Article mis à jour avec la critique de l’épisode 5.

Ce 12 novembre, Disney a lancé son portail vidéo géant baptisé “Disney+” et dont le fer de lance n’est autre que la première série live dérivée de l’univers Star Wars.

Nous nous sommes demandés s’il fallait publier sur le sujet alors que l’offre ne sera disponible en France qu’en mars 2020. Mais au final, ça nous aurait paru hypocrite d’arriver au printemps avec un papier tout fait alors que tout le monde a déjà vu la série par ses propres moyens. Disney aurait dû trouver une solution pour que ses programmes originaux comme la série qui nous intéresse soient disponible mondialement dès leur lancement, de là à compléter leur offre par du fond de catalogue par la suite.

Les plus anciens qui lisent ces lignes se rappellent de 1999. Cette année-là, La Menace Fantôme sortait dans les salles de cinéma en mai aux USA, pendant l’été en Angleterre et seulement en octobre dans les salles françaises. Vingt ans plus tard, The Mandalorian est disponible sur Disney+ aux USA, au Canada et aux Pays Bas en attendant le reste du monde.

La série, supervisée par Jon Favreau qui en est également le scénariste principal, est la première incursion de Lucasfilm dans l’univers de la série live. George Lucas avait envisagé un projet baptisé Underworld et qui aurait pu inclure Boba Fett en 2005 mais le rachat de sa société par Disney en a décidé autrement. Peut-être que le Mandalorien en reprend des idées ? Le premier épisode réalisé par Dave Filoni y fait discrètement référence.

The Mandalorian est aussi la première histoire “live action” qui n’a aucun lien avec la saga Skywalker. Et elle cherche à s’en détacher le plus possible, commençant par un jingle sous forme d’une succession de casques colorés (Vador, Kylo, un pilote de X-Wing, le dôme de R2…) puis un logo “Star Wars” comme pour annoncer la franchise. Pas de texte déroulant ni de plan spatial comme sur grand écran.
Par ailleurs, la bande originale signée Ludwig Göransson (Creed, Black Panther) est la première à ne faire aucune référence aux thèmes de John Williams.

Le message est donc clair : on est face à de l’univers attendu, à du Star Wars “autrement” (celui que Rogue One n’a pas complétement réussi à être) mais qui n’est pas moins dépendant de l’univers mis en place.

 

Episode 1

Le premier épisode de la série nous plonge dans le vif du sujet : le personnage principal est, à l’instar de Boba Fett, un chasseur de prime. On le voit donc en terrain connu faire son boulot. Une scène de bar, une petite bagarre et voilà le Mandalorien en route pour livrer l’alien qu’il a capturé et récupérer l’argent. On découvre rapidement qu’il fait partie d’une organisation, et que ses missions sont définies par des règles bien précises (à l’instar et à moindre échelle d’un John Wick).

La mise en scène de Dave Filoni, qui se débrouille autant avec une caméra qu’avec des outils pour faire de l’animation, est efficace et la photo grisâtre de Greig Fraser fait lorgner la série du coté de Rogue One sur lequel il avait déjà travaillé. Le thème principal de Ludwig Göransson est, lui, efficace.
Pourtant, cette introduction n’est pas sans défaut. Malgré les moyens mis en place, les scènes manquent de figurants et paraissent vides, les arrières plans étant beaucoup trop statiques. Et l’alien capturé semble sorti des Gardiens de la Galaxie, jusque dans l’humour malvenu.

Mais The Mandalorian devient intéressant quand la quête principale est dévoilée. Favreau nous fait découvrir l’univers des habitants de Mandalore et, par petite touches, insère du mystère dans son récit avec de courts flashbacks et autres mentions à l’univers existant. Il cite le fameux Mythosaure, la créature dont le crâne deviendra l’emblème des Mandaloriens et les amateurs des séries animées seront ravis de voir de l’acier Beskar, travaillé en vrai par une forgeronne. Le réalisateur donne aussi ce qu’il faut d’humanité au personnage pour le détacher de la famille Fett.

On est à la fois devant du Star Wars classique mais aussi devant quelque chose de différent. Si le Star Wars de Lucas lorgne vers la fantasy la grosse fusillade de l’épisode est mise en scène comme un western avec le personnage porté par Pedro Pascal dans le rôle du pistolero. Et on prend du plaisir à découvrir un monde enfin éloigné d’un simple “Rébellion vs Empire” même si c’est encore à petite échelle.

Et puis l’épisode se termine sur un cliffhanger que personne n’a vu venir. Pas question ici de le spoiler mais la dernière scène bouscule (un peu, n’abusons pas) ce qu’on connaissait de l’univers en place.

The Mandalorian épisode 1 est un pilote efficace qui parvient en 40 petites minutes à poser des bases solides et à rendre intéressant un personnage dont on ne voit jamais le visage. A voir désormais comment la série de Jon Favreau va évoluer.

Episode 2

Ce second épisode, mis en scène par Rick Famuyiwa, montre le Mandalorien de retour à son vaisseau avec le MacGuffin de l’épisode précédent. Celui-ci s’est fait démanteler par une bande de jawas. Le Mando va tenter de récupérer ses pièces par la force pour ensuite accepter un deal avec la tribu en exil de Tatooine.

Muet dans la première partie de sa courte durée (seulement trente minutes), The Mandalorian confirme son statut : une série à l’ancienne, comme l’était Au Nom de la Loi avec Steve McQueen au début des années 60. Son intrigue est un chapitre dans ce qui sera une grande histoire mais peut totalement être regardé de manière indépendante, comme la petite aventure du moment d’un chasseur de prime. Mais l’influence de Jon Favreau ne s’arrête pas seulement aux séries westerns. Si George Lucas s’inspirait d’Akira Kurosawa et de la Forteresse Cachée pour les films originaux, le showrunner va puiser ses idées dans la saga Baby Cart de Kenji Misumi.

C’est une qualité comme un défaut : la petite échelle de l’intrigue fait qu’il y a vraiment peu de protagonistes (ici, seulement deux personnes hors Jawas) et qu’une sensation de vide perdure, et même si Rick Famuyiwa est un meilleur réalisateur que Dave Filoni sur le pilote.

La résolution de l’intrigue est évidente et confirme ce dont on se doutait depuis la fin du pilote. Reste désormais à voir où tout cela va nous conduire.

Episode 3

Après un second épisode faisant office de “filler” (qui remplit la saison mais n’a pas vraiment d’intérêt pour l’intrigue générale), la suite de l’aventure du Mandalorien se poursuit comme on l’imagine. Le héros retourne avec celui qu’il a capturé pour récupérer sa prime. Il en profite pour se faire fabriquer une nouvelle armure et nous pour en savoir plus sur son passé. Mais, surtout, il doit faire un choix – qui nous parait plus évident à nous qu’à lui. Partir avec le “bébé” qu’il a capturé et briser toutes les règles qu’il suivait ou s’en foutre et passer à autre chose ?

Peu de surprises tant on imaginait bien depuis la fin du premier épisode que l’histoire irait dans ce sens. D’avantage de développement de l’univers par contre. La guilde des chasseurs de prime fonctionne définitivement bien comme dans John Wick puisque tout le monde se met à poursuivre le Mandalorien. La mise en scène de Deborah Chow, première femme à réaliser du Star Wars, est plus efficace que celle de ses prédécesseurs et le nouveau thème de Ludwig Göransson dédié au “bébé” est bien plus subtil qu’il n’y parait.

On monte en qualité donc, mais aussi en background. Si vous n’avez jamais lu de romans de l’univers Star Wars ni vu de séries animées, votre connaissance des Mandaloriens se limite forcément à Jango et Boba Fett. Saviez-vous que dans un comic book ce dernier a survécu au Sarlacc grâce à son jetpack ? Ici, Favreau développe l’univers des Mandaloriens et évoque “une Grande Purge” à laquelle a manifestement survécu le héros si on en croit ses flashbacks. Si l’évènement est encore mystérieux, on peut compléter en disant que les Mandaloriens sont d’abord un ordre, répondant à des codes aussi bien militaires que culturels. La planète Mandalore, nommée en hommage au fondateur de l’ordre, n’est pas leur maison puisqu’ils sont nomades. La purge nous permet d’imaginer qu’ils ne sont vraiment plus nombreux et que les différents personnages aux casques reconnaissables de cet épisode sont parmi les derniers de l’ordre. L’évènement est-il lié à la Guerre des Clones ? Dans la série Clone Wars, on découvre qu’une partie dissidente de l’ordre, les Death Watch, s’allient à Darth Maul pour tenter de conquérir la planète.

Episode 4

Plus faible que l’épisode précédent, cette nouvelle aventure du Mando confirme ce qu’on pensait. La série est préparée comme une série à l’ancienne, comme l’étaient les séries du dimanche sur Disney Channel avec Zorro en tête de liste. Si vous vous attendiez à une histoire d’envergure, sorte de film géant de plusieurs heures il est peut-être temps d’arrêter les frais. Chaque vendredi, le Mandalorien va nous amener dans un nouveau contexte où le héros sans visage va résoudre un petit conflit pour passer à l’étape suivante, parfois avec l’aide d’un sidekick temporaire.

Cette fois-ci, le Mandalorien arrive donc sur une planète refuge où un petit groupe de paysans se fait menacer par des méchants possédant on ne sait comment un AT-ST. Après un moment de réflexion, il décide de les aider et même de les former au combat avec l’aide du personnage de Gina Carano, ancienne rebelle planquée dans ce petit havre de paix.

Un épisode sans surprise qui surprend par la gestion de son budget. Les décors paraissent ultra cheap (coucou Stargate) et en même temps les effets visuels sont toujours aussi impeccable. Peut-être aurait-il mieux valu diminuer le nombre de créatures numériques pour se focaliser sur des points plus essentiels ? Reste que Bryce Dallas Howard fait un boulot honorable de mise en scène. Soulignons notamment la bonne idée de faire de l’AT-ST un monstre mécanique aux yeux rouges (alors que dans le Retour du Jedi, ils n’étaient que de la tôle à Ewoks). Elle parvient aussi à transmettre au spectateur un semblant d’émotion, grâce aux (très nombreux) dialogues. Il y avait jusqu’à présent une distance par rapport au héros, pas aidé par son casque, qui commence enfin à se réduire.

Coté mythologie, la série fait référence à Star Wars Rebels avec un Loth Cat. Mais elle montre surtout que le Mando ignore l’importance de son bébé. On imaginait (là aussi) quelque chose de plus dense, qu’il chercherait à l’apporter à la Nouvelle République par exemple, mais il semble qu’il ne veuille le protéger que parce que c’est un bébé mignon.

Avec son intrigue timbre-poste, The Mandalorian est une série qui parait moins écrite que le travail animé de Dave Filoni. Pourtant, difficile de ne pas y voir un fort capital de sympathie. On continuera donc à suivre les petites aventures mignonnes et sans conséquences du Mando chaque vendredi, une petite friandise à l’opposé des grosses productions sérielles actuelles, mais qui n’en est pas moins déplaisante.

Episode 5

On sait désormais que l’épisode de la semaine du Mandalorien n’est qu’un gros bonbon destiné à apporter un peu de réconfort après une semaine difficile. Mais même avec cette donnée en tête, l’épisode 5 n’a pas grand chose à raconter.

Poursuivi par un énième chasseur de la guilde qu’il a trahi, le Mando doit poser le Razor Crest pour effectuer des réparations. Et comme il n’a pas assez d’argent pour financer les travaux, il accepte d’accompagner un chasseur de prime novice en mission. Ensemble, ils vont tenter de capturer une tireuse d’élite incarnée par Ming-Na Wen (Melinda May dans Agents of Shield).

Le seul intérêt réel de l’épisode est de revisiter un lieu culte de la saga mais là aussi le bat blesse puisque l’endroit en question n’a jamais paru aussi vide. Par ailleurs, l’intrigue du bébé passe cette fois au second plan. L’épisode écrit et mis en scène par Dave Filoni -qui n’est bon que quand on ne le laisse pas travailler seul- n’apporte donc rien de particulier à personne. Le 4e, “Sanctuary” avait au moins le mérite de montrer un Mando héroïque et des personnages secondaires intéressants.

Certaines scènes de “The Gunsliger” permettent de constater la technologie révolutionnaire utilisée par ILM.  Comme l’explique très bien cet article (en anglais), la série utilise une technique appelée “stagecraft”, à savoir que les acteurs sont filmés devant des écrans qui affichent les décors. Tout repose alors sur le fait que les décors numériques ou filmés au préalable évoluent automatiquement en fonction des mouvements de caméra. Si vous voulez tourner une scène dans le désert, il est désormais possible de le faire en n’envoyant pas toute l’équipe sur place mais seulement un cadreur qui prendra différents plans. Le reste est géré en intérieur sur les dits écrans permettant des délais courts et des budgets réduits. La technologie avait déjà partiellement été utilisée par James Cameron sur Avatar, elle est désormais améliorée.

Avec cette technologie, il est possible d’emmener le Mando n’importe où. A voir où le prochain épisode nous conduira. Et si les théories concernant le mystérieux personnage apparaissant à la fin de l’histoire sont vraies. Serait-ce Boba Fett ?

 

 

3 commentaires

  • Olivier mercredi 13 novembre 2019 15 h 09 min

    Dans les making of des 6 premiers épisodes des films, Lucas fait souvent référence aux “séries du samedi après-midi”, desquels il s’inspire…rien d’étonnant à ce que ce format convienne aux Star Wars (?)

  • Marc mercredi 13 novembre 2019 15 h 55 min

    Oui on est dans l’esprit de ce genre de série, autant dans le ton que dans la durée

  • JB mercredi 20 novembre 2019 0 h 12 min

    “Au nom de la loi”, ” Baby cart” , les séries du samedi…Wow ! ! Voilà qui fait envie !

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