A l’instar de ce que nous avons publié sur Star Trek, Rambo ou Captain America, nous avons souhaité élargir le sujet “Gardiens de la Galaxie” au delà du film de James Gunn.

Nous vous proposons donc de découvrir un nouveau Gros Dossier consacré aux Gardiens de la Galaxie coté comics. Avant d’évoquer Star Lord et ses petits camarades depuis leurs premières apparitions jusqu’aux dernières parutions récentes, dans deux parties à venir, il semblait tout naturel à Arkaron de commencer par évoquer les héros de science-fiction dans les pages des pulps et premiers comics.

Retour en arrière pour (re)découvrir ce qui amènera logiquement aux Gardiens de la Galaxie.

« Si on ne défend pas la galaxie, qui le fera ? »

Si l’on connaît tous la réponse à la question rhétorique posée par Star-Lord dans la bande-annonce du film Les Gardiens de la Galaxie, il se trouve que l’historique d’une telle problématique trouve une richesse peut-être insoupçonnée dans les pages colorées des comic books américains, dont l’héritage pèse lourdement sur les aventures que Marvel Studios se propose ici d’adapter au grand écran.

L’une des spécificités les plus intéressantes des Gardiens de la Galaxie tient du fait qu’il s’agit d’une équipe de héros ou de bras-cassés se donnant pour mission de protéger les innocents contre des menaces d’ampleur cosmique. Les Gardiens des comics sont donc essentiellement les héritiers d’une longue lignée de justiciers et de super-héros, à ceci près que leurs aventures se déroulent dans l’espace et qu’elles en appellent aux codes du space opera et du planet opera, chose qui se révèle relativement rare en comparaison des décors majoritairement urbains qu’occupent habituellement ce type de héros de bande dessinée. D’une certaine façon, on peut cerner dans cette description un sous-genre hybride appartenant à la fois au genre science-fictionnel et au genre super-héroïque. Un mélange à la croisée des chemins qui, dans son concept même, promet un potentiel plutôt unique.

Les premiers héros cosmiques investissent rapidement les comic strips en 1929, avec Buck Rodgers. Leur diffusion est d’ailleurs telle que le grand public est au fait de leur existence et, avant même que la science-fiction ne devienne un genre littéraire cohérent, les aventures fantaisistes et complètement insensées de Buck Rogers ont déjà stigmatisé un type de récit spécifique. Dans les années 1930, d’autres justiciers viennent rejoindre les rangs des strips science-fictionnels : Flash Gordon inscrit son nom dans l’histoire, tandis que Mark Marson of the Inter-Planetary Police sombre après trois années passées à rappeler plus souvent l’antiquité que le futur interplanétaire. La notion d’équipe reste, cependant, longtemps étrangère au genre dessiné. Dans les pulps, pourtant, l’idée fleurit déjà glorieusement avec des œuvres comme The Legion of Space (publiée en 1934 dans le magazine Astounding Science-Fiction) ou Galactic Patrol, sérialisée à partir de 1937 dans la même revue. De ces pulps au succès immense naissent quelques comics dérivés qui en reprennent certaines idées. C’est par exemple le cas du comic book Planet Comics, créé en 1940 et tiré du pulp Planet Stories. Dans celui-là, la série Space Rangers réunit dès le numéro 26 deux des héros du magazine, Flint Baker et Reef Ryan, constituant tous deux des exemples stéréotypiques de l’aventurier spatial. L’initiative finira par sombrer dans l’oubli au milieu des années 1950, époque qui vit se péricliter de très nombreux titres.

Dans l’intervalle, quelques séries similaires apparaissent néanmoins de façon sporadique, alors que les magazines de SF anthologiques fleurissent sans fin. C’est par exemple le cas d’Atomic Knights dans l’anthologie Space Adventures ou du comic Space Squadron, d’Atlas Comics. Dans ce dernier, une escouade élitiste et militarisée, menée par le capitaine Jet Dixon, est chargée de protéger la planète contre les potentielles menaces extra-terrestres. Des scientifiques fous aux catastrophes naturelles, en passant par des créatures chtulliennes, les membres du Squadron ratissent large et défrichent les sentiers de la SF dessinée, se faisant nommer, en passant, « Guardians of galaxy ».

Publiée en 1951 et 1952, la série Knights of the Galaxy, à l’affiche de l’anthologie Mystery in Space de DC Comics, concentre de nombreux poncifs du genre dans un titre hybride qui joue sur de nombreux tableaux, similairement à son contemporain Space Squadron : à la fois mené par un protagoniste clairement défini, le chevalier Lyle, mais aussi habité d’un groupe de héros souvent intégrés dans les histoires, cette série porte aux nues des stéréotypes d’écriture alors éculés tout en préfigurant d’une direction de ton que prendront les œuvres subséquentes. Fortement inspirées des pulps de l’âge d’or, les histoires reposent sur un schéma narratif globalement sans surprise, réhaussé par la folie débridée de la SF américaine du début des années 1950. Ainsi, le nombre renversant de concepts science-fictifs, introduits dans le premier numéro des aventures des chevaliers, prend progressivement le pas sur la dramaturgie générale de l’œuvre. Ce seul numéro réunit en effet une multitude de notions de SF, parmi lesquelles les pirates de l’espace, une électroprison, un télé-photoécran, un costume chargé d’isotopes électrostatiques, des pyrosphères filantes, un atomètre, un tourbillon cosmique, un réacteur en chaîne solaire, ou encore un égalisateur gravitationnel. Cette histoire illustre à la perfection le caractère immuable des comics, tel que décrit par Humberto Eco : chaque aventure est construite de façon indépendante, de sorte que le statu quo est rétabli avant la fin de l’histoire. Ainsi, le lectorat est assuré de retrouver les mêmes héros, dans des situations identiques, mois après mois. Et pourtant, cette tendance alors normalisée s’estompe peu à peu à mesure que défilent les numéros de Knights of the Galaxy. En effet, les rebondissements prennent le pas sur les trouvailles loufoques, tandis que les concepts utilisés sont plus développés. Le coup de grâce, cependant, vient du numéro 7 (l’avant-dernier), dans lequel la demoiselle toujours en détresse défie les chevaliers pour rejoindre elle-même leur table ronde, changeant ici définitivement le statu quo pour faire progresser l’univers en question. Hélas, c’est avec tristesse que l’on nous sert pour le dernier numéro une histoire alternative faisant preuve d’une misogynie rarement égalée, et sans rapport avec ses prédécesseurs… Sans doute s’agissait-il d’une audace trop impudente.

Le tout début des années 1950 est une période faste pour l’industrie des comics et particulièrement pour les titres d’horreur et, dans une moindre mesure, de science-fiction. Têtes de file du mouvement, les titres Weird Science et Weird Fantasy d’E.C Comics regroupaient souvent les meilleures œuvres du genre. L’éditeur Bill Gaines a toutefois indiqué que malgré leur qualité jusque-là inégalée, de telles revues ne dépassaient pas les 75% de vente maximum (et probablement les 60% par la suite), ce qui à l’époque représentait une performance médiocre. Gaines et ses concurrents maintenaient toutefois leurs titres de science-fiction grâce aux recettes générées par les revues horrifiques. Les événements engendrés par la publication du pamphlet anti-comics Seduction of the Innocent mettent alors un sérieux coup de frein aux comics d’horreur, sans lesquels les éditeurs concernés voient leurs ventes chuter dramatiquement. Par effet de domino, les comics de SF s’évanouissent temporairement.

Fin 1957, le lancement de Spoutnik 1 revigore l’intérêt du public pour la science et la science-fiction. Les éditeurs de DC Comics (alors appelé National Comics) y voient donc l’occasion de rouvrir la brèche qui avait si bien fonctionné au début de la décennie. Cette fois, cependant, leur tentative va s’appuyer sur l’idée qu’un héros récurrent aurait plus d’impact que les séries anthologiques (par ailleurs toujours en vente) Strange Adventures et Mystery in Space. Leur expérimentation, faisant écho à la vieille tradition des comics trips d’aventure spatiale, donne lieu à la création du personnage de Space Ranger (le nom n’est peut-être pas anodin), dans le 15e numéro de la revue Showcase, en août 1958. Le succès est immédiat, et permet au nouveau héros de continuer l’aventure jusqu’en 1965. Dans le même temps, la fièvre SF envahissant l’Amérique poursuit son chemin dans les pages des strips et des comics. Jack Kirby, dont l’œuvre sera très empreinte de cet héritage, collabore avec le scénariste Dave Wood au strip Sky Masters of the Space Force, une aventure spatiale riche en action, malheureusement annulée suite à des différents juridiques.

Les années 1960 sont dominées par les super-héros urbains de la Marvel et les créations de Jack Kirby et Steve Ditko viennent propulser le Silver Age naissant vers des stratosphères qu’on ne croyait plus possibles. C’est donc tout logiquement que l’ancêtre le plus direct des Gardiens se révèle être un groupe de super-héros futuristes, venant cette fois de l’écurie DC : la Légion des Super-héros, un groupe d’adolescents aux superpouvoirs, tout droit venus du 30e siècle, et apparus dans Adventure Comics #247 (avril 1958). Leur popularité leur permet de traverser les années 1960 avec panache, du moins jusqu’à leur relative disparition à l’aube des années 70. Il s’agit sans doute de l’itération la plus proche des futurs gardiens, à ceci près que tous les membres de la légion sont adolescents et que leurs aventures reflètent souvent des problématiques en lien avec les soucis de leur lectorat (leur première aventure revient à venir trouver Superboy pour… lui faire passer un examen d’entrée). Le ton des aventures de la Légion est principalement mélodramatique, et s’articule surtout autour d’une dynamique de groupe basée sur les relations entre membres. Il ne s’agit néanmoins pas vraiment d’une série toute en continuité, le précepte de réinitialisation d’Humberto Eco étant globalement respecté, à quelques exceptions près. En effet, bien qu’aucune histoire d’ampleur ne prenne place dans les pages de la Légion, les scénaristes en charge du titre s’amusent sporadiquement à tuer l’un des personnages, tentant ainsi d’apporter une certaine gravité à la série. Ceci étant, ces disparitions sont mises en scène aussi banalement que le reste des histoires, ce qui diminue grandement leur impact, sans compter le fait que les super-héros ne meurent jamais vraiment… (Lightning Lad se sacrifie en janvier 1963 mais renaît en septembre ; Triplicata est désintégrée en janvier 1966 mais, heureusement, il lui reste deux autres corps).

En 1969, alors que les membres de la Légion s’envolent des pages régulières d’Adventure Comics pour être reclassés au rang d’invités exceptionnels d’autres revues, Marvel suit, comme bien souvent, l’exemple de son aîné en modifiant légèrement la formule, pour créer Les Gardiens de la Galaxie dans Marvel Super-Heroes #18.

A suivre : Découvrir la Galaxie : les Gardiens du Cosmicverse

4 commentaires

Ajoutez un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée. Les champs marqués * sont obligatoires.