Pour la sixième année consécutive, nous sommes à l’Etrange Festival. Et les bons vieux réflexes reviennent instantément, de revoir des têtes connues dans la traditionnelle file d’attente devant la salle 500 aux sandwichs achetés en face et mangés sur le pouce en passant par les nuits thématiques, son redbull et ses cookies.

L’Etrange, si ce n’est pas le festival le plus festif à comparé de ses collègues neuchatelois ou bruxellois, c’est sans aucune doute celui qui a la sélection la plus éclectique et la plus riche comme le prouve ces deux premières jours sur place…

Brand New-U (2015)
de Simon Pummell

Quand on commence l’Etrange Festival, on est excités comme des puces, surtout avec la promesse d’un film de SF anglais qui imposerait un nouvel auteur important pour le genre.
Car avec Brand New-U, Simon Pummell s’attaque à des histoires de clonage et à la possibilité de redémarrer sa vie, tout en posant la question fatidique « peut-on changer d’existence en restant la même personne ? ». Changer d’existence alors qu’on est dans un corps identique au précédent, avec une conscience encore bien empreinte de notre passé… À quoi cela sert-il au final, si ce n’est regarder nos clones en face? Si le film se mord violemment la queue sur son concept, il s’embourbe en plus dans un scénario cyclique dont la finalité est malheureusement comprise dès la première boucle. Les deux autres passent de plus en plus lentement, la mise en scène jolie au demeurant tirant lourdement sur la corde en se donnant des grands airs concernée pour avoir l’air profonde, alors qu’elle est juste plombante. Et si ce long tunnel répétitif parvient par moment à se diriger vers des sensations et des débuts de réflexions intrigantes par rapport au sujet, sa longueur annihile tout par l’ennui, au même titre que sa bande originale atrocement rédhibitoire qui semble ne contenir que 2 chansons. Alors pourquoi un tel enthousiasme en ouverture pour un film si mineur ?
La primeur de la deuxième projection au monde, sans doute.

 

Chernozem (2013)
de Judd Brucke

L’Etrange Festival ne porterait pas fièrement son nom s’il n’offrait pas des séances venues d’un autre monde. Avec Chernozem, c’est peu dire que le contrat est amplement honoré puisque voilà l’œuvre d’un collectif artistique qui conte l’histoire d’un homme à tête d’usine s’échappant d’un camp de prisonniers pour mieux fuir dans un monde post-apocalyptique totalement dingue et steampunk.
Et si vous pensiez que la coupe était déjà pleine, c’est un film muet avec une musique passant de la techno hardcore au punk-rock le plus sauvage, filmé en VHS pour un format 4/3 noir et blanc absolument dégueulasse, avec un contraste et une luminosité totalement pétées puisqu’à peu près tout est sous/surexposé à l’extrême !
Vous comprenez bien que dans de telles conditions, les 75 minutes du programme ont des allures d’hallucination collective et de méga-trip sous LSD, d’autant que le film de Judd Brucke se revendique de l’expressionnisme allemand ! Et si la décharge électrique qu’on vous envoie directement dans les rétines a de quoi lasser par moment tant certains passages sont à la limite de l’illisible ou de l’incompréhensible, Chernozem fait partie de ses œuvres tellement extrêmes et radicales qu’on en excuse facilement les excès tant la proposition a le mérite d’être iconoclaste et galvanisante.
Ce qui est sûr, c’est qu’on n’avait pas vu pareil OVNI cette année, mais le festival ne fait que commencer…

 

La Peau de Bax (2015)
d’Alex Van Warmerdam

Alors que son précédent film Borgman avait eu les primeurs d’une sélection à Cannes, lui offrant une exposition médiatique certaine, le nouveau Alex Van Warmerdam semble arriver pour le mois de novembre chez nous en toute discrétion. Et c’est bien dommage, car quitte à choisir, c’est bien La Peau de Bax qui prime sur son essai antérieur. Le Bax en question, c’est un auteur vivant dans une petite maison idyllique au milieu d’un marécage aux pays-bas. Ce qu’il ne sait pas, c’est qu’un tueur à gages a été dérangé le jour de son anniversaire pour le liquider, et cet exécuteur entend bien finir le contrat rapidement pour retourner préparer les festivités en famille !
Rien ne va se passer comme prévu bien entendu, l’occasion pour Van Warmerdam de s’éclater dans une comédie à l’humour sec et grinçant, où les névroses de chacun ressurgissent au beau milieu de situations toutes plus absurdes les unes que les autres dans un jeu du chat et de la souris qui va vivre bien des rebondissements. Très joliment filmé, avec des acteurs comme des poissons dans l’eau et une science de la blague qui fait mouche tout en faisant mal, La Peau de Bax est un joyeux bordel au rythme un tant soit peu en dents de scie par moment, ce qui n’enlève rien à sa fourberie réjouissante et à son tempérament transgressif. Si Borgman vous avait laissé de glas, vous pouvez vous jeter sur celui-là !

 

Ludo (2015)
de Q & Nikon

Deux couples d’adolescents indiens partent pour une folle nuit de débauche, avant de se faire refuser l’entrée de tous les hôtels de la ville. La solution ? Un centre commercial qui va fermer en les oubliant dedans. Sauf que l’endroit cache deux entités maléfiques…
C’est toujours intéressant de voir comment des cultures venues de l’autre bout du monde s’approprient le genre horrifique pour mieux distiller leurs obsessions et leur folklore dans l’exploitation la plus pure. En ça, la première partie de Ludo montre bien une jeunesse frustrée par un pays coincé de la ceinture et corrompu jusqu’à la moelle. Rien de très original dans le fond, d’autant que les jump-scares avec des têtes de gens bizarres sont d’un facilité déconcertante, mais on donnerait presque le bénéfice du doute à cette production manifestement fauchée et pleine d’envie. Sauf qu’à mi-parcours, c’est virage à 180° pour se retrouver dans un interminable flash-back expliquant à grand renfort de voix-off de pisseuse le pourquoi du comment de la super malédiction qui fait peur. Peu compréhensible, bardé d’effets ridicules et tapageurs et surtout sans réelle connexion avec la première partie (comment passer d’une légende indoue dans des temples antiques à un centre commercial moderne ? Nous ne le saurons jamais !), cette fin à rallonge annihile tout intérêt pour le film tant ses auteurs semblent prendre un malin plaisir à multiplier les montages soit disant psychédéliques mais plus agaçants et inutiles les uns que les autres. Et la toute fin confirme que les bougres semblent de prendre pour de grands réalisateurs subversifs, alors que tout ce qu’on vient de voir, c’est un film d’horreur crétin pour ados, cousu de fil blanc et terriblement cheap.
Et dire qu’on leur donnait notre sympathie au début, les salauds !

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