Après Doug Liman et Paul Greengrass, c’est au tour de Tony Gilroy -déjà auteur des premiers volets et réalisateur de Michael Clayton avec George Clooney- de se coller à l’univers de Jason Bourne.

Avec la réalisateur à sa charge en plus du scénario, le bonhomme a la lourde tâche de nous raconter une nouvelle histoire, avec un nouveau héros (Damon n’ayant pas voulu rempiler) et sans doute l’espoir pour le studio de lancer une nouvelle franchise.

Et le spectateur, lui, doit se taper un titre étrange puisqu’Universal a choisi de nommer différemment ce 4e volet plutôt que de l’appeler La Peur dans la Peau comme le 4e roman. Reste maintenant à savoir si Jeremy Renner peut marcher dans les pas de Matt Damon.

 

 

Lors de la sortie de la Mémoire dans la Peau en 2002, personne ne pouvait réaliser sur le coup le pavé dans la marre que venait de lâcher Doug Liman dans le cinéma d’action contemporain, poussé à son paroxysme avec deux suites dopées à l’adrénaline par un Paul Greengrass à la caméra aussi chaotique que percutante. Instaurant pour la décennie une nouvelle manière de filmer maintes fois copiée, jamais égalée, tout en ringardisant James Bond et consorts au point d’en devenir la nouvelle source d’inspiration, la trilogie Bourne fît son bonhomme de chemin et s’assura une jolie place au soleil, devant une succession d’imitations toutes plus illisibles les unes que les autres. Maintenant que le filon est éculé et que Matt Damon a suffisamment couru pour gagner un repos bien mérité, la franchise était close mais c’était sans compter sur Hollywood qui sort aujourd’hui sa carte magique du spin-off pour continuer l’histoire avec le scénariste en chef de la trilogie pour relever le défi. Jason Bourne sans Jason Bourne, la réussite dans la peau ?

Comment continuer une saga centrée sur un seul type quand celui-ci ne fait plus partie de l’équipage ? Sacré défi, que Tony Gilroy relève de manière plutôt intéressante sur le papier. Suite aux révélations folles lâchées à la presse par Bourne dans le 3ème volet, la sécurité et l’image de la CIA prend un sacré coup en pleine poire, et mets ses dirigeants mystérieux sans dessus dessous. Ni une ni deux, les voilà en train de faire le ménage fissa dans leurs petites affaires sombres pour éviter que le déballage public soit des plus sales. Et avec la révélation des programmes Treadstone et Blackbriar sur la place publique, c’est toutes les connexions annexes qu’il faut effacer fissa, sous peine de donner de la matière au scandale. Les deux programmes précités n’étant pas les seuls, voilà que la CIA démarre le nettoyage express de Outcome, une autre expérience visant à faire des agents de terrain surpuissants. Sauf que là encore, l’un des agents va passer entre les mailles du filet avec la ferme attention de ne pas se laisser faire.

Sur le fond, il faut bien avouer que l’idée d’héritage maudit tiens la route, et malgré ce tic hollywoodien de sortir dans ses scénarios une nouvelle version encore plus forte et top secrète d’un élément déjà super fort et top secret dans les précédents, on ne demandait qu’à y croire. D’autant que pour susciter la curiosité du public suite à une fin de trilogie laissant intelligemment pas mal de questions en suspens, Gilroy réemploi le schéma narratif de la Vengeance dans la Peau, la plupart du film se déroulant pendant le précédent et creusant profondément les détails de l’intrigue. Ici, l’histoire de notre nouvel agent Aaron Cross a donc lieu en parallèle aux pérégrinations de Bourne et l’histoire recoupe avec les chapitres de la gare de Waterloo ou de son arrivée à New York. N’espérez pas pour autant voir le personnage de Matt Damon dans ce nouveau film, car le héros est bien ce nouvel agent incarné par Jeremy Renner, qui va partir en croisade pour sa survie. N’espérez pas non plus en apprendre plus sur l’histoire de Bourne et de Treadstone car le moins que l’on puisse dire, c’est que le tout est une belle carotte placée là pour mener le public en bourrique.

La filiation avec la trilogie est placée là pour donner une légitimité à un film qui, en l’état, n’a rien à raconter. La méthode Gilroy consiste alors à blinder le fond de l’intrigue d’éléments issus des précédents (on entend le nom de Jason Bourne toutes les trois minutes environ) et de thématiques en accord avec les angoisses de l’américaine actuelle, entre patriot act tyrannique et paranoïa ambiante sur l’insécurité de chacun. De la poudre aux yeux qui fait illusion durant quelques scènes amenant ces choses là de manière intéressante, pour les oublier deux minutes après et passer à autre chose sans jamais exploiter l’une des nombreuses cartes jetées sur la table. Autant vous dire que dans ce contexte un rien fumeux, il n’est pas question d’apprendre quoi que ce soit de concret et d’intéressant en plus sur les éléments passés, le film ayant fait de toute façon ce qu’il fallait pour vous y faire croire deux minutes et vous faire payer votre place.
Car concrètement, une fois le rideau tombé, il ne reste plus grand chose.

Suçant autant que possible la moelle de la saga pour tenter de donner du caractère à ce redémarrage d’une vacuité totale, Gilroy nous présente donc un agent dont la traque avec une scientifique à ses côtés jouée par Rachel Weisz rappelle constamment celle de Jason & Maria dans la Mémoire dans la peau. Moins inspiré encore, le parcours qu’ils suivent ne fait que repomper ça et là des scènes vues dans la trilogie comme une poursuite finale durant laquelle Renner saute de toit en toit à la rescousse de la belle dans un quartier un rien pourri (tiens donc, ça vous rappelle quelque chose) pour finir par fuir en moto avec un agent super vénère à leurs trousse (tiens donc, ça vous rappelle encore quelque chose). Chaque fois qu’une action a lieu, elle n’est que pâle copie d’une scène déjà vue auparavant, d’autant que sous la casquette de réalisateur, Tony Gilroy est à des années lumières de son génial prédécesseur. On se doute que le tout a sûrement été torché par des secondes équipes faites pour ça, mais le découpage tente comme beaucoup de singer la caméra de Greengrass sans comprendre comment celui-ci parvenait à maintenir un niveau de lisibilité certain avec subtilité malgré le chaos ambiant. Le tout manque en plus cruellement de pèche, et il arrive même à la mise en scène de devenir carrément grotesque, notamment dans la poursuite finale durant laquelle Rachel Weisz manque de tomber en moto à cause d’un carambolage impliquant un bus. Si vous arrivez à comprendre clairement ce que fait exactement la belle et dans quelle position elle se trouve exactement, vous êtes des champions.

La pire trahison qu’on pouvait faire à Jason Bourne n’est cependant pas de ce côté là, mais de celui du personnage principal à proprement parler. On ne vous cache pas qu’ici, on aime beaucoup Jeremy Renner et qu’on trouve un charisme certain au bonhomme, une espèce de froideur animale capable de sympathie, une bonne gueule toute trouvée pour jouer un action hero n’oubliant pas l’humain dans la pure tradition Bourne. Si la trilogie était aussi addictive, c’était grâce à l’amnésie du héros qui ne savait rien et découvrait ses capacités et tous les éléments en même temps que le spectateur au début, pour ensuite en prendre plein la gueule. Avec un Matt Damon au côté « monsieur tout le monde », le risque était de taille mais la sauce prenait et c’était véritablement grâce au rapport d’identification immédiat à ce personnage qu’on accrochait aussi vite à son histoire et à sa quête d’identité. Ici, on n’est très loin de ce rapport là, tant Aaron Cross est un corps vide, qu’on nous présente d’emblée comme un agent aux compétences ultra poussées, et dont la volonté de survie a pour vecteur un objet con comme pas deux qui annihile rapidement l’intérêt de la chose. En clair : les enjeux sont aussi simples qu’ennuyeux malgré tout le vernis espionnage/complot de Gilroy. Et malgré le sourire sympa de Renner et la présence non négligeable de Rachel Weisz et de Edward Norton au casting, non seulement le personnage n’a rien de passionnant pour lui (il court/il tape/il court/il tape…) mais surtout l’os à ronger est bien trop maigre et redondant pour qu’on lui donne sa chance. Et c’est peu dire qu’en comparaison avec la trilogie matricielle du cinéma d’action des années 2000… Non, mieux vaut éviter la comparaison…

Se reposant sur la réputation et le caractère de la saga sans rien apporter de nouveau si ce n’est un héros creux comme pas permis, Tony Gilroy malmène le spectateur durant 2h15 au travers d’une intrigue dont il ne sait pas tenir les reines. Jamais excitant, porté par un scénario lui-même paumé et aux nombreux détails couillons, et proposant un spectacle aussi brouillon que déjà-vu, ce nouveau Jason Bourne n’a rien retenu de son modèle si ce n’est le nom. Dans les précédents, Extreme Ways de Moby vous donnait le droit de reprendre votre souffle, mais ce coup-çi, c’est pour mieux mettre fin à l’ennui.

 

Jason Bourne : L’Héritage – Sortie le 19 septembre 2012
Réalisé par Tony Gilroy
Avec Jeremy Renner, Rachel Weisz, Edward Norton
On croyait tout connaître de l’histoire de Jason Bourne et de son passé d’agent tueur malgré lui. Mais l’essentiel restait à découvrir. Le programme Treadstone dont Jason était le cobaye n’était que la partie émergée d’une conspiration plus ténébreuse, ourdie par d’autres branches du gouvernement et mettant en jeu d’autres agences de renseignement, d’autres programmes militaires, d’autres laboratoires secrets…
De Treadstone est né “Outcome”, dont Aaron Cross est un des six agents. Sa finalité n’est plus de fabriquer des tueurs, mais des hommes capables d’assurer isolément des missions à haut risque. En dévoilant une partie de cette organisation, Jason laissait derrière lui un “héritage” explosif : compromis, les agents “Outcome” sont désormais promis à une liquidation brutale. Effacés à jamais pour que le “père” du programme, le Colonel Byer puisse poursuivre ses sinistres activités.
Une gigantesque chasse à l’homme commence, et Cross, devenue sa première cible, n’a d’autre recours que de retrouver et gagner la confiance de la biochimiste d’”Outcome”, Marta Shearing, elle-même menacée de mort…

3 commentaires

  • Broack Dincht mercredi 5 septembre 2012 22 h 23 min

    tout ce que tu dis là est exactement ce que je craignais qu’il arrive.
    Le fait qu’une partie de l’intrigue se déroule parallèlement à celle de Bourne et qu’on retrouve aussi une partie du casting est intéressant, mais est-ce ça justifiera l’achat d’une place…

  • Syncopy lundi 10 septembre 2012 17 h 12 min

    Franchement je trouve la critique assez sévère, le film est un spin-off et c’est d’ailleurs intéressant de suivre un homonyme à Jason Bourne qui lutte pour sa survie. Le problème c’est qu’il faut garder un peu l’ADN de la saga donc on a le droit à une course poursuite et autre cascade sur les toits de maisons similaire au précédent film mais le tout reste satisfaisant et Jeremy Renner arrive lui à allier un cote “badass” et cool tandis que Matt Damon était froid et distant.

    Bon film pour ma part.

  • Trackback: CloneWeb » Demain c’est … mercredi 16 janvier

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