A l’occasion de la sortie en salles du Discours du Roi, nous avons été approché par l’Association Parole-Bégaiement qui soutient le film.
Après avoir vu le film, touché par la souffrance parfois immense du Roi George VI, j’ai voulu en savoir plus sur les causes, les traitements mais aussi sur la justesse de l’approche de Tom Moore et de Colin Firth.

J’ai donc posé quelques questions parfois un peu naïves pour mieux comprendre le bégaiement et je suis sûr que vous lirez d’autant plus les réponses quand vous aurez vu le film.

Voici cette interview un peu hors-norme. Un grand merci à Marie-Pierre Poulat.

Nait-on bègue ou le devient-on ? Dans le film, la jeunesse difficile du Roi est mise en cause (on le forçait à être droitier alors qu’il était gaucher, il avait les genoux caleux, etc)
On le devient mais ceci est influencé par un terrain de prédisposition. C’est-à-dire qu’il existe une faiblesse de ce côté-là (souvent familiale) mais il n’est pas possible actuellement de trouver une causalité au bégaiement ; on parle des facteurs prédisposants, déclenchants, favorisants et risquant d’entraîner une chronicisation. Les circonstances contraignantes de l’enfance dont vous parlez en font partie.

Dans le film, le Roi souffre énormément à chaque fois qu’il veut parler. On a l’impression que c’est à chaque fois une épreuve. Est-ce le cas chez un bègue ?
Le bégaiement est une souffrance, que celle-ci soit visible ou invisible. C’est un trouble cyclique où il peut y avoir alternance de parole fluide et de forts bégayages.

Et y a-t-il plusieurs “niveaux” quand on est bègue ?
Oui, il existe plusieurs formes de bégaiements ; certains surtout avec des manifestations de tensions, blocages, tremblements, etc. et d’autres plus masqués où la personne est plutôt évitante des mots, des situations ou des personnes. Tous avec des intensités variables.

Quels sont les traitements actuels efficaces ?
Toutes les approches globales de l’individu qui replacent le bégaiement dans son contexte relationnel. A bannir les traitements focalisés uniquement sur un aspect du problème

Est ce que les méthodes de Lionel Logue sont encore utilisées ?
Certaines oui, telles que l’exposition progressive, la relaxation, le travail corporel et phonatoire, l’affirmation de soi, la relation psychothérapeutique ou la technique des jurons ou équivalent – qui consiste à faire appel au langage automatique dont le message est dénué d’intentionnalité et sans élaboration linguistique.
Il parait que Tom Hooper, particulièrement soucieux de retranscrire les faits historiques avec la plus grande exactitude, a retrouvé le journal intime de l’orthophoniste et a ainsi découvert des informations sur la santé de George VI, son problème de diaphragme et le suivi de la thérapie…

Peut-on s’en remettre ou est-ce qu’on en garde toujours des traces ?
Cette question devrait plutôt être posée à une personne ayant bégayé [les commentaires sont à disposition de ceux qui souhaitent témoigner]. Je pense toutefois que ça dépend de la personnalité de chacun.

Si vous avez vu le film, qu’en avez-vous pensé ? Qu’avez vous pensé du traitement du sujet ? Et de l’interprétation de Colin Firth en particulier ?
Au fil des images l’évocation de la souffrance que ce trouble engendre se révèle d’une très grande qualité ; c’est fidèle au vécu des personnes bègues et le bégaiement n’est –pour une fois- pas présenté de façon caricaturale. Colin Firth fait une belle prestation où beaucoup de monde peut se reconnaître face à nos blocages ou complexes qui nous inhibent au quotidien, qu’il s’agisse de manque de confiance en soi, d’estime de soi ou autres.
C’est aussi un film émouvant qui prône des valeurs d’amitié, de dépassement de soi et de challenges, de confiance et de soutien.

Un mot sur votre association, ses actions et ce qu’on peut faire si on a envie de vous aider
Travaillant depuis bientôt 20 ans à modifier le regard habituellement porté sur la personne bègue, l’APB reconnaît dans le scenario de ce film une justesse de ton et une excellente image de la relation thérapeutique nécessaire au traitement du bégaiement.
L’APB, association internationale de plus de 800 membres, rassemble personnes bègues et thérapeutes : riche du vécu et de la compétence des uns et des autres. Pour en savoir plus et nous aider : http://www.begaiement.org/

6 commentaires

  • Olivier mardi 18 janvier 2011 23 h 51 min

    En tout cas merci encore à Cloneweb de s’intéresser à ce sujet. Encore bravo pour cette démarche surprenante

  • cloneweb mercredi 19 janvier 2011 9 h 16 min

    Je sais que c’est un peu particulier de parler de ça ici mais la souffrance de Colin Firth m’a touché dans le film, et je voulais savoir si c’était véridique ou caricatural.

    Maintenant, faut que le film sorte

  • Laurent mercredi 19 janvier 2011 14 h 25 min

    Merci Cloneweb de t’intéresser aux personnes qui bégaient. Nous attendons beaucoup de ce film pour mieux faire comprendre les impacts que le bégaiement peut avoir sur une vie. Et, pour la 1ère fois peut-être au cinéma, la personne bègue est un héros positif ! Comme Olivier, j’ai un blog sur le bégaiement et, pour compléter les infos que tu donnes, je me permets de mettre un lien sur un article expliquant aux “non-bègues” comment réagir face à une personne qui bégaie.
    http://goodbye-begaiement.blogspot.com/2011/01/comment-reagir-lorsque-vous-parlez-avec.html

  • Marc mercredi 19 janvier 2011 20 h 54 min

    Pas de soucis pour l’article.

    Y a une question en suspend dans l’interview : “peut-on s’en sortir ?”
    Si ça vous tente, les commentaires sont là et je ne doute pas qu’ils seront lus (je dis ça notamment pour Olivier qui “prépare des réponses” :P)

  • Patrick vendredi 21 janvier 2011 13 h 52 min

    Oui, on peut s’en sortir. En tout cas, je m’en suis sorti, et je propose à présent des solutions pour aider d’autres à s’en sortir (voir mon lien).

    Par contre, je pense qu’on en gardera toujours quelques traces.
    La question n’est pas de savoir si on peut devenir “parfait” (qui l’est ?), mais de savoir si on peut arriver à un stade où l’on sait gérer (tranquillement) ses éventuels petits accros, une fois qu’on s’en est “sorti”.

    Le but n’est pas d’oublier le passé et qui on a été, mais de se prendre en main, de s’améliorer, de se connaître et de savoir gérer ses propres difficultés.

    Je n’ai pas encore vu le film, mais ce que j’en lis est enthousiasmant. Merci pour ton article intéressant et cette interview très juste.

    Patrick

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