Alors que le Festival de la BD d’Angoulême vient de se terminer, Tatsumi sort dans les salles ce 1er février.

Si on peut s’attendre à une petite sortie discrète, ce n’est pas pour autant que le film est à manquer. Et encore moins si vous êtes amateurs de manga. En effet, le film évoque la vie du célèbre mangaka… justement couronné à Angoulême du prix Regard sur le Monde il y a quelques jours.

Avant de vous proposer la longue et passionnante interview du réalisateur Eric Khoo, voici la critique.

 

 

Tatsumi – Sortie le 1e février 2012
Réalisé par Eric Khoo
Avec Tetsuya Bessho, Yoshihiro Tatsumi, Motoko Gollent
Tatsumi célèbre l’œuvre et la vie du mangaka japonais Yoshihiro Tatsumi. Dans le Japon occupé de l’immédiat après-guerre, la passion du jeune Tatsumi pour la bande dessinée deviendra finalement le moyen d’aider sa famille dans le besoin. Publié dès l’adolescence, sa rencontre avec son idole Osamu Tezuka, le célèbre mangaka comparé à Disney, lui offrira une source d’inspiration supplémentaire. Malgré un succès constant, Tatsumi va remettre en question le manga qui n’offre aux enfants que des scénarios et des dessins au contenu mièvre et sot. En 1957, il va inventer le terme gekiga (littéralement “images dramatiques”), développant ainsi une nouvelle forme de manga destinée à un public adulte. Fortement influencé par les thématiques du cinéma néo-réaliste, Tatsumi nous offre une vision du Japon de l’après-guerre.

 

Il est fort probable qu’une majorité d’entre vous ne connaissent pas Yoshihiro Tatsumi, du moins, si vous n’êtes pas un lecteur de manga assidu. Pourtant, si l’homme n’est pas très célèbre dans les contrées occidentales, il a véritablement changé la face du manga. En effet, c’est très jeune que Tatsumi commence a dessiné. Dès 14 ans, il a eu la chance de rencontrer Ozamu Tezuka avec qui il est resté régulièrement en contact et a publié sa première nouvelles à 19 ans. Il a été publié en France dans le premier magazine consacré aux mangas : Le Cri qui tue et a reçu différents prix dont le très prestigieux Will Eisner Awards dont sa biographie Une vie dans les marges. Mais surtout, Yoshihiro Tatsumi a créé un genre : le Gekiga. Signifiant “dessins dramatiques”, le Gekiga a été créé spécialement pour les adultes. Attention, on ne parle pas du Hentai mais de choses pour les grands. La violence, la force, le sexe, des thèmes graves sont abordés. Tatsumi est au Gekiga ce que Pixar est à l’animation CGI. Adapté la vie de cet homme, dont l’autobiographie fait 800 pages, en une heure trente, n’allait donc pas être une mince affaire pour le réalisateur de My Magic, Eric Khoo.

Tatsumi raconte donc la vie de l’auteur, mais pas seulement. En effet, le réalisateur a également décidé d’animer 5 de ses nombreuses histoires : L’EnferMonkey mon amourJuste un hommeOccupé et Good bye. Ces cinq histoires reflètent à elles seules parfaitement la définition du Gekiga, puisque quand l’une traite d’un homme obsédé par des dessins érotiques, l’autre parle d’Hiroshima, ou encore de guerre, et certains passages (notamment de L’Enfer et Good bye) sont assez dur. Mais heureusement pour notre moral, Khoo ne se sert de ces histoires que pour parsemer la vie de celui qu’il appelle “Sensei”, beaucoup plus joyeuse même si beaucoup influencée par la guerre. Il n’ira pas pourtant, jusqu’à aujourd’hui, quoique le plan finale dégueule d’amour pour le dessinateur. En effet, celui-ci a décidé de s’attarder sur sa jeunesse, sa rencontre avec Tezuka (qui occupe un bon chapitre du film) et le chemin qu’il a parcouru jusqu’à la création de son atelier Gekiga.

Au premier abord et d’un point de vue purement technique, Tatsumi (le film cette fois-ci) peut déstabiliser… En effet, Eric Khoo a décidé tout au long de son film de rendre un maximum hommage à son maître. Ce n’est pas un film d’animation qu’il nous offre mais bel et bien l’animation de cases. L’ensemble du film est très saccadé, jamais fluide mais pour autant pas dérangeant. En effet, nous ne sommes pas là devant une animation flash de Parker & Badger ou Kid Paddle comme on pouvait le voir durant les années Canal J. Le choix du metteur en scène, purement esthétique, ne dérangera pour autant jamais, car dans l’optique où se situe le film, cette position n’est pas discutable. Alors que Zack Snyder ne faisait que bêtement filmer les cases de Watchmen sans âme et talent personnalité, ici c’est un véritable souffle de vie qu’inculque Khoo aux pages du manga qui l’a bercé. Il est surtout aidé par une sublime colorisation. En effet, alors que les passages contés sont monochromiques, gris ou sépia, les parties biographiques donnent le sourire au lèvre, en même temps que les yeux écarquillés par la beauté des couleurs et du détail (l’équipe du film est allé jusqu’à demander la couleur des boîtes aux lettres de son village). Certains passages sont d’une poésie rare, notamment la fin, où Tatsumi prend véritablement son envol.

Au niveau de la construction, on est en face d’un biopic au premier sens du terme. Tout les éléments sont là : une voix off (là même que Tatsumi), une construction linéaire, marquée par des évènements importants. Pourtant si on ne connait pas l’oeuvre du Gekigaka, vous allez devoir peut être mettre un temps d’adaptation. En effet, les histoires parallèles, les adaptations des oeuvres de Tatsumi ne sont pas annoncés, si bien qu’on a parfois l’impression de voir des Flashforwards (la ressemblance des personnages n’aident pas) et donc on perd un peu le fil de l’histoire. Une fois que vous avez saisi ce constat en revanche, on se laisse porter par la beauté des images, tout comme par la beauté du récit ou l’effroi de certaines histoires. Ce mélange sucré-salé aurait peut être dû s’attarder un peu plus sur la suite de vie de Tatsumi, mais le monsieur étant toujours vivant, ça aurait pu être délicat et trop ancré dans le temps.

Quoiqu’il en soit, Tatsumi est non seulement un hommage au dessinateur mais aussi et surtout une histoire d’amour au manga, preuve qu’il ne se résume pas à One Piece ou Samurai Deeper Kyo. Le film va même plus loin en proposant une réflexion sur la vie en elle-même, et malgré un léger problème de rythme, ce film est un petit bijou.

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