situations devant ce psychopathe en devenir font de Spree un exercice de style réussi, dont le tempérament de sale gosse n’empêche pas une certaine profondeur, puisqu’on en vient à se surprendre d’avoir envie d’en voir plus, en appelant directement à nos instincts voyeuristes.

Un pur produit de son époque donc, qui la reflète ouvertement avec mordant.

Hunted (2020) de Vincent Paronnaud

Pour les amateurs de 9ème art, Winshluss est un nom important puisque c’est un auteur récompensé notamment par le Fauve d’or d’Angoulême pour sa version de Pinocchio parmi bien des œuvres.
Mais comme la BD ne lui suffit pas, Vincent Paronnaud de son vrai nom s’est aussi fait une carrière au cinéma, partageant la réalisation avec Marjane Satrapi de Persépolis et de Poulet aux prunes.

Contrairement à sa collègue, il n’avait pas encore faire route seul pour un long-métrage et c’est désormais chose faite avec Hunted, un film bien différent des précédents puisqu’on évolue pleinement dans le genre ici, avec une jeune femme qui va être emmerdée un soir dans un bar par un homme un peu louche, qui va finir par fuir suite à l’intervention d’un autre pour lequel elle va craquer. Mais elle va vite regretter son choix, lorsqu’elle réalisera que le prédateur n’était pas celui qu’elle pensait, vrillant alors dans une nuit cauchemardesque sous fond de chasse à l’homme et de survie.

Si la mise en place d’Hunted fait plutôt son effet, grâce à une lumière léchée et des références multiples aux contes (l’héroïne porte un imper à capuche rouge pétant, l’homme face à elle a des airs de loup…), le film se rétame la tête la première à mesure qu’il avance et finit par meubler, sa logique prévisible d’inversion des rôles ne tenant pas la durée et amenant le tout dans un exercice de tirage olympique de cordes. A tel point que les 30 dernières minutes inventent encore et encore des péripéties répétitives et vulgaires, où le film perd sa tenue formelle pour devenir une série B risible, dont le symbolisme étiolé depuis longtemps sombre dans le ridicule tout comme une narration qui patine, se sentant obligé par exemple de remontrer une scène aperçue 10 minutes plus tôt, au cas où le flash-back montré entre temps pour faire comprendre le pourquoi du comment aurait totalement oblitéré notre mémoire.

Amenant mécaniquement des nouveaux personnages sortis de nulle part à intervalle régulier pour servis de chair fraîche à ce qui semble être un slasher couillon dont la toile de fond est plus un cache misère scénaristique qu’autre chose, Hunted étonne d’autant plus quand on voit le passif de son auteur, tant on a l’impression d’être face à une première réalisation ou à une production de genre tristement banale et aberrante, qui ne réalise pas à quel point ses personnages deviennent insupportables à mesure qu’ils deviennent les pantins d’un script en roue libre, qui fait fî de tout ce qui pouvait faire son charme en intro, pourvu qu’il remplit son heure et demie de durée.

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