Gazzotti, Vehlmann et Moreau parlent de Seuls

L’édition 2016 du Comic Con Paris a fermé ses portes ce dimanche sur la projection avant-première de Doctor Strange, un Comic Con cette année plus riche, plus intéressant et manifestement plus visité vu la foule de cosplayeurs et autres amateurs de pop culture venus se serrer dans la Grande Halle de la Villette (voir nos quelques photos)

Pour nous, ce fut l’occasion de rencontrer Bruno Gazzotti et Fabien Vehlmann, les deux auteurs de la BD Seuls. Ils étaient accompagné du réalisateur David Moreau et ont tenu une conférence pour présenter le film et parler sans langue de bois aucune des problèmes liés à l’adaptation.

Ce qui frappe en premier en écoutant les trois auteurs parler de leur bébé, c’est qu’ils se sont manifestement trouvés : David Moreau, Gazzotti & Vehlmann ont le même humour, font les mêmes blagues en même temps et ont les mêmes références cinématographiques. On aurait pu imaginer que les auteurs ont filé les droits au réalisateur, avec quelques consignes, et s’en seraient ensuite lavé les mains. Il n’en est rien, et on sent une véritable alchimie entre les trois bonhommes, ce qui ne peut être que de bon augure pour le long-métrage à venir.

Répondant aux questions de notre camarade Sylvestre Picard de Première, le dessinateur et le scénariste ont d’abord évoqué le choix du réalisateur en revenant sur les origines du projet. Ils ont notamment évoqué le fait que Dargaud était au départ intéressé par la BD mais que l’éditeur s’inquiétait du coté sombre de l’histoire, tout comme de son titre « Seuls », pas forcément très vendeurs auprès des jeunes adolescents qui sont le cœur de cible. Il a finalement été négocié avec l’éditeur actuel, Dupuis, que les auteurs conservent leurs droits audiovisuels.

Il faut bien comprendre que, bien que visant un public allant de 7-8 ans à 13-14 ans, la BD Seuls est assez noire, parfois violente (des gamins se tirent dessus à balles réelles) et évoque le rapport des enfants à la mort. De fait, la suite s’annonçait compliquée.

Bruno Gazzotti évoquait dans ce sens une proposition faite par France Télévision d’adapter en série télé mais au moment où la chaine s’est intéressée, le cinquième tome n’était pas encore paru. Une fois qu’ils l’ont lu, ils n’ont jamais donné suite. Velhmann explique qu’il fallait tout préciser aux producteurs, et que « on était plus proche de Sa Majesté des Mouches [roman de William Golding dans lequel des garçons s’affrontent sur une île déserte] que de Oui-oui ». Un autre projet avec le réalisateur Jaco Van Dormael a également été mis sur la table, que les auteurs ont refusé parce que les producteurs voulaient changer la fin. « On n’était d’accord sur rien, et on a passé une très mauvaise journée » a précisé le scénariste.

Ensuite, via leur agent, David Moreau a frappé à leur porte. Le réalisateur a déjà son actif trois long-métrages : Ils, co-réalisé avec Xavier Palud, The Eye avec Jessica Alba puis 20 Ans d’Ecart, une comédie avec Virginie Efira qui a suffisamment bien marché pour pouvoir lui « laisser le choix » de son projet suivant. Il précise : « je voulais faire un vrai film fantastique français, qui n’essaye pas de faire comme les américains et qui n’essaye pas non plus d’être français. (…) Le public se fout de l’origine du film, il veut juste qu’on lui raconte des histoires et qu’on les lui raconte bien. ». Il ajoute : « la fin du tome 5, c’est ce qui me plaisait, elle représente pour moi l’essence de la BD. »

Fabien Velhmann, après avoir vu le teaser diffusé dans la salle, a déclaré : « je suis fier des images, c’est ça qu’on voulait voir. Et puis, et c’est très important pour nous, il y a une diversité de couleurs, de sexes dans un film français. (…) En plus, et c’est un parti pris volontaire, on a choisi de mettre Leïla plus en avant encore que dans la BD« . Les auteurs ont fait mettre dans le contrat certains points non négociables, aussi pour protéger le réalisateur si un nouveau producteur voulait proposer de l’argent à conditions de modification. Sans spoiler, ces points concernaient le sexe et la couleur de peau des personnages mais aussi certains éléments de l’intrigue et l’aspect globalement sombre de l’histoire. Par la suite, les auteurs n’ont eu qu’un rôle de consultant pour donner un avis pour que David Moreau puisse faire le film dont il avait envie.

Les lecteurs de la BD, qui devrait comprendre une vingtaine de tomes au rythme d’un par an, se posent sûrement la question de savoir quand le film s’arrêtera. David Moreau a expliqué que son long-métrage se terminait avec la fin du premier cycle, soit le fameux tome 5. « Il y a aussi des aménagements narratifs dans le film, parce que cinq albums c’est beaucoup« . Le réalisateur a cherché à préserver l’essence de la BD tout en adaptant. « Il n’y a pas de scènes de la BD retranscrites telles quelles. Mais les personnages sont là et il y a des éléments qui renvoient à la BD.« . Il précise par exemple que dans le film l’affaissement de la ville dans le sol (dans la BD) est remplacé par un brouillard qui a la même symbolique. Il n’y aura pas non plus les animaux (ni les cairns) présents dans les albums.

Velhmann ajoute : « on voulait respecter les couleurs des personnages dans le film parce qu’elle est là, la société française. Il y a des représentations à la télé française mais rarement dans des rôles principaux. « Il précise, sans citer qui, qu’il s’est retrouvé face à un producteur qui voulait que le héros devienne blanc, sous prétexte que ses lecteurs étaient blancs et qu’il avait peur que les gens n’aient pas d’empathie pour un personnage noir. Le scénariste ajoute avec humour qu’il a évidemment dit non et que lui-même a lu Yoko Tsuno (dont l’héroïne dessinée par le Belge Roger Leloup est japonaise) sans se poser de questions. David Moreau, lui, se dit fier d’assumer cette représentativité qui ancre le film dans la culture actuelle. C’est d’autant plus le cas que le film est d’avantage axé sur Leïla quand la bande dessinée est plus une histoire d’équipe (avec elle-même et Dodji mis en avant). Il précise : « j’ai toujours adoré les héroïnes dans les films de genre, depuis Sigourney Weaver dans Alien ».

Seuls, de David Moreau avec Sofia Lesaffre et Stéphane Bak, sortira dans les salles fin janvier 2017. Coté BD, le 10e tome de l’oeuvre de Gazzotti et Velhmann sera disponible le 18 novembre prochain. Pour ce troisième cycle (sur quatre), les auteurs ont profité que l’équipe de héros soit désormais éclatée pour focaliser chacun des cinq albums à venir sur un des personnages. La Machine à Démourir (c’est son titre) verra donc le jeune Terry affronter seul à seul (!) le Maitre des Couteaux dans un salon dédié aux jouets.



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