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Looper : Rencontre avec Rian Johnson

On en parlait lors de la critique de Looper : à une époque où le cinéma américain n’est qu’adaptations et remakes, on se rejouit de voir un film réussi basé sur une idée originale.

Nous n’allions donc pas passer à coté de Rian Johnson de passage à Paris pour quelques interviews. Le réalisateur est venu évoquer son travail mais aussi Bruce Willis et Joseph Gordon-Levitt. Nous l’avons rencontré en compagnie d’une poignée de confrères pour lui poser quelques questions.
L’interview est sans spoilers sur l’intrigue, si ce n’est deux questions tout à la fin qu’on a masqué pour vous préserver la surprise. Il vous suffit de surligner le texte pour le découvrir si vous avez déjà vu le film.

Looper sort ce mercredi 31 octobre.

Quelles ont été vos influences pour Looper ?
Lorsque j’ai commencé à écrire le scénario, j’étais en train de lire tous les livres de Philippe K. Dick. L’influence majeure sur la partie “voyage temporel” a été Terminator, parce que Looper n’est pas un film sur le voyage temporel mais celui-ci sert à installer une situation, et Terminator faisait ça à merveille de se servir du voyage dans le temps pas comme une fin mais comme un moyen.

Comment vous ai venu l’idée de ce film, de ce scénario ?
J’ai commencé à écrire le script il y a environ 10 ans, donc je ne me souviens plus vraiment comment m’est venu cette idée. Mais je sais que ça a commencé avec cette idée d’une version plus jeune et plus vieille du même homme, se faisant face. Et le film est une façon d’explorer ça, ainsi que les sentiments humains tournant autour de ça. Le voyage temporel a toujours été l’idée principale du script. En fait, j’avais écrit ça comme un court métrage, le script faisait trois pages. La voix off du début du film est exactement celle qui était prévue dans le court métrage original.

Comment avez-vous eu l’idée de faire un film animé (en référence au trailer animé que vous pouvez voir ici, ndlr) ?
En fait, c’est quelque chose qui se fait de plus en plus régulièrement. Ca servait à montrer aux producteurs les idées du film ainsi que l’ambiance du script finalement un peu compliqué. C’était une façon de leur dire “vous pouvez le vendre comme ça au public”. J’ai trouvé ce trailer très bizarre, et je ne sais toujours pas si je l’aime. Mais il a aidé au film.

Vous avez réalisé des épisodes de séries télé, notamment Breaking Bad récemment. Est-ce une parenthèse dans votre carrière cinéma ou est-ce que ça a vraiment une place aussi importante qu’un film ? Est-ce qu’un jour, vous n’auriez pas envie de créer votre propre série télé ?
J’adore la télévision. Mais pour l’instant j’ai vraiment envie de me concentrer sur mes films. J’ai la chance de pouvoir réaliser mes propres scripts et c’est d’autant plus rare actuellement, donc je compte bien en profiter un maximum. Mais quand quelque chose se présente à nous comme Breaking Bad, on ne peut pas refuser.

Ca fait quand même quelques années qu’on a pas vu Bruce Willis et, franchement, ça fait plaisir. Il a accepté de bosser avec vous parce que c’était vous ou grâce au script ?
Je pense qu’il a surtout apprécié le script. C’était la première personne à qui on a envoyé le scénario et franchement, je n’avais pas beaucoup d’espoir. Je le lui ai envoyé en n’y croyant pas une seule seconde. Il a dit oui presque tout de suite. On a déjeuné ensemble et là, boum, il était en train de faire le film. Il n’a rien remis en cause l’histoire, n’a jamais dit “je ne veux pas qu’on me voit dans ce passage, c’est trop sombre”. Il a donné vie au personnage de A à Z et c’était vraiment génial.

Quand vous avez commencé à écrire le scénario, aviez-vous la fin en tête dès le début ou est-ce qu’elle vous est venu naturellement pendant l’écriture ?
La fin a toujours été celle-ci, même pour le scénario du court métrage, surtout cette idée d’un homme très égoïste qui fait un acte complètement désintéressé. Tout le reste, toutes les scènes qu’on a tourné, l’évolution des personnages, ont amené à cette fin, pour la rendre crédible. En fait, j’ai toujours eu très peur de la fin, puisqu’elle était un peu bancale. J’ai travaillé très dur pour que le public ressente ce que moi j’ai ressenti.

Brick était un film Noir. Comment est-ce que le genre influence sur votre cinéma ?
Le genre est avant tout un outil. On ne fait pas un film en prenant un genre par-ci, par là et en les imbriquant les uns dans les autres. C’est une émotion qu’on a d’abord envie de raconter et ensuite les différents genres viennent s’imbriquer eux-mêmes dans le film pour donner un tapis émotionnel qui va cristalliser ces différentes émotions. Le genre est un outil et pas une fin en soit.

On pense également beaucoup à John Ford dans votre film. Il vous a influencé ?
C’est vrai que dans la deuxième partie du film, ça se passe finalement comme dans un western, surtout grâce au personnage de Sarah (joué par Emily Blunt) alors que la première partie correspond plus à l’ambiguïté morale du film noir. Ici on est plus dans les valeurs du western. Mais la plus grande influence pour moi a surtout été le film de Peter Weir, Witness.  J’ai étudié ce film pour voir comment Peter Weir a réussi à mettre en place la tension à partir du moment où Harrison Ford arrive dans la ferme.

Dans les inspirations on sent également beaucoup de Stephen King, notamment sur ses livres pour enfants. Est-ce que c’est voulu ?
En fait pas vraiment, j’ai lu quelques Stephen King, dont le cycle de la Tour Sombre, et quelques autres mais pas tant que ça. La véritable influence d’un support pour “enfant” pour moi a été le travail de Katsuhiro Otomo avec Akira et Domu. Mais maintenant que vous le dites, j’ai dû voir quand j’étais plus jeune, Charlie (Firestarter en VO) une centaine de fois sur le câble. Ca m’a probablement influencé sans le vouloir !

Est-ce que vous aimez les séries télé SF, comme Doctor Who ?
J’étais juste en train de regarder Doctor Who dans ma chambre d’hôtel ! J’ai commencé avec la saison 5 et maintenant je re-regarde les premières saisons avec David Tennant. C’est vraiment génial, je suis accroc. C’est surtout dû au fait que je suis un grand fan de H2G2, le Guide du voyageur galactique. Je dois maintenant voir Firefly.

En plus d’être réalisateur vous êtes aussi monteur. Pourquoi ne pas avoir vous-même monté Looper ? C’est encore quelque chose qui vous intéresse ?
Je pensais que j’allais le monter. Mais mon producteur m’a persuadé de rencontrer un autre monteur. Finalement j’ai rencontré un excellent monteur, Bob Ducsay, avec qui ça s’est très bien passé. Mais à cause du timing de la post production très serré, j’ai donc dû monter en tournant, je voyais dans ma tête comment les plans allaient s’enchaîner. Ca vient probablement du fait que quand j’étais petit, je tournais des films et j’étais obligé de faire comme ça. Mais avoir une deuxième voix dans la salle de montage m’a beaucoup aidé.

Est-ce que Bruce Willis a été impliqué dans le jeu de Jospeh Gordon Levitt ?
Joseph a regardé ses films et l’a étudié de cette façon. Il n’a pas vraiment dit son mot sur son jeu. En revanche, il a enregistré les lignes de dialogue de Joseph pour qu’il sache comment lui il les prononcerait. Ce n’était pas une collaboration étroite, ça allait plus dans le sens Gordon Levitt – Willis que l’inverse.

[SPOILER – Surlignez pour la voir la question et la réponse]

Comment la notion d’abandon dans le film devient-elle un moteur pour les personnages ?

Beaucoup des personnages sont forgés en effet par cet abandon. Pour moi, je savais que Joe allait faire ce sacrifice pour que Sid ait une meilleure vie. Il fait ça non pas pour Sarah ni pour Joe mais pour Sid, il ne voulait pas qu’il soit abandonné, qu’il devienne quelqu’un de bien. C’est donc d’autant plus compliqué de jouer sur plusieurs panneaux autour de ce même thèmes, qui sert de justification.
[FIN DU SPOILER]

L’enfant qui joue Sid est simplement incroyable. Il vous a livré lui-même cette performance ou est-ce que c’est quelque chose que vous avez obtenu de lui en le filmant ?
C’était extraordinaire : avec des enfants, on doit généralement faire phrases par phrases. Pierce, lui, pouvait enchaîner un dialogue de trois pages sans s’arrêter. Il faisait ça 2-3 fois et voilà. On avait ce qu’il nous fallait pour le film. Il a beau avoir 5 ans, c’est un excellent acteur. Quand on tournait, il n’était pas juste là à réciter son texte, il regardait vraiment les autres acteurs et absorbait ce qu’ils disaient.

[SPOILER – surlignez pour voir]Il y a un côté très noir avec la relation du vieux Joe et des enfants. Ca n’a pas été un peu compliqué, pour une scène en particulier, le montage et la réalisation ?
J’ai pris ce passage vraiment très au sérieux et je voulais faire ça bien. Si le public pensait que je voulais juste les provoquer ou leur montrer quelque chose de choquant, il serait instantanément sorti du film, alors que je voulais justement que le public plonge encore plus dans le film. J’ai donc fait de mon mieux pour trouver le juste milieu. On a surtout joué avec les effets du son de l’arme à feu ou d’autres petits détails.
C’est drôle parce qu’un peu plus tôt dans la journée, un journaliste m’a demandé si j’avais hésité à montrer le garçon se faire tuer, et je me suis demandé si c’était quelque chose de culturel parce que c’est absolument inenvisageable aux Etats-Unis.

[FIN DE SPOILER]

En Chine, Looper a le droit à une version un peu plus longue notamment sur la partie qui se passe en Chine. Est-ce qu’on aura le droit à un director’s cut en DVD ?
Non, la version courte est mon Director’s cut, elle est bien meilleure que celle montrée en Chine. Je suis très content qu’ils puissent avoir ces scènes, ce sont des bonnes scènes. Si on a fait ça, c’est surtout pour remercier les distributeurs chinois qui nous ont permis de venir tourner cette séquence à Shanghai. Ils nous ont demandé s’ils pouvaient utiliser cette séquence et on a évidemment accepté.

Dernière question : quel est votre prochain projet ?
Je suis en train de travailler dessus, c’est encore un peu flou. Ce sera un film de science-fiction, mais très différent de Looper.

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