Quand Julien Chheng, Oussama Bouacheria et Ulysse Malassagne fondent le désormais célèbre studio La Cachette, ils se donnent un but : que chacun puisse développer le projet le plus perso qu’ils aient en tête, tout en faisant vivre la société. Ainsi, entre les trois saisons de Primal, un épisode de Star Wars Visions ou un générique pour l’excellente série Jenntry Chau sont nés Le Collège Noir, adaptation de la BD d’Ulysse Malassagne (et dont la saison 2 arrive prochainement via ADN) et désormais Muyi, le long métrage de Julien Chheng et premier film de cinéma du studio.
Muyi est une jeune fille vivant dans un village chinois exclusivement composé de femmes. Un jour, sa route va la conduire au pied d’une tour très ancienne où elle va croiser une compagnie de théâtre venue apaiser un esprit. A cette occasion, l’histoire d’un prince du passé sera révélée ainsi que des secrets entourant aussi bien les personnages que l’histoire de la région.

« Muyi » est visuellement superbe. Julien Chheng reprend en partie le style du studio La Cachette – avec ses traits de layout à l’épaisseur variante et une belle animation 2D traditionnelle – pour mieux s’en éloigner et tenter des choses. Le film bénéfice d’une très belle lumière, de quelques effets de couleurs et de décors à couper le souffle. La seconde partie du long métrage tente même des choses plus fantastiques, plus proche de l’estampe asiatique. On pense notamment à la saison 2 de Legend of Korra et à son double épisode consacré au personnage de Wan en terme d’influence graphique. Beau donc, et dynamique aussi, avec des plans parfois inattendus pour de l’animation classique, des mouvements de caméras audacieux qui viennent donner du souffle au récit.
Construite en plusieurs actes bien distincts, l’histoire parait d’abord un peu opaque. Quels sont les enjeux ? Que veut réellement Muyi ? Il faut laisser le temps à Julien Chheng à sa co-scénariste Sujuan Xu de dérouler leur histoire pour mieux comprendre où ils veulent aller, d’autant que des indices sont glissés dès le début du récit. C’est comme une bonne pâtisserie : il faut gouter à tous les étages d’un coup pour profiter du résultat plutôt que d’y aller couche par couche. Muyi fait alors partie de ses films qu’on a envie de se refaire dans la tête une fois qu’on a toutes les pièces du puzzle.

Les personnages, féminins surtout mais ça tombe bien ça sert l’histoire, sont particulièrement attachants. Et l’histoire est suffisamment rythmée pour qu’on se prenne au jeu. Et une fois qu’on a compris vers quoi se dirigeait le récit – qui parvient à garder des surprises jusqu’à son épilogue – l’histoire devient palpitante. Avec tout le talent qu’on connait au studio pour animer de l’action.
Mêlant à la fois « tradition et modernité », Muyi est un premier long tout à fait honorable pour le studio La Cachette. Financé avec le budget ridicule de 3 millions (soit environ un tiers d’une production française animée), il montre à l’heure de l’IA et des films dégueulasses fait sur la base d’un prompt qu’on peut faire de l’artisanat soigné, qui demande un effort au spectateur. Quelque chose de rare dans le paysage actuel.
Muyi, la légende du village des femmes, réalisé par Julien Chheng – Sortie en salles le 20 janvier 2027
