Sophie Chamoux, jeune actrice française dont nous avons déjà parlé, a bien voulu répondre à mes questions pour nous parler de son métier et du cinéma de genre français. Sur son CV, on croise déjà les noms de Jean-Claude Dreyfus, Julien Seri ou encore Liam Neeson…

Comment est ce que tout a démarré ? Est ce qu’il y a eu un déclic ?
J’ai commencé le théâtre quand j’avais neuf ans, à l’école. J’ai continué au collège, au lycée, en club d’impro. Ca m’a permis d’extérioriser un peu, moi qui était timide.
Le déclic, ca a été au collège. On est allé voir une pièce de théâtre, "Molière en pièces", et après on a rencontré le metteur en scène Léo Messe. C’est de cette rencontre que tout est parti. J’adorais déjà jouer, être sur scène et là je me suis dit "voilà c’est ça !". C’était le coup de foudre.

Du coup, ce n’est pas vraiment un film ou un acteur qui t’a donné envie ?
Non mais il y a des films que je regardais beaucoup étant petite : L’Histoire Sans Fin, Willow, Les Aventures du Baron de Munchausen. D’ailleurs les cassettes sont toutes abimées à force de tout le temps les regarder !

Qu’est ce que tu as fait comme études ?
D’abord une option Histoire des Arts au lycée, puis je suis allé à la fac d’arts spectacle pendant trois ans. A coté, j’ai fais le conservatoire de théâtre de Poitiers. Et maintenant, me voilà à Paris !

Tu as directement cherché des rôles, sans attendre d’avoir fait quelques études ?
Oui, parce que selon moi c’est sur le tas qu’on apprend le mieux. Quand j’étais à la fac, j’ai toujours essayé de participer à des courts métrages d’étudiants. J’en ai fait une dizaines de courts, et j’ai même créé ma troupe de théâtre et mis en scène deux pièces…

Qu’est ce qui t’a poussé vers cette mise en scène, de la Cantatrice Chauve puis de Nos Amis les Humains [adapté du livre de Bernard Werber] ?
J’ai travaillé comme assistante d’un metteur en scène, suite à une petite annonce, mais ça ne sait pas bien passé. Je me demandais ce que je faisais là. C’est ça qui m’a donné envie de le faire moi-même.
J’avais déjà une idée bien précise de la Cantatrice Chauve, donc je me suis lancée, j’ai créé mon association, La Compagnie de l’Absurde. C’était vraiment quelque chose que j’avais envie de faire.

Tu as travaillé dans les effets spéciaux, pour FX Studio. Est-ce que c’était dans une optique de voir d’autres facettes du métier ?
Ca s’est fait grâce à ma rencontre avec David Scherer. Le cinéma de genre m’attirais vraiment énormément et sous tous ses aspects. J’étais également intriguée par les effets spéciaux. C’est parti de là.
J’ai été formée aux SFX et je l’ai ensuite assisté entre autre pour le création de momies pour la série "Eternelle" de Didier Delaitre et pour les SFX de "Lady Blood" de Jean-Marc Vincent, film pour lequel j’étais présente en permanence sur le plateau de tournage. C’était vraiment passionnant ! Une expérience vraiment enrichissante..

Est ce que tout ça pourrait te conduire à encore d’autres aspects ? L’écriture ou la réalisation ?
Je suis en train d’écrire quelque chose que j’aimerai réaliser. Mais je ne veux pas en dire plus pour le moment, c’est encore une ébauche…

Quel a été le premier rôle marquant ?
Mon premier projet professionnel sans doute. J’ai eu un petit rôle dans la série de TF1 L’Hôpital. Ca m’a montré comment était un vrai tournage, comment ça se passait sur un plateau de professionnel. Mais je n’avais qu’un tout petit rôle d’infirmière avec quelques répliques.

Comment se passe ta recherche de rôle ? Beaucoup d’annonces de casting ?
Oui, c’est beaucoup d’annonces trouvées sur Internet. Mais ça part aussi de rencontres avec des gens. C’est important de voir comment les gens sont en vrais, pas se contenter du CV et de la photo. Mes rôles préférées, je les ai eu grâce à des rencontres.


Photo : Sébastien Jallot

Est-ce que tu choisis tes rôles ou est ce que quand on démarre on accepte un peu n’importe quoi ?
C’est vrai que je n’ai pas encore vraiment la possibilité de choisir. Mais je n’ai pas à me plaindre pour le moment, parce que je n’ai eu que des rôles intéressants, que ce soit pour des courts, pour la télé, ou pour le ciné. Je fonctionne aux coups de coeur, au feeling. Faut que le rôle et le personnage me parlent…

Du coup, qu’est ce qui fait que tu te retrouves dans des choses qui ont rien à voir comme d’un coté les films de genre et de l’autre des séries comme Vénus et Appolon ou Coeur Océan ?
J’aime beaucoup le cinéma de genre, mais je peux faire autre chose. Je fais en sorte de ressentir des affinités avec mes personnages, pour mieux les incarner. Je peux jouer beaucoup de choses.

Comment est ce que tu travailles ? A part apprendre le texte, que fais-tu d’autres pour être dans la peau d’un personnage ?
Déjà, j’ai la chance d’avoir une bonne mémoire, donc ça aide. Ensuite, j’échange beaucoup avec le réalisateur pour en savoir plus sur le personnage, sa manière de bouger, de se déplacer, ses tics. Il me donne des pistes et ensuite je me fais mon histoire dans ma tête.

Est-ce que ça fonctionne aussi avec des petits rôles sans texte comme ton rôle dans Taken [de Pierre Morel, avec Liam Neeson] ?
Pour Taken, on m’a dit un peu ce que je devais faire, notamment parce que je suis doublure de Maggie Grace sur une scène où on est toutes les deux. Liam Neeson cherche sa fille dans la maison à la porte rouge, il croit la voir mais à ce moment-là c’est moi. Quand Liam entre dans la pièce, c’est bien Maggie Grace puis la caméra revient sur Liam Neeson et la caméra repart. Là, c’est moi. Le personnage de Liam a donc le doute dans sa tête.

Parlons cinéma de genre. Pourquoi cette orientation vers un genre assez méconnu en France ?
C’est vraiment un style de film qui me parle. Moi ce qui m’intéresse, c’est de pouvoir jouer des émotions extrêmes qu’on ne vivrait pas dans la vie de tous les jours. Dans Roches Rouges, mon personnage voit sa meilleure amie se faire scalper. Jouer ça, trouver l’émotion adaptée à ce genre de situation très particulière, c’est un travail super intéressant. Trouver la bonne dose, la bonne manière de jouer ça sans surjouer… C’est plus difficile qu’une simple scène de dialogue et donc plus intéressant.


Photo publiée avec l’aimable autorisation de Rodolphe Bonnet

Qu’est ce qui est plus difficile à jouer ? Une scène de dialogues intimistes ou une scène où tu dois égorger quelqu’un ?
Le plus difficile, ce sont les scènes d”introduction, qui servent à la présentation des personnages. Mais je n’ai aucun soucis avec les scènes plus dures.

Est ce qu’il y a des choses que tu refuserais de faire sur un tournage ? Je pense à Morjana El Alaoui qui s’est fait raser le crâne dans Martyr(s)…
J’adorerai le faire pour un film ! Si ce qu’on me demande de faire est difficile mais sert le personnage, il n’y a aucun soucis. Si c’est gratuit, ça n’a aucun intérêt. Par exemple, montrer des seins pour en montrer, ça ne m’intéresse pas, mais si ça apporte quelque chose à l’histoire alors oui pourquoi pas… Contrairement à dans la vie, je ne suis pas pudique sur un plateau parce que ce n’est pas toi qu’on voit nu, c’est le personnage interprété. J’arrive à m’en détacher, et donc ce n’est pas grave. Et puis si l’équipe est pro, y a aucun soucis.

D’après toi qui trempe dans le milieu, pourquoi le cinéma de genre est si mal accueilli en France ?
Je pense que les gens ont des a prioris par rapport à ce genre de film, surtout s’il est français. J’ai déjà discuté avec des gens qui trouvaient que c’était de la pornographie, alors que ce n’est pas le cas. Tout est faux. Quand on voit quelqu’un se faire égorger, c’est faux. Je trouve intéressant d’ailleurs de reproduire artistiquement des choses pour que les spectateurs croient que c’est vrai. Cest un peu comme l’imagination des enfants qui jouent à la guerre. Les réalisateurs sont tous de grands enfants qui mettent en scène des choses fausses, tout en faisant ce qu’il faut pour que ça paraisse le plus vrai possible.

Pourquoi est ce que les films de genre français sont souvent si durs ? Je pense à A L’Intérieur, le film d’Alexandre Bustillo ou à une scène atroce de découpage de genoux dans la bande annonce de Lady Blood. Je n’ai d’ailleurs pas réussi à la voir en entier…
C’est bien que tu aies eu peur, c’est que nos effets spéciaux ont fonctionné ! Mais ce n’est pas spécifique à la France. Quand tu vois Hostel d’Eli Roth, on voit un tortionnaire s’en prendre à une malheureuse victime, il lui coupe les tendons d’achille. Je trouve qu’il y a des scènes dans ce film beaucoup plus violentes. Mais moi, sur Lady Blood, j’ai du mal à avoir du recul, parce que j’ai travaillé aux effets spéciaux, donc je sais comment ça se passe et je finis par être contente du résultat !

La manière de montrer les scènes violent y est pour beaucoup dans le malaise des gens, non ? Dans l’Armée des Morts de Snyder, on voit quand un mec se faire découper à la tronçonneuse et je trouve que ça passe mieux que dans Lady Blood…
Oui, les images prises séparément, comme dans la bande annonce de Lady Blood ont un effet particulier notamment parce qu’on a pas le contexte autour. Et dans l’Armée des Morts, c’est une fille qui se fait découper, dans le bus. C’est moins choquant là parce que l’ambiance est quand même plus fun. Et puis cette fille est montrée de telle manière qu’on finit par la détester et être bien content quand elle y passe !
Lady Blood est un film qui se veut beaucoup plus sombre et viscéral, très premier degrès, je pense qu’il dénotera un peu par rapport au style de "Baby Blood" d’Alain Robak.

Que penser des réalisateurs, comme Alexandre Aja, qui partent à l’étranger ?
S’ils partent aux USA, c’est qu’ils ont une raison. Les producteurs sont moins timides là bas et sont plus libres pour certaines choses, notamment pour financer des projets qui sortent de l’ordinaire.
Cela dit, les Américains ont des tabous particuliers… Dans La Colline A Des Yeux, une scène où on voit un sein d’Emilie de Ravin a été censurée avant le tournage alors qu’elle était envisagée. Par contre, quand on sort John Rambo où l’on voit des enfants se faire massacrer, ça choque presque moins que si on voyait des filles nues ou un sein en gros plan.

Parlons des projets sur lesquels tu as travaillé… Roches Rouges, de Rodolphe Bonnet par exemple. Comment t’es-tu retrouvé dans ce projet ?
Je venais de rencontrer David Scherer, avec qui j’ai travaillé sur des effets spéciaux. Il m’a parlé du réalisateur d’un survival qui cherchait encore des acteurs. J’ai alors reçu le scénario et je l’ai adoré, c’était typiquement le film que j’avais envie de tourner. J’ai donc passé le casting. Il fallait que je le fasse car je sentais la passion de Rodolphe, son envie de faire ce film. Le casting, c’était surtout de l’improvisation. Il voulait voir nos réactions sur certaines scènes.
Le film n’est pas encore prêt. Rodolphe y a passé beaucoup de temps, il est très perfectionniste. Il retravaille jusqu’à ce qu’il obtienne ce qu’il veut vraiment.

Et Howard ? Mêmes questions…
J’ai rencontré Thomas Lesourd, le créateur de la série, par un ami commun. Il m’a montré ce qu’il avait déjà tourné, et j’ai accroché. Ils n’ont pas de moyens, mais beaucoup de gens talentueux qui s’engagent sur le projet. Ils ont des décors géniaux comme une cimetière de bateaux, un sous-marin… !
J’ai tourné quatre épisodes et en juillet je tourne le 5e dans le sous-marin et une ancienne base militaire. Ils ont trouvé un sous-marin pour tourner l’histoire ! On fera aussi la post-synchro sur les épisodes, parce que ceux-ci sont tournés sans son.


Photos de Anthony Ceccarelli publiée avec l’aimable autorisation de Thomas Lesourd

On arrive à la fin. Tu peux me citer un acteur ou un réalisateur avec qui tu rêverais de tourner… Un nom un peu impossible et un autre faisable…
Je pars du principe que tout est possible et j’ai toujours voulu tourner dans un Tim Burton avec Johnny Depp… Une actrice française ? Je pense à Sylvie Testud, que j’aime vraiment beaucoup. Quand à un réalisateur français, je pensais à Julien Séri mais c’est déjà fait [dans l’épisode Légende de Sang, de la série Sable Noir] ou Alexandre Aja.

Tes projets ?
Le prochain épisode d’Howard cet été. Ce sera un épisode avec des Nazis réalisé par Michel Pagès. Je reprends le rôle d’Elisa, la jeune flic que j’ai déjà incarné. J’ai également un projet pour la télévision.

Tes derniers films vus ?
Phénomènes et L’Un Contre L’Autre, un film sur la violence conjugale où une femme bat son mari. J’ai aussi vu pas mal de films au festival de Cannes. Le plus marquant était sûrement Blindness [avec Julianne Moore et Danny Glover, sortie en octobre]. Dans le film, les gens deviennent aveugles les uns après les autres. Seule une femme garde la vue et aide les gens à s’en sortir. Ca m’a un peu fait penser à un film de zombies mais avec des humains…

Et qu’est ce que tu regardes d’autres ?
J’ai découvert récemment la série Dexter. Rien que le générique, et on sait que ça va être énorme…

Retrouvez Sophie sur son site Internet et sur Myspace.

 

 

9 commentaires

  • pagès michel dimanche 29 juin 2008 21 h 06 min

    C’est avec un grand plaisir que je viens d’achever la lecture de l’interview de Sophie, que je connais maintenant depuis un an. Nous avons notamment collaborer sur lady blood au côté de David scherrer. Je peux donc témoigner de son dynamisme, de son engagement, de sa capacité à se dépacer et ce pas uniquement en ce qui concerne l’actorat. J’ai eu le privilège de la voir jouer et je peux donc témoigner de son professionnalisme, de son perfectionnisme également. Son implication dans les projets est totale, lorsqu’elle prépare un rôle, elle ne laisse rien au hasard. L’intérêt qu’elle porte au cinéma de genre n’est pas motivé par un quelconque opportunisme, l’époque étant au grand retour des zombis et autres créatures, encore conspuées il y a peu, Sophie a la culture du genre. L’avenir, j’en suis sûr nous prouvera quelle est de l’étoffe des plus grandes et cette interview constituera alors un collector.

  • David Reyes mardi 1 juillet 2008 10 h 36 min

    Cette excellente interview montre bien que Sophie Chamoux va devenir à coup sûr une actrice qui va compter dans le cinéma français et international dans les années à venir. En plus d’être une personne hors du commun dans la vie, c’est une actrice dotée d’une implication totale et viscérale dans ce qu’elle fait, avec une réelle intelligence de jeu et une véritable aura qu’on ne trouve que rarement. Elle a ce truc en plus qui fait qu’elle va être eh haut de l’affiche plus vite qu’on ne le pense – et c’est bien tout le mal que je lui souhaite car elle le mérite assurément.

  • Pascal Lifschutz mercredi 2 juillet 2008 12 h 23 min

    bnjour sphie, on ne se connaîte pas mais je connais rodophe bonnet ainsi que michel Pagès je suis comédien, je m’appelle Pascal lifschutz, j’ai beaucoup aimé ton interview sophie, ton parcours ton engaement dans ces films de genre c’est courageux, tu as du talent! et je suis sûr que tu feras une grande et belle carrière, à bientôt peut -ête qui sait? bonne route!
    Pascal Lifschutz

  • Julie Arlot mercredi 2 juillet 2008 18 h 39 min

    Quelle belle interview ma Sophie chérie !!! Cela fait maintenant 8 ans que nous sommes amie et je suis très fière de toi ! Ce qu’il faut savoir sur Sophie c’est que ce n’est pas seulement une talentueuse actrice, c’est aussi une merveilleuse amie! C’est quelqu’un sur qui on peut compter dans les moments tristes comme dans les moments joyeux de la vie! Et surtout cette fille a ce grain de folie qui m’est chère… Souviens toi Sophie, à l’époque du lycée, nous deux qui arpentions les rues de Poitiers, avec un style ma foie, plutôt Matrix….
    Je sais que ce n’est que le début de ta carrière et que dans quelques années tu fera exploser le box office!
    Je t’adore et t’embrasse.
    PS : mange des pommes!

  • CloneWeb mercredi 2 juillet 2008 22 h 17 min

    J’ai fais suivre vos messages à l’intéressée, ça fait toujours plaisir de lire ça, même pour moi qui ne suit que l’interviewer. Merci à vous :)

  • charlene samedi 5 juillet 2008 20 h 38 min

    coucou sophie!
    je suis super contente que tu arrives a faire ce que tu souhaites… Cela fait maintenant bien longtps qu’on se connait mais bien longtps aussi que l’on ne s’est pas vu…Je te souhaite une bonne continuation pour la suite!!
    gros gros bizou!!

  • Steven Spielberg dimanche 6 juillet 2008 23 h 40 min

    Moi avouar envie de tourner many movies with this crazy girl !

  • Seb Jallot mardi 20 janvier 2009 17 h 04 min

    Merci pour le copyright sur la photo, tout le monde ne le fait pas, c’est appréciable ;-)
    Cdlt,
    SJ

  • rzzvmlr vendredi 3 août 2012 18 h 37 min

    gdeghn

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