Célèbre poète et dramaturge espagnol, Federico García Lorca meurt en 1936, assassiné par les nationalistes pendant la guerre d’Espagne. Il ne finira jamais son roman, La Boule Noire. De cette oeuvre, il n’existe que le titre, les cinq premières pages, et le fait que le personnage soit ouvertement homosexuel, ce qui est une première pour le poète. C’est de combler ce vide que Los Javis (Javier Ambrossi et Javier Calvo, duo de réalisateurs espagnols adoubés par Almodovar et déjà responsables de la série La mesias) ont eu pour projet.
Si la tâche n’était pas suffisamment lourde, ils ont en parallèle de ça, et sur le même film, adapté une pièce de théâtre d’Alberto Conejero (qui co-scénarise d’ailleurs) relatant la relation entre García Lorca et le footballeur Rafael Rodríguez Rapún. Et comme si ça ne suffisait pas, ils lient ces 2 histoires par une troisième, contemporaine, où Alberto, apprenti dramaturge, essaie de découvrir ses secrets familiaux.

C’est donc sur trois temporalités que les réalisateurs espagnols se lancent pour une fresque épique, grandiose, baroque et un magnifique récit sur l’histoire de l’Espagne, les familles complexes et l’homosexualité. En presque 2h40, difficile de bouder son plaisir devant ce film intense à la mise en scène quasiment impeccable.
La scène d’intro donne rapidement le ton sur l’envergure de la chose et l’importance et la conscience de l’héritage de porter et à la fois García Lorca et à la fois leur pays sur les épaules. Une scène glaçante dont on ne révèlera rien mais qui montre la puissance de la réalisation, des décors, des acteurs et de la musicalité du montage.
Il faut dire que c’est le premier rôle de l’acteur principal, Guitarricadelafuente, musicien espagnol. Il incarne ici brillamment Sebastien, un soldat nationaliste qui tombera follement amoureux de Rafael Rodríguez Rapún. Même si on aura très rapidement une préférence pour la trame principale de 1937, le reste est tout aussi merveilleux.
N’étant pas connaisseurs de l’écriture de García Lorca, on ne pourra pas juger de l’écriture de son œuvre finale, néanmoins, il en résulte une poésie et une douceur rare, surtout sur les dernières minutes. Et parlons-en, de cette fin en triple climax, monumentale et sommet de baroque où les trois récits vont merveilleusement se mêler. Rajoutez à ça un petit rôle à Pénelope Cruz (écrit juste pour elle) avec un plan séquence formidable, des scènes de silence, de regard, de murmure d’un érotisme rare et d’une histoire familiale complexe et assez déchirante entre un fils et sa mère alcoolique et droguée, hantée par le passé de ses ancêtres.
La Bola Negra est donc un excellent film, il manquait assez peu de choses au final pour qu’il soit un grand film : peut être 20 ou 30 minutes en moins, pour en faire quelque chose d’encore plus intense, certains passages (l’apparition de Glenn Close et une quatrième temporalité, très légère elle, en noir et blanc) auraient pu être être enlevés pour alléger un peu le récit. Néanmoins, difficile de bouder son plaisir devant cette fresque réussie qui marquera, sans doute, l’histoire du cinéma espagnole.
La Bola Negra, de Javier Calvo et Javier Ambrossi – Sortie en salles prochainement

