Un film Marvel tous les six mois ou presque, c’est devenu une habitude qui va bientôt être bousculée puisque l’année 2017 accueillera non pas deux mais trois super héros : les Gardiens de la Galaxie en avril, Spider-Man Homecoming en juillet et Thor Ragnarok en octobre. Mais nous n’en sommes pas encore là. Pour le moment, et en plus de notre Sortie de Projo, il est temps d’accueillir Stephen Strange.

Notez, mais là aussi c’est désormais une habitude, qu’il y a deux scènes post-générique de fin.

 

LA CRITIQUE

De l’origin story, Marvel Studios nous en a fait bouffer pendant tout un cycle avec du bon (Iron Man, il y a huit ans déjà) et du moins bon (Thor). Plus récemment, et à l’exception d’Ant-Man si on veut être précis, la firme chapeautée par Kevin Feige a choisi d’introduire deux de ses prochains héros, Black Panther et Spider-Man, pendant l’affrontement de Civil War. Une idée qui s’est révélée payante puisqu’on va pouvoir passer directement dans le vif du sujet quand ils auront leurs films propres. Mais pour Doctor Strange, le personnage de Stan Lee et Steve Ditko créé en 1963, il fallait revenir aux fondamentaux, parce que Stephen de son prénom est un personnage à part et celui qui va permettre de dévoiler au cinéma la partie magique de l’univers Marvel.

Sur le papier, le projet avait de quoi faire peur : Scott Derrickson, dont le “meilleur” film est l’affreux Sinister, à la réalisation et Jon Spaiths responsable du calamiteux Prometheus au scénario. Qui plus est, la première bande-annonce laissait entrevoir un univers magique inspiré d’Inception et loin des couleurs des pages de Ditko. Le seul point positif était la présence de Benedict Cumberbatch au casting. Ca, c’était sur le papier. Parce que dans la pratique, Doctor Strange est une réussite, une réussite estampillée Marvel avec tout ce que ça peut sous-entendre, mais néanmoins un divertissement solide.

Stephen Strange est un neurochirurgien à l’ego surdimensionné mais au talent incroyable. Un soir, alors qu’il se rend à un cocktail où il doit prendre la parole et alors qu’il regarde des radios tout en conduisant, sa voiture sort de la route. Et ses mains se cassent sur le tableau de bord. Brisé dans tous les sens du terme et incapable de pouvoir à nouveau pratiquer son métier, il va finir -en dernier recours- par se rendre au Népal et se tourner vers les arts mystiques en espérant pouvoir en guérir. Là, il va découvrir un nouvel univers, lui-même menacé.

Cet univers, vous allez le découvrir. Ce que vous savez déjà, c’est que vous allez être devant une production Marvel Studios. La recette est la même depuis les origines de Tony Stark : un grand méchant qui veut tout casser, un personnage souvent décalé qui a un accident et qui vit un parcours initiatique pour devenir le héros attendu et sauver le monde. Et il y a un subtil équilibre entre scènes d’actions, petites phrases et tentatives d’humour cartoonesque. En cela, Doctor Strange n’apporte rien de nouveau.

Il faut alors reconnaitre le talent de Benedict Cumberbatch, taillé pour le rôle et pour porter le film sur ses épaules couvertes d’une cape de lévitation. Il y a dans son personnage un soupçon de Tony Stark, de l’arrogance mêlée d’humour, mais le comédien est plus en retenue que l’est Robert Downey Jr. Il faut aussi admettre que l’histoire prend suffisamment son temps. Pas question de rusher l’origine du personnage pour le faire se battre au plus vite, ni au contraire d’imaginer un méchant uniquement destiné à la scène finale. Il y a dans Doctor Strange un bel équilibre des choses. Et quelques idées visuelles bien fichues. Marvel oblige, tout n’est pas exploité complètement on se doute que le studio en garde sous le coude pour une prochaine fois, à l’instar d’une séquence où Strange se balade dans un multiverse coloré pour bien prendre conscience de l’univers magique qu’il entoure et qui ne dure finalement pas si longtemps ou de l’utilisation de la magie qui ne sert dans le film qu’à combattre (alors que dans la 1ère scène post-générique, on voit tout à fait autre chose).
Comme prévu, les scènes à la Inception ressemblent au film de Christopher Nolan mais l’utilisation en est suffisamment intelligente pour que ça passe. Il faut aussi mentionner deux excellentes trouvailles utilisées dans la grosse scène finale et qu’on se garderait bien de spoiler ici.

Alors qu’est ce qui ne va pas ? L’humour d’abord tombe comme un cheveu sur la soupe. Vous vous souvenez de cette scène ridicule du premier Avengers où Joss Whedon désamorçait toute tension en montrant Hulk écrasant Loki d’un seul coup de poing, terminant ainsi sa séquence sur un gag à la Looney Tunes ? Ca passait tout juste (et encore). Dans Doctor Strange, toutes les tentatives de faire de l’humour sont fichues de la même manière, venant couper un moment dramatique ou un plan iconique. Tout sujet n’est pas forcément prétexte à une vanne, surtout quand elle est mauvaise. Ensuite, Scott Derrickson confirme être un piètre réalisateur. Backupé comme il se doit pour ILM et FrameStore, ses scènes “à la Nolan” manquent cruellement de souffle. Qui plus est, les séquences de combat sont mal filmées. Cadrées de trop près, filmées à la caméra portée, noyées dans des étincelles d’effets spéciaux, elles sont illisibles. Il faudra attendre que les magiciens des effets spéciaux se mettent au travail pour que les séquences du dernier acte (dont un chouette combat “spectral”) ressemblent à quelque chose.

Que retenir de tout ça ? Vu les noms au générique, on s’attendait à un film insignifiant à la Ant-Man. Doctor Strange est un bon divertissement, à la sauce Marvel et l’introduction du nouveau héros est réussie. Il faut néanmoins aller chercher le grain de folie, la surprise manquante, dans la dernière partie du métrage, la formule du reste étant désormais bien trop connue. Si on considère que l’univers Marvel au cinéma s’apparente à du McDo (voir ici), ce Doctor Strange serait une nouvelle déclinaison du Big Mac : on en connait déjà le gout, seule la sauce change un peu. Mais on prend plaisir à le manger quand même. On sera néanmoins curieux de voir comment vont évoluer les ingrédients mélangés à d’autres, d’autant que comme l’attestent les deux scènes de milieu et de fin de générique, on n’a pas fini d’entendre parler du Sorcier Suprême.

Doctor Strange, de Scott Derrickson – Sortie le 26 octobre 2016

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