Critique : Howl

Howl fait partie de la longue liste de films fantastiques qui méritent le coup d’oeil tout en étant compliqués à voir. Sorti fin 2015 outre-Manche, le film a été présenté au Festival de Gerardmer fin janvier dernier et est disponible en DVD et blu-ray chez nos amis anglo-saxons.

Réalisé par Paul Hyett qui avait notamment travaillé sur les effets spéciaux de The Descent et de Attack the Block, le métrage est porté par Ed Speelers, dont le nom ne vous dit rien de prime abord mais qui a incarné James pendant trois saisons de Downton Abbey…

 

LA CRITIQUE

Comment faire mieux qu’un plan de pleine lune en ouverture, faisant apparaître le titre du film en se servant de notre satellite comme une lettre, pour exprimer la nature ouvertement espiègle de l’œuvre en question ? Le message du jeune réalisateur britannique Paul Hyett semble clair : « hé les gars, vous allez voir un film de loups-garous ! ».

Cette évidence est pleinement embrassée par le métrage, qui se déroule de manière classique, armé de ses jumpscares, de personnages fonctions, de répliques se voulant mémorables, de longs plans languissants sur le néant… et enfin de ses monstres en images de synthèse. Disons-le tout de suite : Howl est une série B, loin d’être dénuée de défauts (quelques acteurs au jeu rigide, certains plans trop approximatifs), mais aussi pleine à ras bord d’une volonté de bien faire les choses, de produire une creature feature honorable et divertissante. Et Paul Hyett y arrive, sans prétendre à autre chose, et en faisant pourtant montre d’une compréhension totale du mythe avec lequel il joue.

Le jeu fait partie intégrante du film, et le cinéaste reprend à son compte des poncifs éculés du genre pour mieux leur rendre hommage et s’inscrire dans un corpus aisément identifiable. Ainsi, l’on aura droit aux griffes rayant lentement la paroi du train, aux décisions incompréhensibles de certains personnages, aux confrontations entre les membres de la bande, aux vues subjectives du monstre, aux jolis plans de steadycam en intérieurs confinés, aux révélations prévisibles mais intelligemment retardées pour les personnages, etc.

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Le film s’ouvre sur Joe, un contrôleur de train déambulant, accablé, sur les quais de la gare et dans les vestiaires. Une lettre lui signalant son échec à une candidature au poste de superviseur semble se faire conclusion de son labeur, quand soudain le nouveau chef de service double sa journée et le renvoie au travail, accompagné d’une collègue que Joe aimerait bien emmener boire un verre. Sur le chemin, il accomplit mollement sa mission, amendant sans hésiter une femme quarantenaire, et évitant soigneusement de contrôler le jeune homme louche de la rame. Ses espoirs de relation avec sa collègue sont mis à mal lorsqu’elle refuse poliment son invitation et qu’un autre homme séduisant semble faire du charme à celle-ci.

Dès lors que les événements s’accélèrent et que le groupe se retrouve confronté à leur prédateur, Joe entame une lutte symbolique pour se faire accepter en tant que leader du groupe, position qu’il convoite mais n’a jamais pu atteindre. Sa rivalité avec l’un des passagers, puis le sort qui lui est réservé en fin de métrage, finissent d’asseoir nos ressentis sur le chemin parcouru par le personnage. Après tout, ce n’est pas pour rien si la compagnie ferroviaire s’appelle Alpha Trax : toute l’intrigue est structurée sous forme de parcours initiatique afin que son protagoniste tente de devenir le mâle dominant de son environnement.

Il ne faudrait toutefois pas oublier que les loup-garous sont des créatures souvent utilisées au cinéma, et dans la culture populaire, en tant qu’allégorie associée à diverses notions. Dans Le Loup-garou (George Waggner, 1941), par exemple, le père du protagoniste infecté lui expliquait que la lycanthropie représente le combat intérieur entre le bien et le mal prenant place en tout un chacun. The Werewolf (Fred F. Sears, 1956) faisait de la condition une métaphore aux peurs associées à la radioactivité de l’âge atomique (le héros se transformait suite à l’injection d’un sérum radioactif). La Nuit du loup-garou (Terence Fisher, 1961), unique production lycanthrope de la Hammer, nous indiquait que la transformation était une malédiction frappant les enfants nés d’un viol survenu une nuit de pleine lune et nés le jour de Noël (oui, c’est très précis…) ! L’ozploitation complètement improbable Hurlements 3 (Philippe Mora, 1987), faisait quant à elle le parallèle entre lycanthropie et homosexualité.

Howl, cependant, renoue avec une tradition plus ancienne, n’invoquant aucune science ni aucune superstition mystique pour justifier la présence du monstre. Dans son ouvrage Cinq psychanalyses, Sigmund Freud relatait le cas de l’homme aux loups, dont il expliquait l’association animale par un traumatisme initial d’ordre sexuel. Or, dans Howl, les tensions sexuelles se trouvent partout dans le train : entre Joe et sa collègue, entre un autre passager et celle-ci, entre ce même passager et la femme quarantenaire possiblement adepte du S&M, et superficiellement entre l’adolescente hipster et Joe (contre son gré). Carl Jung, l’ancien élève de Freud, préférait quant à lui évoquer des mythes collectifs fondateurs qui, dans le cas du loup-garou, remontait à plusieurs siècles et se faisait métaphore de la peur que les jeunes femmes ressentent envers les rapports sexuels, ainsi que la crainte des hommes de succomber à leurs pulsions destructrices. Le mythe de la renaissance lycanthrope expliqué par Jung se retrouve sans faille dans le film de Hyett, dont le récit et la conclusion confirment l’adoption sous-entendue, probablement inconsciente, mais dont la présence témoigne d’une certaine connaissance de l’héritage du genre.

Celle-ci se retrouve également dans la mise en place de l’univers, qui fait s’opposer le vide émotionnel urbain aux possibilités offertes par la nature indomptée : alors que les films de loups-garous choisissent généralement de se situer dans la ville (depuis Le Monstre de Londres de Stuart Walker en 1935, mais en passant surtout par les excellents Le Loup-garou de Londres et Hurlements en 1981) ou dans la campagne (du muet Wolfblood en 1925 au récent opus de Joe Johnston), ici, c’est un morceau d’urbanisme – le train et ses occupants – qui vient se perdre dans la campagne boisée malveillante, forçant ainsi les personnages à se confronter à leurs peurs les plus enfouies (le boulimique meurt dans ses excréments, le nerd introverti dégaine la hache sans retenue, le partisan de la survie du plus fort fait l’expérience de ses préceptes, et ainsi de suite).

N’attendez pas de Howl qu’il révolutionne le genre ou s’impose comme une référence de l’horreur. Il s’agit simplement d’une série B plutôt bien troussée, faisant preuve d’une réelle compréhension de son héritage et ne cherchant jamais à se faire passer pour ce qu’elle n’est pas. Bref, ça se regarde sans problème un samedi soir entre amis.

Howl, de Paul Hyett – Sortie française inconnue



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