25 ans tout juste après la sortie de Piège de Cristal, John McClane revient dans une nouvelle aventure intitulée Die Hard Belle Journée pour Mourir.

Après avoir proposé le film notamment à Fred Cavayé suite à la sortie américaine de A Bout Portant (et sans doute d’autres réalisateurs), la Fox a choisi John Moore pour mettre en scène cette nouvelle histoire, le réalisateur de Max Payne.
Et cette fois, après un jeune gamin en guise de sidekick et la présence de sa fille dans le film précédent, McClane se voit affublé de son propre fils dans une histoire se déroulant en Russie.

Die Hard, 5e volet, la suite de trop ?

 

On ne va pas y aller par quatre chemins : Piège de Cristal, sorti en 1988, a inventé le film d’action des années 90. Bruce Willis lui doit sa carrière post-Clair de Lune et nous une tripotée de blockbusters reprenant le modèle jusqu’à la série 24 Heures Chrono qui fit de Jack Baueur le John McClane de la télévision. Le film réalisé par John McTiernan, mis en lumière par Jan de Bont et en musique par Michael Kamen n’a non seulement pas pris une ride mais reste un des meilleurs films du genre de ces vingt dernières années (et un des meilleurs films “de Noël).
Le héros de Piège de Cristal, et de la franchise Die Hard, a des codes bien à lui au delà du fameux “Yippee-ki-yay, pauvre con”. Ses aventures se déroulent normalement en huis clos, dans des terrains de jeux de plus en plus vaste (un immeuble, un aéroport et une partie de New York) et il est toujours plus ou moins secondé par une galerie de bons personnages, comme le Sergent Powell ou Samuel L “Zeus” Jackson.
McClane, c’est un flic comme un autre, pas un super héros. Il est juste au mauvais endroit au mauvais moment et prend sur lui pour sauver la situation -et sa famille toujours impliquée d’une manière ou d’une autre. Il a pour habitude de faire avec les moyens du bord, se parle à lui-même, communique toujours par téléphone avec ses ennemis et n’hésite pas à faire des trucs improbables mettant sa propre vie en danger.

Tous ces codes ont été utilisés dans trois films puis est arrivé Len Wiseman et son quatrième volet. Le bougre, auréolé par le succès de ses films de vampires, a fait avec ses moyens et son talent pour tenter de reprendre tout ça, pompant allégrement dans le troisième et tentant de faire toujours plus grand et encore plus explosif, oubliant au passage que ce n’est pas l’échelle et les moyens pyrotechniques qui ont fait de Die Hard son succès : outre l’action bien foutue, ce sont évidemment les personnages bien écrits qui sont la clef de voute de la saga (les personnages de Timothy Oliphant et de Maggie Q étant là pour justement montrer que Wiseman n’a rien compris). Il restait alors quelques scènes d’action potables, le charme de Mary Elizabeth Winstead et quelques codes repris. Le film se suit au final sans déplaisir mais reste le plus faible réalisé jusque là.

Jusque là. Car la Fox, voulant manifester prolonger une franchise trop juteuse à l’infini, a décidé de mettre en route un 5e volet. Et après le refus de Fred Cavayé de s’y coller (peut-être est-ce la lecture du script de Skip Woods qui l’a découragé), c’est John Moore qui s’est mis à la tâche. Le réalisateur avait déjà commis Max Payne, offrant à Mark Walhberg l’un de ses pires rôles.
Aujourd’hui Moore va plus loin et achève le cadavre de John McClane à grands coups de talon dans la gueule, faisant de ce cinquième volet le pire de la saga mais aussi un des plus mauvais films d’action jamais réalisé ses dernières années.

Moore et Woods n’ont rien compris à la franchise et n’ont sans doute jamais visionné les films de John McTiernan. Sans son titre et la présence de Bruce Willis, le film aurait été un blockbuster d’action lambda tant aucun des codes cités plus haut n’est repris. Un blockbuster qui ne serait d’ailleurs sans doute pas sorti en salles.
Exit le “mauvais endroit au mauvais moment”, John McClane part de son plein gré en Russie à la recherche de son fils et se retrouve mêlé à une histoire impliquant une bande de méchants. Exit la menace terroriste d’envergure, il y a trois scènes d’action continues au milieu de Moscovites qui n’en ont rien à foutre, une sombre histoire de témoin que la CIA veut extrader en échange de preuves. Ce n’est donc pas là que McClane aura un échange téléphonique amusant avec un méchant, pas même un vrai face à face d’ailleurs.
L’histoire, linéaire et prévisible à souhait, n’est qu’une succession de scènes se voulant spectaculaires avec dans l’ordre une poursuite sur le périph de la capitale russe, une fuite et une fusillade et un acte final dans une usine abandonnée. C’est absolument tout. Alors, oui, John Moore fait tout péter. Des dizaines de voitures sont détruites, plein de gens meurent gratos et des hélicoptères font de gros dégats. Mais tout faire exploser tout le temps ne fait pas un film d’action réussi.

Le pire, c’est qu’au delà du fait que Moore se torche avec une célèbre franchise pour en faire n’importe quoi, le film en lui-même est mauvais. Il aurait porté un autre titre et le héros ne se serait pas appelé McClane qu’il aurait été tout autant raté. On pensait, on espérait que depuis l’échec Max Payne, le metteur en scène ait bouquiné “la réalisation pour les nuls” mais non, il ne sait toujours pas filmer une scène d’action, ni la faire monter correctement. On parvient donc à s’ennuyer mais à être également complétement paumé.
La première scène “impressionnante”, la fameuse poursuite où beaucoup de tôle est froissée, semble n’avoir aucune logique ni aucun repère géographique. Pourquoi roule-t-ils dans un sens d’abord puis dans un autre ? Pourquoi le héros se retrouve soudainement au dessus d’un pont alors qu’on ne l’a pas vu y monter ? Tout le film est comme ça et c’est assez hallucinant : on s’emmerde devant de l’action.
Le bonhomme est tellement doué qu’il en oublie même de demander à ses équipes de quitter le plateau. Vous ne manquerez donc pas de capter à plusieurs reprises un technicien dans le reflet d’une vitre.

On passera rapidement sur le scénario écrit à l’arrache par Skip Woods. L’homme avait déjà commis le premier Wolverine et semble habitué à des scénarios qui se font ensuite charcuter au montage. Son histoire est d’une banalité affligeante, vue mille fois ailleurs, mais lui aussi permet de paumer le spectateur, ne cherchant pas à expliquer qui est qui et qui fait quoi. Après tout, le spectateur est un être idiot qui vient voir des explosions. Pourquoi se casser la tête à avoir un scénario si ce n’est juste pour changer de décors au profit des cascades ?
Qui plus est, le film a donc été manifestement plusieurs fois remonté puisque plusieurs scènes présentes dans la bande annonce ne sont pas entièrement présentes. On pense notamment à la fameuse de la motarde sexy se déshabillant dont la séquence n’est finalement que partielle, mais n’avait aucun autre intérêt que de montrer un soutien gorge dans les premières dix minutes de l’histoire.

Enfin, tout cela aurait pu être sauvé par Bruce Willis. Mais le comédien n’est pas plus impliqué que ces petits camarades. Entre les cascadeurs qui prennent sa place et les moches doublures numériques, il ne fait qu’appliquer ce que McClane répète pendant tout le film : il est là en vacances. L’acteur n’a pas du passer plus de deux ou trois jours sur le tournage tant son rôle est réduit au minimum syndical pour justifier l’appellation Die Hard.

Au final, non seulement John Moore livre un blockbuster sans aucun intérêt ne méritant même pas de finir dans un vrai cinéma et à peine au rayon des DVD, mais en plus il tue la franchise Die Hard insultant le travail de John McTiernan, Renny Harlin et même Len Wiseman dont le Retour en Enfer est soudainement revu à la hausse. Et il se permet de ruiner l’adolescence de ceux ayant grandi avec Piège de Cristal et ses suites et de cracher sur les fans d’une franchise qui ne méritait pas une telle injure.

 

Die Hard, Belle Journée pour Mourir – Sortie le 20 février 2013
Réalisé par John Moore
Avec Bruce Willis, Jai Courtney, Sebastian Koch
Bruce Willis est de retour dans son rôle le plus mythique : John McClane, le « vrai héros » par excellence, qui a le talent et la trempe de celui qui résiste jusqu’au bout.
Cette fois-ci, le flic qui ne fait pas dans la demi-mesure, est vraiment au mauvais endroit au mauvais moment après s’être rendu à Moscou pour aider son fils Jack, qu’il avait perdu de vue. Ce qu’il ignore, c’est que Jack est en réalité un agent hautement qualifié de la CIA en mission pour empêcher un vol d’armes nucléaires. Avec la mafia russe à leur poursuite et la menace d’une guerre imminente, les deux McClane vont découvrir que leurs méthodes radicalement différentes vont aussi faire d’eux des héros que rien ne peut arrêter.

12 commentaires

  • Anthony vendredi 15 février 2013 4 h 01 min

    J’ai vu le film aussi et je peux dire que cette critique est ABSOLUMENT PARFAITE :)

  • Lopocomar vendredi 15 février 2013 9 h 25 min

    Wow, wow, wow ! Ca donne envie tout ça. Je ne sais pas ce qui est le pire entre la décision du studio de prendre le dernier des tâcherons ou celle de Willis qui accepte et cachetonne dans un film qui flingue la série qui lui a donné sa carrière.

  • Eolf vendredi 15 février 2013 13 h 20 min

    Bonjour,

    Primo j’ai bien aimé la critique, simple à lire et qui apporte quelque chose^^

    Deuxio, en voyant la bande annonce je me suis demandé si ce film n’allait pas être “too much” (pas difficile vu le nombre d’explosions dans celle-ci).
    Malheureusement la lecture de votre critique confirme que ce Die Hard 5 ne sera pas ce qu’on attend de lui.

    C’est assez déprimant le nombre de productions qui se résument à une suite d’actions à coup de grandes explosions et effets spéciaux bling bling, sans le moindre scénario derrière :(

    Fort dommage.

  • rafa07 vendredi 15 février 2013 13 h 58 min

    Déjà à la sortie du quatrième, j’ai préféré me faire à l’idée que la série n’avait connu que 3 films et je penses que c’est ce qu’il y a de mieux à faire.

  • Paul vendredi 15 février 2013 16 h 55 min

    C’est dommage, je commençais à vouloir y aller, à forec de voir les bandes-annonces au ciné
    Ca démontre encore qu’Hollywood ne sait pas s’arrêter en termes de franchises, mais sait bien s’arrêter quand il faut engager des scénaristes ou des réalisateurs compétents

  • RR vendredi 15 février 2013 20 h 53 min

    Mouaif… J’y croyais encore un peu mais ça ne m’étonne pas plus que ça… WILLIS est devenu un yes man qui fait des films pour le flouze sans se soucier de son public… Quand on voit TOP COPS, on ne peut que se dire qu’il en a rien à foutre du scenar… DIE HARD n’est pas qu’une franchise, c’est une institution… Mac Tiernan et Harlin sont des artisans du genre, chacun dans leur genre d’ailleurs, mais ni WISEMAN ni MOORE savent filmer de l’action, en veut pour preuve les max payne et autre total recall… C’est une honte de niquer des franchises pareilles. Allez, moi j’y crois avec FF6…

  • Wade Wilson samedi 16 février 2013 16 h 40 min

    Je m’étais déjà fais avoir avec le 4, là je vais passer mon tour et tenter de le regarder quand il sortira en DVD… C’est incroyable de voir à quel point Hollywood tire à mort sur la corde, dénaturant totalement une saga qui restera mythique avec ses 3 volets! Excellente critique en tout cas qui donne très envie de ne pas y aller, merci!

  • ExDrummer dimanche 17 février 2013 10 h 58 min

    “…et n’hésite pas à faire des trucs improbables mettant sa propre vie en danger.”

    Justement non, l’argument “mauvais endroit au mauvais moment” contredit cela. Au contraire, McClane est *obligé* de faire des trucs improbables pour sauver sa peau. Cela change tout:

    “Piège de Cristal, sorti en 1988, a inventé le film d’action des années 90.”

  • Marc dimanche 17 février 2013 16 h 32 min

    Ah ben oui. Plein de films sortis après (et donc dans les années 90) se sont inspirés de Die Hard.

  • Trackback: CloneWeb » Critique : Swordsmen (Wu Xia)
  • BBBuzz mardi 19 février 2013 0 h 37 min

    Aie… ça fait mal.
    J’hésite vraiment… d’un coté, en lisant cet article, je n’ai vraiment pas envie de le voir. De l’autre, j’suis pas de Bruce Willis et de Die Hard, même nul, j’ai envie de le voir…

  • Paul mardi 19 février 2013 0 h 58 min

    Le problème c’est que ça a aucune raison de s’appeler Die Hard et que Bruce Willis est perdu, et ça se voit

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