John Woo revient. Certes par la petite porte avec un long métrage disponible directement sur une plate-forme alors qu’on aurait aimé le voir en grand. Mais ce n’est déjà pas si mal. Silent Night signe aussi le retour du réalisateur, qui a fait les belles heures du cinéma de Hong Kong, à une production américaine, vingt ans après Paycheck (et même vingt six ans après le toujours impeccable Volte/Face). Et même si le résultat est une petite production, son caractère expérimental fait mouche. Et puis même : ça fait toujours plaisir de voir le réalisateur de 77 ans filmer de la bagarre.

Silent Night nous met dès les premières minutes devant le fait accompli. On suit un gars qui poursuit des méchants. Son fils s’est pris une balle perdue et il veut se venger. Les choper vite. C’est lui qui se fait attraper et se mange une balle dans la gorge. Après un peu de chirurgie magique, il peut retourner chez lui sans sa voix mais bien décidé à en découdre avec les assassins de son gamin.

Silent Night est un revenge movie des plus classiques, avec un héros prêt à tout pour se venger et qui finira par y arriver. Ce n’est pas un spoiler mais bien le classicisme de l’intrigue qui s’assume jusqu’au bout, avec son grand final en mode duel comme on peut l’imaginer. Joel Kinnaman est à fond dans le rôle, heureusement puisque tout repose sur lui. En faisant perdre ses cordes vocales au personnage, le scénariste Robertt Archer Lynn permet à Woo de livrer un film muet.

Non pas un film comme à l’ère du muet. On entend bien entendu des bruits, de la musique, des respirations, des cris. Mais personne ne parle jamais, le scénario et la mise en scène s’arrangeant pour ne pas avoir besoin de faire se parler les protagonistes. L’utilisation des silences est maligne, les rares lignes de dialogues étant des mots chuchotés ou étouffés. Marco Beltrami à la bande originale en profite pour compenser par une musique multipliant les percussions, comme pour ne pas lacher le spectateur face à cette expérience inhabituelle.

A l’heure des blockbusters surexplicatifs où tout est surligné par des tunnels de dialogue, Woo prend le spectateur à contrepied. Et ça fonctionne. Les scènes d’action et de poursuite, reprenant par ci par là les gimmicks chers au réalisateur, sont suffisamment efficaces pour nous tenir en haleine. A une époque où les films sont calibrés pour que vous puissiez vous balader sur Instagram et vous contenter des dialogues, Silent Night se fait l’exact opposé, vous scotchant face à l’image et à un Joel Kinnaman convaincant dans le rôle, nous permettant de passer outre un petit ventre mou au milieu du récit.

Certes, le film n’est ni The Killer ni Chasse à l’Homme (l’auteur de ses lignes aime beaucoup le film, si si) mais c’est un très solide divertissement suffisant pour nous faire patienter jusqu’à son prochain film, un remake de The Killer propulsé… par Omar Sy.

Silent Night, de John Woo – Disponible sur Prime Video le 29 décembre 2023

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