Nous avons vu The Raid au Jameson Film Festival de Dublin (voir la critique).

A l’issue de la projection, chaleureusement applaudie, le réalisateur Gareth Evans et le comédien spécialiste du silat Iko Uwais se sont prêtés au jeu des questions-réponses avec le public présent dans la salle. Ils reviennent sur la préparation du film, sur l’aspect violent des scènes d’actions et sur leur collaboration, entre autres.

Nous étions dans la salle…

Q : La première question qui nous vient à l’esprit est : comment un gallois se retrouve-t-il en Indonésie, à faire un film d’arts martiaux comme ça fait longtemps que nous n’en avons pas vu ?

Gareth Evans : Pour faire court, ma femme vient d’Indonésie. Sachant que je n’ai hélas pas fait le nécessaire pour me faire connaître au Royaume-Uni, j’ai trouvé, grâce à elle, une équipe pour réaliser là-bas un documentaire sur le Silat, l’art martial utilisé dans The Raid. Cela m’a permis de m’imprégner de la culture et des traditions du pays, ainsi que d’en apprendre beaucoup sur le Silat, et bien sûr de rencontrer cet incroyable petit gars qu’est Iko Uwais.

Q : En parlant d’Iko, vous avez tourné un autre film ensemble, Merantau. Comment le projet de faire The Raid ensemble est-il né ?

Gareth Evans : Nous voulions faire un deuxième film plus ambitieux et très différent dans la foulée de Merantau, seulement la situation économique indonésienne étant critique, nous n’avons pas pu trouver les fonds que nous recherchions. Chaque producteur que nous avons rencontré était prêt à investir une certaine somme d’argent à condition que cette somme corresponde à 50% du budget du film, et pas moins. Le problème, c’est que la somme qu’ils nous accordaient ne représentait au mieux que 20% du budget que nous espérions obtenir. Après un an et demi à essayer désespérément de réunir les fonds nécessaires à notre projet, on a préféré laisser tomber et nous avons entrepris de mener à terme The Raid, une autre idée que j’avais, et qui requérait un budget beaucoup moins conséquent. C’était donc notre projet de secours, notre plan B au cas où nous ne pourrions pas réaliser le premier.

Q : Votre budget est donc d’un million de dollars, et vous n’avez eu besoin que d’un seul lieu de tournage. Avec ça en mains, vous avez décidé de rentrer directement dans l’action, en accordant très peu de temps à la mise en place des éléments.

Gareth Evans : Dans Merantau, la première partie du film était consacrée à l’introduction de la culture et de cet art martial spécifique. Rétrospectivement, j’ai un peu l’impression d’avoir mis au défi la patience du public, et Iko ne se bat au final même pas 45 minutes dans film. C’est pour ça qu’on a choisi d’être plus direct avec The Raid.

Q : Iko, parlez-nous un peu du Silat. Combien de temps avez-vous pratiqué ce sport de combat ? Quelle a été votre implication réelle dans le film ?

Iko Uwais : J’apprends le Silat dans une école en Indonésie depuis 1993. Il n’y pas de différence majeure avec les autres arts martiaux, ils sont très proches les uns des autres. Il y a des différences de mouvements, bien sûr, mais ça ne va pas plus loin. Ceci dit, il existe aussi des différences mineures au sein de chaque art martial. Dans le film, je pratique le style de Silat Jawa, par opposition au style Tao. Quant au film, et bien il faut savoir que je suis un artiste martial avant tout, pas un acteur. C’est Gareth qui m’a aidé à jouer la comédie pour la caméra.

Q : Parlons un peu du tournage en lui-même. Quand on regarde le film, on imagine aisément que ça n’a pas été facile de tourner les scènes de combat. Comment avez-vous organisé les chorégraphies ? Est-ce tout préparé à l’avance ? Laissez-vous un peu de liberté aux acteurs ?

Gareth Evans : En fait, nous avons alloué trois mois en pré-production, Iko, Yayan Ruhian (ndlr : l’acteur jouant Mad Dog) et moi-même pour discuter de toutes les chorégraphies du film. J’ai commencé par leur donner une idée du lieu, de l’espace disponible, des situations, des adversaires, etc., pour ensuite leur permettre de concevoir les chorégraphies sur des tapis d’entraînement. Une fois qu’ils ont eu fini, je leur ai demandé de me montrer leur travail. De cette manière, on a pu tous ensemble réarranger les mouvements si besoin, et avoir une meilleure idée de l’évolution de chaque combat.
Ensuite, nous sommes allé sur le lieu de tournage et nous avons filmé toutes ces scènes plan par plan en adoptant les angles et mouvements de caméras finaux. Ceci nous a donc permis d’avoir une collection de dessins préparatoires sur vidéo, en quelque sorte, et nous avons pu montrer ça à toute l’équipe : les techniciens son et lumière, les cascadeurs, les maquilleurs, pour que tout le monde sache exactement où et quand chaque personnage meurt ou est blessé. Et pendant le tournage, on garde toujours un ordinateur portable à disposition pour garder une idée des plans qu’on veut obtenir. Ça fonctionne aussi en tant que filet de sécurité, au cas où nous ne puissions pas tourner une scène d’une certaine façon pour une raison ou pour une autre, on sait qu’on l’a déjà fait auparavant. Bien sûr, il arrive parfois qu’on ait besoin de tourner quelques plans supplémentaires.

Q : En moyenne de combien de prises avez-vous besoin pour boucler une chorégraphie ?

Gareth Evans : Ah… dans Merantau, vous vous souvenez peut-être de ce plan d’Iko qui dure une minute trente ? Cette scène a nécessité 56 prises. Je me suis juré de ne jamais refaire ça. C’est pourquoi je m’étais fixé l’objectif de boucler chaque plan en 5 à 10 prises maximum pour The Raid. Ça a plutôt bien fonctionné au début, jusqu’à ce qu’Iko se blesse au genou, nous forçant à tourner d’autres scènes pendant qu’il se reposait. Lorsqu’il est revenu, certaines scènes ont nécessité entre 35 et 40 prises. Durant les dernières semaines de tournage, je ne regardais même plus les cinq premières prises.

Q : Le film a fait quelques festivals, notamment Toronto et Sundance. Vous allez le présenter à Glasgow bientôt. Que pensez-vous de la réaction des spectateurs, et plus particulièrement de la réaction que vous avez reçue ici à Dublin ? Le public européen ne répond habituellement pas à un film en applaudissant toutes les dix minutes ou en se levant à la fin de la projection.

Gareth Evans : Oh, je pense que c’est génial que tant de gens apprécient la violence au cinéma ! J’aime voir que le public s’éclate en regardant mon film, ça me rassure sur ma propre santé mentale.

Q : À propos de la violence, comment choisissez-vous de la mettre en scène ?

Gareth Evans : Honnêtement, je ne pense pas que le film soit parmi les plus violents. Bien sûr, on voit des gens se faire égorger ou se faire tirer une balle en pleine tête, mais les plans ne durent pas longtemps, ça ne prend qu’une seconde. C’est un peu comme frapper quelqu’un dans l’estomac et s’enfuir en courant !

Q : Nous reconnaissons tous dans le film des éléments issus de l’héritage de gens comme Bruce Lee ou des frères Shaw. Quelle est votre influence personnelle, la plus importante pour vous ?

Gareth Evans : Sans conteste, ma plus grande influence a été John Woo. Selon moi, aucun film d’action n’a à ce jour surpassé À Toute Épreuve. Je pioche aussi chez des réalisateurs comme Takashi Miike ou Takeshi Kitano.

Q : Vous avez déjà vendu les droits du remake aux américains, remake sur lequel vous serez producteur exécutif.

Gareth Evans : C’est exact.

Q : Mais plus important encore, vous avez prévu de tourner deux suites à The Raid. Vous sentez-vous sous pression, ou obligé de quelque manière de vous surpasser, de faire un film encore plus épique, plus glorieux ?

Gareth Evans : Oui, la suite directe de The Raid n’est autre que le projet que nous voulions mettre sur pied à la base. Son succès devrait nous permettre d’obtenir l’argent avec lequel nous souhaitons travailler.

Quant à la pression, oui, un petit peu, mais je ne me fais pas trop de souci. Pour The Raid, nous étions très libre sur le plan créatif. Au milieu du tournage, j’ai appris que Momentum Pictures avait acheté les droits, donc mon esprit me répétait sans cesse que je travaillais pour leur fournir un produit distribuable, mais finalement cette inquiétude s’est dissipée

Q : Qu’est-ce qui vient en premier, l’histoire ou la conception des scènes d’action ?

Gareth Evans : Je passe pas mal de temps en amont à imaginer plusieurs situations dans lesquelles les personnages se trouveront. Ensuite, lors de la rédaction du script, je peaufine le tout en y ajoutant les dialogues, mais je sais exactement où l’histoire va aller avant d’en entamer l’écriture.

Q : Qu’attendez-vous du remake américain ?

Gareth Evans : Je pense que c’est tout à notre avantage. Je suis curieux de voir ce qu’un autre réalisateur fera du concept, qui est un concept basique du film d’action et dont la seule raison d’exister est d’être mis en images, de toutes façons. Et puis, ça peut donner l’envie à certains spectateurs ne connaissant pas l’original de regarder notre version.

Q : Si vous deviez choisir un réalisateur pour s’occuper du remake, qui choisiriez-vous ?

Gareth Evans : John Woo ! Qu’il me montre un peu comment travaillent les maîtres.

Q : Y a-t-il eu des blessures sur le tournage ?

Gareth Evans : Ah, moi ça allait, je manquais d’un peu de sommeil mais c’est tout ! En revanche, l’acteur passant par dessus le balcon et se cassant la colonne vertébrale a eu un accident. Il ne s’est pas réellement cassé la colonne, rassurez-vous ! En fait, la scène était divisée en trois plans. Le premier plan était constitué du saut, avec l’acteur attaché à des câbles. Les deux autres plans le montraient sur la balustrade, d’abord du côté de ses bras, puis de ses jambes. En théorie, tout devait bien se passer, mais lors du premier saut, les gars en charge de tirer les câbles ont fait preuve de zèle et l’ont tirer trop loin, le faisant entrer en collision avec le mur opposé. Ayant perdu leur équilibre, ils n’ont pas pu l’empêcher de tomber de cinq mètres de haut… à côté des tapis, directement sur le béton ! Je pensais sincèrement qu’il était mort, mais les médecins présents sur le tournage l’ont examiné et sa vie était hors de danger. Le type voulait retourner la scène immédiatement, mais nous l’avons envoyé à l’hôpital pendant quelques jours. Au final, il a bel et bien retourné la scène dès son retour sur le plateau.

Il y a eu un autre accident, avec le gangster qui se fait égorger par Iko . Théoriquement, le plan aurait dû être très facile, parce que la caméra se trouve sur son autre profil, donc Iko devait seulement pointer le couteau au dessus de son épaule, et la victime n’a qu’à balancer sa tête en arrière. Le problème, c’est que sa tête est partie sur le côté, entrant ainsi en contact avec le couteau. C’était une arme bois, mais ça peut toujours être dangereux. Je me souviens, en plein milieu du tournage, voir Iko poignarder son collègue en plein visage, puis le prendre dans ses bras. Je croyais qu’il l’avait éborgné ! Heureusement, l’acteur s’en est sorti avec une petite coupure en dessous de l’œil, rien de grave.

Q : Iko, comment le combat dans le couloir a-t-il été organisé ?

Iko Uwais : Nous avons beaucoup répété, évidemment, mais j’ai surtout travaillé avec mon collègue qui joue le policier blessé et que je dois aider à marcher. Il fallait qu’il connaisse les mouvements aussi bien que moi.

Gareth Evans : J’ajouterai que pendant les répétitions sur tapis, nous adaptions la largeur des tapis à la largeur du couloir. De fait, on pouvait voir sur un acteur allait trop loin et réajuster les chorégraphies en conséquence. On a aussi essayé de garder les plans le plus large possible pour une scène se déroulant dans un couloir.

Q : Vous allez être producteur exécutif sur le remake. Quel va être votre rôle, exactement ?

Gareth Evans : Le rôle de producteur exécutif est assez difficile à définir. Généralement, c’est quelqu’un qui aide à apporter des financements (ce que je ne fais pas), et qui a une certaine influence créative sur le film. Mon producteur exécutif pour The Raid était présent sur le tournage et m’aidait avec toutes les questions logistiques.

Q : Avez-vous prévu quelque chose pour les bonus du DVD ?

Gareth Evans : Nous avons déjà compilé des journaux de tournage que l’on rend disponibles tour à tour sur notre blog. Le DVD sortira le 18 mai au Royaume-Uni.

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