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Critique : Le Dernier Maitre de l’Air


Il y a des critiques plus difficiles à écrire que d’autres. Il y a les films dont on attend beaucoup et qui sont très réussis (Toy Story), ceux dont on connait mal le sujet, qui s’avèrent être de petits bijoux et qu’on prend du plaisir à critique (Shutter Island), les mauvais films dont on aime dire du mal (Chatroom).
Et il y a Le Dernier Maitre de l’Air, de M. Night Shyamalan… La critique qui suit, volontairement longue, évoque quelques aspects de l’histoire, spoilers pour ceux qui ne la connaissent pas mais aussi de nombreuses références à la série dont le film en est l’adaptation.

Le film sort le 28 juillet dans les salles.
Vous pouvez également retrouver ma rencontre avec M. Night Shyamalan à New York, sa masterclass à Paris ainsi que toutes les infos sur la série animée disponible en DVD mais également iTunes

Le Dernier maître de l’air – Sortie le 28 juillet 2010
Réalisé par M. Night Shyamalan
Avec Noah Ringer, Jackson Rathbone, Nicola Peltz
Air, Eau, Terre, Feu : quatre nations destinées à disparaître, englouties par une guerre sauvage engagée, depuis un siècle déjà, par la Nation du Feu contre les trois autres nations. Mettant au défi son courage et son aptitude au combat, Aang découvre qu’il est le dernier d’une lignée d’Avatars capables de manipuler les quatre éléments. Il s’allie à Katara, un Maître de l’Eau, et à son frère Sokka, afin de rétablir l’équilibre d’un monde ravagé par la guerre.


Le Dernier Maitre de l’Air : bande annonce française VF
envoyé par cloneweb. – Regardez plus de films, séries et bandes annonces.

Retour en arrière. A l’été 2009, je découvrais suivant les bons conseils d’amis avisés la série d’animation Le Dernier Maitre de l’Air. Comme beaucoup de gens, après avoir passé les quelques premiers épisodes, je n’ai plus pu décrocher. La série de Michael Dante di Martino et Bryan Konietzco s’est révélé au fil des épisodes un petit bijou : animation classique et réussie, univers intéressant et bien utilisé et surtout un remarquable travail d’écriture, surement le meilleur depuis les heures de gloires de Bruce Timm et de sa Ligue des Justiciers.
En effet, dans Avatar, la série est pensée comme un tout depuis le début. Rien n’est laissé au hasard. Chaque personnage secondaire trouvera une place de choix dans un final haut en couleur. Sur les 61 épisodes peu sont à vraiment à mettre de coté.

Après avoir dévoré la série aussi vite que possible, le temps a passé et on a suivi doucement le tournage de l’adaptation par M. Night Shyamalan. Début 2010, je décide une nouvelle vision intégrale pour faire découvrir la légende de Aang et profiter d’une seconde fois pour approfondir certains aspects notamment le fait que les premiers épisodes ne sont pas si faibles qu’ils en donnent l’impression.

En mars 2010, Paramount cherche un rédacteur de site Internet ou un blogueur fan de la série et capable de poser quelques questions au réalisateur du Sixième Sens. Direction New York pour une sympathique rencontre et le discours d’un vrai fan de la série.

Tout était en place pour avoir du grand spectacle à l’écran, d’autant que les premières images étaient alléchantes.

Mais Le Dernier Maitre de l’Air est une grande déception.
Si ce n’est pas le plus mauvais film de l’année 2010 (on réserve ce privilège à Chatroom ou encore à Twilight 3), c’est le plus décevant. Et pourtant, on y a cru jusqu’au bout.

Commençons par ce qui fonctionne bien.

D’abord, les premières images font plaisir à voir. Après tout, c’est toujours un plaisir de voir des personnages prendre vie. Et les premiers plans représentant le générique de la série animée ne peuvent que nous faire sourire.
Visuellement, c’est très réussi. Le dessin animé s’inspire de différentes cultures asiatiques pour représenter les nations et l’ensemble est habilement repris. On passera sur la polémique autour des races (en gros, beaucoup de gens pensent qu’il est scandaleux que les héros soient blancs et parlent en anglais), ce n’est ici pas plus réaliste que dans n’importe quel autre film fantastique. On retiendra donc le travail apporté aux décors et aux costumes, au soin apportés aux différents visuels et aux effets spéciaux de qualité, avec une mention particulière pour la maitrise de l’eau, absolument sublime.

M. Night Shyamalan, habitué des réalisations mollassonnes s’en sort honorablement derrière la caméra. Certains plans sont vraiment très bien choisis et même si on se surprend parfois à penser à un Peter Jackson du pauvre, l’ensemble est bien filmé. Quelques ralentis bien placés nous permettront d’ailleurs d’apprécier le travail d’ILM (quoique floutés par une conversion 3D inutile, mais on en a l’habitude) et les jolis effets de bending.

Coté casting, et contrairement à ce qui a été dit ici ou là, j’ai trouvé les jeunes acteurs meilleurs que leurs ainés. Si le réalisateur ne laisse pas vraiment sa chance à Aang, ne lui offrant le choix qu’entre un air furieux et un air neutre, si Jackson Rathbone a trop peu de plans, Nicola Peltz fait du bon travail en Katara, rappelant par moment le personnage de la série animée.
Il n’en est malheureusement pas de même coté adulte. Shaun Toub s’emmerde dans son personnage d’Iroh et Cliff Curtis, choisi pour incarner le Firelord Ozai, un personnage sombre, reflet mystérieux d’un Dark Vador sans scrupule dans la série animée, a le charisme d’une moule morte.

Mais le gros problème du Dernier Maitre de l’Air vient de sa structure narrative et de son montage.

Dans la série animée, quand Aang est libéré de son iceberg, le spectateur a droit non seulement à un regard à Katara, regard plein de signification pour qui a vu le reste de la série mais aussi à une petite phrase drôle donnant immédiatement le ton (il lui propose un rencard, faire ensemble du surf sur pingouin).
Dans le film, on a droit à une première ellipse montrant Aang se rhabillant (?) dans un igloo sans la moindre explication. Sans connaitre forcément le matériau d’origine, le spectateur lambda est forcément décontenancé.
Plusieurs scènes s’enchaineront de la sorte enfonçant le spectateur dans l’incompréhension puisqu’on aura droit en 25 minutes à la présentation de l’univers, son fonctionnement, les pouvoirs des Benders ainsi que les origines de Aang et sa destinée. Ouf !

On enchainera ensuite avec un remake de l’épisode Emprisonnés dans lequel Aang rencontre des Maitres de la Terre sous le joug de la Nation du Feu et ne pouvant utiliser leurs pouvoirs. En moins de deux minutes chrono, l’Avatar fera un bref discours sans âme pour inciter ces gens à reprendre le combat. Ainsi, il commencera à libérer des villages envahis.
Si l’idée aurait pu être intéressante, rien n’est jamais développé au contraire de la série. Là encore, le spectateur lambda est décontenancé par tant de coupes. Le fan, lui, se prend la tête dans les mains se demandant pourquoi Haru a si peu de présence…

On passera sur le fait que Momo et Appa, un bison-volant et un lémurien-chauve-souris, n’ont que deux à trois plans chacun pour l’ensemble du film alors que les personnages ont normalement l’importance de R2D2 et C3PO.

L’Avatar Roku, prédécesseur de Aang au passé riche et son conseiller à travers le Monde des Esprits, n’aura pas droit de cité. Seule une statue, au pouvoir non évoqué, sera rapidement montrée pour enchainer avec une scène de sauvetage de Aang par un mystérieux personnage : l’Esprit Bleu. Son identité révélée devrait alors faire frémir le spectateur tant la trouvaille paraissait énorme. Mais dans le film de M. Night Shyamalan, personne n’a le moindre début de chair de poule. En effet, l’ensemble est tellement survolé que tout le monde s’en fout.
Ce non-développement des personnages continuera tout le film. Ainsi, les fans reconnaitront le Maitre Pakku qui a une brève apparition et une demi ligne de dialogue. Les non-fans se demanderont encore de quoi je parle.

Si toutes ces coupes et cette absence de profondeur avaient au moins conduit à un final haut en couleurs… Mais le Siège de la Tribu de l’Eau est sans doute la scène de combat la moins bien mise en scène du film. Voulant manifester en changer les lieux mais aussi, et surtout, la fin, M. Night Shyamalan s’enlise, oubliant les enjeux, oubliant les personnages pour finir dans le grotesque.
A ce stade du film, plus personne ne s’intéresse à ce qui peut bien leur arriver.

J’aurai dû terminer cette critique là mais les amateurs du dessin animée qui me lisent savent qu’il manque quelque chose. On savait que certains personnages avaient été volontairement mis de coté comme le Roi Bumi pour ne pas rendre l’histoire trop complexe. Mais certains personnages manquent quand même à l’appel : les guerrières de Kyoshi. Utilisées au départ dans certains visuels promos, elles ont été castées et apparaissent pourtant dans une bande annonce. Ca semble anecdotique mais quand on voit les nombreuses omissions du film, on est en droit de se poser quelques questions.
Le Dernier Maitre de l’Air n’est-il donc pas un film ayant subit les foudres et le calibrage d’un studio ? N’a-t-on pas charcuté le travail de M. Night Shyamalan au profit d’un produit fini, marketé, millimétré d’1h40 destiné à remplir les salles au maximum. Quelle est la part de responsabilité du réalisateur dans ce fiasco ? Si une version longue dite Director’s Cut devait voir le jour en DVD, nous aurions réponse à cette question.

Quoiqu’il en soit et malgré un travail évident en terme de décors, costumes et visuels, Le Dernier Maitre de l’Air est un mauvais film, servi par un mauvais montage et de nombreuses coupes injustifiées. Quand on voit l’extraordinaire matériel de départ, on ne peut qu’être profondément déçu par le résultat final.

Mais n’en restez pas là. La série Avatar est disponible en DVD, notamment en Angleterre dans des coffrets Zone 2 contenant des pites françaises pour 15 euros la saison, une affaire. (Saison 1, saison 2, saison 3). Et elle est très réussie, elle.

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26 commentaires pour “Critique : Le Dernier Maitre de l’Air”

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