Et revoilà le petit papier annuel sur l’un des plus anciens festivals culturels de France, j’ai nommé : le festival international de la bande dessinée d’Angoulême ! Alors quoi de beau pour cette édition 2018 ?

Eh bien, si vous êtes de fidèles lecteurs de CloneWeb –ce dont je ne doute pas – vous savez que depuis quelques années, je vous raconte comment le festival, petit à petit regagne ses lettres de noblesses après une période creuse. Cette tendance se confirme à nouveau en 2018 en nous offrant de superbes expositions et des animations de qualité.

D’ailleurs le public ne s’y est pas trompé, et profitant du beau temps (et surtout sec) il a afflué dans les rues de la cité charentaise (je n’ai pas vu les chiffres officiels mais de visu, la foule était bien présente).

Les grands éditeurs ont trouvé leur équilibre : finie la démesure des années 90/2000, cette année, les stands étaient plus petits, mieux agencés et tous regroupés sous le même chapiteau. Cela facilite ainsi la recherche des dédicaces pour le public et montre une certaine humilité dans un contexte de précarité des auteurs.
Seul Dupuis continue à faire parler de lui, mettant à nouveau en avant ses ambitions « trans-médias » en organisant une avant-première du film de Spirou et Fantasio (pas trop d’écho, bizarrement), en révélant l’affiche du film de Gaston et en faisant la promotion du parc d’attraction Spirou dont l’ouverture est prévue pour juin 2018 (en Provence). Ceci dit, cette promotion était sans commune mesure avec la démonstration de l’an dernier (sans doute que les échecs de Seuls, de Valérian et du Petit Spirou sur grand écran ont un peu calmé tout le monde).

À côté du chapiteau (la « bulle ») des grands éditeurs, on trouve désormais un chapiteau consacré aux mangas, terme un peu ronflant car il est d’une part seulement rempli à moitié, et d’autre part, il accueillait cette année une délégation taïwanaise. Toutefois, c’est dans cette bulle qu’avaient lieu les dédicaces de Kim Jung Gi, Hiro Mashima et Naoki Urasawa, cela suffit largement à justifier son existence ! Gageons que les choses s’amélioreront l’an prochain.

Du côté de la bulle des éditeurs indépendants, pas de bouleversements, l’équilibre ayant déjà été atteint il y a plusieurs années. Le lieu reste un endroit de découvertes, de convivialité et d’humour distingué (c’est là qu’on trouvait Le professeur Bernstein et l’immense Fabcaro, par exemple). Une absence à remarquer néanmoins, celle des Requins Marteaux, officiellement pour des raisons budgétaires mais sans doute aussi pour le symbole, afin de mettre un coup de projecteur sur la précarité du métier évoquée plus tôt. Car s’ils étaient absents de la bulle, les Requins étant tout de même présent dans la ville pour une exposition au Vaisseau Moebius.

Justement, les expositions, parlons-en ! Beaucoup, beaucoup, beaucoup de belles choses à voir et pour tous les goûts : avec les univers de Titeuf, Marion Montaigne, Oriane Lassus, Jacques Martin, Fairy Tail, Steve Cuzor, Gilles Rochier… les organisateurs ont voulu s’adresser aux lecteurs de 7 à 77 ans. On voyage aussi avec Sonny Liew (Singapour), les jeunes auteurs de la bd arabe ou encore Venise vue par les yeux de Zep, Rizo, Manara, Liberatore, Kim Jung Gi (superbement mis en scène au musée d’histoire de la ville, en comparaison avec les toiles de Canaletto et autres peintres classiques).

Mais, mes deux coups de cœur tendent vers une destination encore plus lointaine…

Avec un grand prix tel que Cosey (qui lui aussi avait droit à son expo), passionné d’orient, la présence de deux grands maîtres du manga semble tout à fait logique. Et quelles expositions, mes enfants : à ma droite le challenger (déjà plus très jeune tout de même) maître de la narration et du suspens, le talentueux Naoki Urasawa et à ma gauche, le poids lourd toutes catégories, le père fondateur, le trésor national, le génie précurseur, le dieu du manga, le vénérable Osamu Tezuka. Chacun a eu droit à une exposition rétrospective d’une grande qualité présentant, chose extrêmement rare, des originaux ! Des croquis, des planches, des story-boards, des illustrations, des cellulos, on en prend plein les yeux !

Tezuka fascine par sa modernité, sa technique évolutive, sa productivité, sa curiosité, toutes ses qualités qui montrent que l’homme était un passionné du récit. Toute sa vie, il n’a eu de cesse de raconter des histoires, s’adressant à tous les publics, explorant tous les genres car au final, le sujet majeur de son oeuvre, c’est l’humanité elle-même.

Et en ce sens, Urasawa peut bien être considéré comme son héritier, d’une part parce qu’il a repris la plus fameuse saga d’Astro Boy (Pluto) mais aussi parce qu’il n’hésite jamais à partager son amour du manga, ses techniques de travail, ses goûts en matière de musique ou de dessin. Il ne se cache pas derrière un dessin, il vient à la rencontre de son public, fusse-t-il français. Et il encourage les jeunes à dessiner.

Si j’ai choisi de mettre en avant ces expositions c’est parce qu’elles sont encore visibles, après le festival : celle de Tezuka reste à Angoulême jusqu’au 11 mars et celle d’Urasawa ira à Paris du 13 février au 31 mars. Allez y jeter un œil si vous le pouvez, vous ne le regretterez pas !

Ah mais j’allais oublier ! J’ai un dernier coup de cœur, une exposition magnifique, à la fois éclectique et esthétique, elle aussi empreinte d’un bel humanisme, celle consacrée à Emmanuel Guibert. Que ce soit sur Le photographe, La guerre d’Alan ou Sardine de l’espace, Guibert arrive à faire passer ses émotions tantôt avec humour, tantôt avec sensibilité mais toujours avec intelligence et honnêteté. Une exposition très chaleureuse, avec des originaux vibrants qui donnent envie de se replonger dans les récits de l’auteur. Je ne sais pas si cette expo survivra à Angoulême mais au cas où, je vous encourage aussi à la voir.
En conclusion, cette édition 2018, rondement menée, fut une vraie réussite. J’espère que cela augure de bonnes choses pour les prochaines éditions et j’espère bien vous y voir !

PS : restez branchés, des interviews EXCLUSIVES réalisées lors du festival arrivent !

Ajoutez un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée. Les champs marqués * sont obligatoires.