Primal : Rencontre avec Genndy Tartakovsky et Scott Wills

Le premier est le papa de Samurai Jack, Sym Bionic Titan, le Laboratoire de Dexter et nous l’avons déjà croisé à plusieurs reprises. Le second est son directeur artistique depuis Clone Wars et responsable de décors magnifiques.

A l’occasion de la diffusion à Annecy du premier épisode de la série Primal (dont le teaser est ici) nous avons rencontré Genndy Tartakovsky et Scott Wills.

 

Comment est né Primal ?
Genndy Tartakovsky : J’ai eu cette idée il y a un moment : m’amuser avec un homme des cavernes sur un dinosaures. J’ai écrit plusieurs versions. La première, c’était un petit garçon de huit ans. Puis l’idée a évolué. Ma sensibilité a évolué avec mon âge.
Puis est arrivé Hotel Transylvanie 2. Faire un film est difficile, c’est tout un processus qui ne donne pas tant que ça l’opportunité de dessiner. J’ai alors vu le show  dans ma tête et j’ai commencé à le dessiner.
Je l’envisageais alors comme un court métrage, et j’en ai parlé à Scott Wills. A ce moment, je pensais que personne n’en voudrait parce qu’on voudrait. Mais finalement on fait dix épisodes sans le moindre dialogue. Et alors qu’on finissait Samurai Jack, Mike Lazzo, le patron d’Adult Swim est venu me demander quel était mon prochain projet. Je lui ai pitché le projet avec des storyboards, il a adoré. Et voilà !

Est-ce Samurai Jack avec des dinosaures ? C’est ce qu’on a pensé en voyant le teaser…
Scott Wills : C’est très différent de Samurai Jack. On s’est inspiré d’artistes comme Frank Frazetta et des gens qui illustrent de la fantasy, plutôt que de Mary Blair et d’artistes à la Disney. Puis on a trouvé un artiste formidable qui a fait les décors. Ca a donné un ton plus réel, plus organique. Le look est plus sérieux.

Genndy Tartakovsky : On fait les choses avec une certaine sensibilité qu’on retrouve dans Jack, Clone Wars et d’autres projets. Ici aussi. Il y a forcément des similitudes mais ça n’est pas Jack. C’est moins drôle, plus sombre [il hésite]. On a essayé de faire quelque chose de plus “pop”, une sorte de folie mêlant de l’action et des dinosaures.

Scott Wills : On a regardé du coté de Ralph Bakshi et ses Sorcières de la Guerre, de Metal Hurlant… Ce mélange de ton à la fois adulte et fun.

Dessiner des scènes d’action, c’est donc quelque chose qui vous manquait ?

Genndy Tartakovsky : Hotel Transylvannie, c’est très différent. Ce sont des images 3D et c’est très bien mais j’aime les dessins et l’animation traditionnelle. Dans mon coeur, je suis un animateur et j’essaye encore d’animer autant que je peux. Je suis dans la position de quelqu’un de chanceux, qui peut faire ce qu’il veut. Je peux aller voir Scott Wills et lui demander de peindre des folies préhistoriques. Je suis comme un gamin qui peut réaliser ce qu’il a envie de voir, et heureusement que d’autres ont envie de voir.

Scott Wills : L’ultime saison de Samurai Jack était bien plus intense. Genndy a fait attention aux réactions des gens vis à vis de ces scènes d’actions et des passages silencieux. Il n’y avait pas de dialogue, juste une interaction entre Jack et un loup. Ca a beaucoup inspiré Primal, qui reprendra ces moments muets.

Genndy Tartakovsky : Uniquement ces moments !

Kairos

Vous avez choisi un studio français, La Cachette, pour faire l’animation. Pourquoi eux ?

Genndy Tartakovsky : Le processus de faire une série pour la télé est compliqué. Je voulais trouver une solution pour qu’on soit plus présents à chaque étape de la production. La vieille pratique, c’est de tout [script, storyboards, décors…] mettre dans une boite, de l’envoyer à l’étranger, et cinq mois plus tard on recevait une série animée en couleurs toute faite. Forcément, on râlait parce qu’ils n’avait pas compris certains aspects, parce que d’autres pouvaient être améliorés…
Ici, on peut voir chaque étape du processus. Je peux voir les layouts par exemple, faire mes ajustements, sauver le fichier et le renvoyer. A l’époque du Laboratoire de Dexter, j’avais deux tables remplies de papier que je devais classer et organiser juste pour y mettre des noms. Aujourd’hui, on fait tout avec TVPaint, qui nous permet de réaliser une série animée sur deux continents.

Scott Wills : Avec des processus proches de ceux de l’animation pour le cinéma.

Genndy Tartakovsky : Quand à la manière dont je les ai trouvé… Je surveille les étudiants en animation et leurs films, j’ai un oeil sur les Gobelins. Je fais beaucoup de recherches et je me fait une petite liste de ceux que j’aime.
Je les avais donc repérés, j’ai vu qu’ils avaient ouvert un studio et réalisé Kairos, une petite bande-annonce pour la bande dessinée d’Ulysse Malassagne. Ils avaient aussi fait une séquence pour Mune. Ca me semblait bien pour mon projet qui, à l’époque, n’était qu’un court métrage. Je les ai donc appelé pour ça, en pensant qu’ils étaient trop petits pour faire une série entière. Ils ont donc fait le premier épisode, et c’était formidable, très différent de ce qu’on avait fait avant.
J’en ai donc parlé à mes boss et je les ai convaincu de dépenser un peu plus que prévu pour travailler avec un petit studio français. Et finalement on fait dix épisodes.

Dix épisodes. Mais vous avez en tête la possibilité de quelque chose de plus long ?

Genndy Tartakovsky : Oui. Il pourrait y avoir une seconde saison. La structure le permet.  En même temps, j’ai d’autres projets mais j’aime bien pouvoir alterner un film / une série.

On s’était déjà croisé et à l’époque nous avions parlé des épisodes perdus de Sym Bionic Titan, qui auraient pu finir sur une plate-forme de vidéo. Qu’en est-il aujourd’hui ?

Genndy Tartakovsky : Je ne pense pas que la fin soit jamais montré. Nous avons dix scripts mais les épisodes n’ont jamais été produits. Je ne veux pas dire “jamais” parce que parfois les choses bougent mais je pense que c’est trop tard. Et puis je crois que techniquement, parce que la série a été déclarée comme terminée vis à vis des impôts, on ne peut pas y revenir.

 

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