Après La Communion, Jan Komasa revient déjà sur le devant de la scène avec un long métrage consacré à la haine sur Internet et donc naturellement disponible en ligne, sur Netflix.

 

LA CRITIQUE

Jan Komasa a le vent en poupe. Le réalisateur polonais a sorti au début de l’année 2020 l’impressionnant film La Communion (encore visible dans quelques salles depuis leur réouverture à l’heure où ces lignes sont tapées et disponible en VOD).  Il est déjà de retour avec un autre film, le Goût de la Haine, qui évoque celle répandue sur Internet en général et sur les réseaux sociaux en particulier. Une nouvelle fois, Komasa n’a jamais tapé aussi juste.

Le film raconte l’histoire de Tomasz, un jeune homme arriviste viré de sa fac pour plagiat et qui parvient à décrocher un job dans une agence de comm’. Là-bas, une patronne sans plus de scrupule que lui lui confie la mission de déverser de la haine sur les réseaux sociaux pour faire flancher une opération de marketing. Avec ses capacités, son intelligence et le pouvoir qu’il a entre les mains, il va découvrir qu’il va pouvoir se venger d’une famille qui s’est moqué de lui.

Mais Tomasz va aussi chercher à choper une jeune fille, Gabi et le parallèle fait en début d’histoire ne peut faire que penser à The Social Network. Le film de David Fincher se termine sur Mark Zuckerberg attendant que la fille qu’il aime l’ajoute sur les réseaux sociaux. Ici, le héros reproche à la demoiselle de ne pas l’avoir fait, après une soirée où elle et sa famille, bourgeoise façon gauche caviar, se sont moqués de lui.

Le film explore alors la haine répandue sur Internet avec beaucoup de justesse. Évoquant les sociétés asiatiques capables de créer de faux profil, il exploite aussi les réseaux terroristes utilisant les jeux vidéo pour communiquer. A l’heure de Trump, des fake news, des complotistes et autres partages de rumeurs sur les réseaux sociaux, le film est d’une justesse incroyable. Et oui, on peut tout à fait créer de faux comptes sur Facebook pour déverser de la haine et faire basculer une élection. Hejter (c’est le titre original en polonais) fait d’ailleurs un parallèle entre l’une des scènes de son histoire et celle de Paweł Adamowicz, maire de Gdańsk et poignardé lors d’un évènement caritatif. Son agresseur était très actif sur les réseaux sociaux et  l’agressé victime d’une campagne de haine sur les réseaux sociaux.

L’autre force du Gout de la Haine est de sortir du cadre. On pouvait s’attendre, vu le pitch officiel, à ce que l’œuvre de Jan Komasa plonge dans le “bullying” sur les réseaux sociaux mais le film préfère s’attarder sur le parcours de son “héros” et à sa descente aux enfers, comme le titre français le laisse penser. On passe alors de Zuckerberg au Joker de Todd Philips puisqu’on va découvrir (mais on le soupçonnait depuis le début) que le personnage brillamment incarné par Maciej Musiałowski est complètement cinglé.

Certains voient les haters comme une blague. D’autres partagent des fake news sur Facebook sans même vérifier quoi que ce soit, préférant le complotisme à la vérité. Le Gout de la Haine mixe tout ça et tape là où ça fait mal, montrant au passage que les fameux “réseaux sociaux” bien trop souvent pointés du doigt sont bien moins responsables que l’arrivisme, la méchanceté, et la bêtise humaine.

Le Gout de la Haine, de Jan Komasa – Disponible sur Netflix

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