Si Helm voit un bâton crochu qui le harcèle, il le casse ! Comme suit !

L’histoire de CloneWeb est parallèle à celle du Seigneur des Anneaux au cinéma : nous aussi, on a commencé au début des années 2000. Et plus de vingt ans plus tard, on est toujours là. Même si l’auteur de ces lignes ne s’attendait pas à revenir à la Terre du Milieu version Peter Jackson tant d’années après l’original. Mais Warner Bros n’est pas du tout décidé à laisser partir sa franchise culte, cherchant différents moyens d’y revenir. L’un d’eux est donc un film d’animation, réalisé en partie au Japon par Kenji Kamiyama. Nous vous en avions déjà parlé ici et : le résultat faisait peur de prime abord, il se révèle être une bonne surprise – une petite histoire anecdotique mais efficace.

L’histoire se déroule bien avant celle de l’Anneau Unique. Nous sommes au Rohan et Edoras est dirigé par Helm Main-Marteau (Hammerhand en version originale). Oui, comme le gouffre du même nom, c’est le but de l’histoire. Un soir de conseil, un seigneur local dénommé Freca déboule avec son fils qu’il voudrait voir marié à la film de Helm, Hera, notre héroïne. Helm refuse, ils en viennent aux mains et celui-ci tue Freca d’un seul coup de poing (!). Son fils, Wulf, se fait bannir mais est bien décidé à revenir se venger.

Nous avions vu quelques images de la Guerre des Rohirrim au Festival d’Annecy, notamment tout ce prologue où Helm casse la bouche de Freca. Le résultat final n’a pas bougé : l’animation est d’un autre âge. Dès que Kenji Kamiyama cherche à mélanger de la 2D et de la 3D, le rendu est dégueulasse. Et même les plans en full animation traditionnelle ne fonctionnent pas, notamment aux niveaux des bouches des personnages souvent peu raccords avec les dialogues.
On se demande, comment après tant d’années de productions et de reports, Peter Jackson et ses associées ont-ils pu valider un tel travail. Et on est curieux de savoir ce qui s’est passé en cours de route. Quoiqu’il en soit, il va falloir prendre sur vous parce que l’histoire est, elle, sympathique.

Certes, elle a aussi ses défauts. Le scénario de Philippa Boyens, Phoebe Gittins et Arty Papageorgiou ne peut s’empêcher de faire des clins d’oeils forcés aux fans. Avait vraiment-on besoin d’entendre parler du fait que le « Mordor cherche des anneaux » ? Non point. A l’inverse, le cameo dans l’épilogue n’est pas du forçage : c’est dans le texte de Tolkien. C’est en cela que War of the Rohirrim est un film intelligent : il s’empare de l’appendice du Seigneur des Anneaux « La Maison d’Eorl » dans lequel ce bon vieux John décrit la lignée des rois de Rohan. En deux petites pages seulement, il pose les bases d’un personnage suffisamment intéressant pour le creuser.

C’est ce que va faire l’équipe scénariste : transposer ses deux pages en une petite histoire (deux seigneurs qui s’affrontent, un exil dans un gouffre et une bataille) sans jamais chercher à déborder. On est loin de la série Prime qui fait tout et n’importe quoi avec l’histoire de la Terre du Milieu. Boyens et ses acolytes traitent le texte de Tolkien avec respect, se permettant un seul ajout : Hera, mentionnée dans le texte d’origine mais jamais développée. Elle est donc une jeune femme éprise de liberté, différente d’Eowyn mais toute aussi attachante. Ce sont ses péripéties qui vont lier les éléments des Appendices entre eux. Et ce sont ses aventures qui vont rendre le film attachant, d’autant que Gaia Wise fait bien le taf au doublage.

Il faut faire fi de la technique pour apprécier la Guerre des Rohirrim, se dire qu’on est vingt ans en arrière en matière d’animation. Comme si on découvrait le film de Kenji Kamiyama en parallèle de ceux de Peter Jackson. Il en résulte une petite histoire. Certes, elle est anecdotique à l’échelle de la Terre du Milieu mais c’est aussi le talent de Tolkien : avoir créé un monde si dense que plein d’aventures s’y déroulent, des grandes comme des plus infimes. Le compositeur Stephen Gallagher, monteur de la musique des films « live », jongle avec les thèmes de Howard Shore pour mieux nous renvoyer pendant deux heures à cette période bénie qu’était le début des années 2000. Un plongeon dans le passé pour mieux nous énergiser pour affronter le futur, comme Hera à la fin de l’histoire. Forth Eorlingas !

Le Seigneur des Anneaux La Guerre des Rohirrim, de Kenji Kamiyama – Sortie en salles le 11 décembre 2025
La citation est extraite du Seigneur des Anneaux – Appendice A : « II. La Maison d’Eorl » de J.R.R. Tolkien

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