Le NIFFF, c’est fini. Le festival a doublement récompensé Climax de Gaspar Noé du Prix H.R Giger du Meilleur Film et du Meliès d’Argent. Tout le palmarès est à lire ici.

On retiendra aussi le Prix du Meilleur Film Asiatique pour Bad Genius (voir notre vidéo). Le Prix du Public attribué à Kasane, adaptation du manga “La Voleuse de Visages” de Daruma Matsuura et actuellement en cours de parution. Le film, prévu au Japon pour septembre, était présenté en avant-première mondiale.

On évoque également le fameux Hotel Artemis de Drew Pearce avec Jodie Foster, Sterling K. Brown et Dave Bautista dont la sortie est prévue le 25 juillet prochain.

 

Hotel Artemis de Drew Pearce (Sortie le 25 juillet 2018)

Parmi les gros films de ce NIFFF, il y avait Hotel Artemis, le premier long-métrage de Drew Pearce, connu jusqu’ici pour avoir œuvrer sur les scénarios d’Iron Man 3, Mission Impossible Rogue Nation ou encore Seul sur Mars. Et le bonhomme souhaitait mettre en scène un hôtel secret dont les clients sont des criminels venant s’y faire soigner souvent en catastrophe par la tenancière de l’établissement, une infirmière vieillissante jouée par Jodie Foster. Un lieu propice à toutes les dérives, sauf que les règles imposées ont maitenu le calme et la sérénité en ces lieux depuis des décennies, jusqu’à un soir où tout bascule…

C’est toujours terrible de voir un scénariste passer derrière la caméra et se méprendre totalement sur l’écriture. La suspension d’incrédulité quant à la longévité de l’hôtel est pour ainsi dire inexistante tant tout arrive trop vite dans le film, la fameuse soirée catastrophique contenant tellement de conneries et de facilités, pour ne pas dire de trous béants dans la conception des lieux, qu’on se demande bien si le machin ne vient pas d’ouvrir. Exposant brièvement son histoire en oubliant de cimenter la crédibilité de l’ensemble, Pearce échoue sur tous les tableaux en voulant mettre en scène des gangsters et criminels bad-ass, qui ressemblent pourtant tous à des clichés sur pattes, reposant uniquement sur le charisme de leurs interprètes pour exister. Chaque dialogue semble vouloir enquiller de la réplique qui tabasse mais n’est pas Shane Black qui veut tant tout sonne forcé, mollasson et expédié, à l’image de la toile de fond du film, des émeutes mettant Los Angeles à feu et à sang, qui ne sont jamais vraiment exploitées.

Loin d’être une explosion réjouissante des règles en bonne et due forme comme avait pu l’être Smokin Aces de Carnahan, avec une situation qui ne demande qu’à partir en vrille, Hotel Artemis préfère s’intéresser au personnage de sa tenancière avec flash backs et tout le tintouin pour créer de l’émotion autour d’elle là où il aurait dû sans doute en faire un personnage mystérieux pour renforcer son drame.
Chiche en action, avec seulement quelques bastons filmées sans éclat ni brio en dernière partie de métrage, le film se paie le luxe d’aller à l’encontre de ses principes, notamment quand le personnage de Sterling Brown explique à celui de Dave Batista que le Diable se trouve dans les détails, tandis que le film voit un chrono de 5 min durer 3 à 4 fois plus longtemps en réalité…

Dépourvu de fun, poseur sans avoir de quoi se distinguer formellement et ne transformant aucune de ses velléités à l’écran, Hotel Artemis est donc un fantasme pulp totalement inabouti. On a presque l’impression de voir une bande dessinée portée telle quelle à l’écran, sans aucun travail d’adaptation. Manque de pot, on est ici au cinéma, et le résultat s’en trouve inconsistant au possible.

 

Blood Fest (2018) de Owen Egerton

Par Jean-Victor – Dans la sélection Ultra Movies qui règne en maître sur les séances de minuit, le public est toujours friand de pellicules bien bourrines qui tâchent sévèrement l’écran. Blood Fest avait donc tout pour plaire, avec son pitch d’adolescents fans d’horreur qui se rendent à un énorme festival célébrant le cinéma gore, pour mieux se rendre compte sur place qu’ils vont s’y faire massacrer par les icônes du genre !
Avec un budget modeste, il ne fallait pas s’attendre à voir débarquer de vrais boogeymans d’autres films, mais Owen Egerton s’éclate à rendre hommage au film de zombies, au torture porn ou aux vampires dans les différentes sections de son parc imaginaire, et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’ensemble dégueule d’amour pour le médium sans faire preuve d’une once de cynisme, avec même une envie de comprendre pourquoi l’horreur nous attire tant.

La fête aurait été belle pour de bon si le métrage était à la hauteur de ces ambitions, or c’est résolument un film pour ados. Traduisez : passé quelques jets de sang par-ci par-là, le massacre annoncé peine à vraiment s’incarner à l’écran, et on est loin de la boucherie vendue. Il suffit de voir une scène avec des demoiselles à demi nues et filmées de dos pour comprendre que le film s’est censuré tout seul pour accéder à un plus large public, ce qui donne des meurtres assez cliniques où le corps humain reste étonnement intègre malgré la tonne de tronçonneuses et d’armes blanches qu’on nous vend.
Beaucoup trop sage donc, même si la passion est là.

Par Clara – Projeté en première mondiale à SXSW, sympathique film méta débilos, Blood Fest est une comédie horrifique presque réussie. Piochant généreusement dans le bestiaire et dans l’imagerie classique du film d’horreur, on peut vous assurer qu’on n’est pas si loin d’un film efficace.

C’est l’histoire de Dax (interprété par Robbie Kay, dont on connaît surtout la mignonne petite tête pour la série Once Upon a Time), qui matait des films d’horreur avec sa maman quand il était petit. Et puis paf la maman, elle est brutalement assassinée par un mec masqué dans leur cuisine. Et c’est pas très gentil.

Une bonne grosse dizaine d’années plus tard, Dax est très fan de films qui font peur et n’attend qu’une chose : perdre sa virginité assister à une énorme convention destinée aux fans du genre : Blood Fest. SAUF QUE, son papa ne veut pas le laisser y assister. ALORS, comme une Cendrillon de l’hémoglobine, Dax fera le mur pour aller au bal. Le problème étant que ladite convention est en fait une giga boucherie POUR DE VRAI organisée par des grands malades (c’est pas un spoil, c’est dans la bande annonce).

Malheureusement, le film ne parvient pas totalement à tenir les promesses de ce pitch alléchant et en vrai, on s’ennuie un peu… Ça reste plutôt sympathique si on est avec des copains et pas en état de conduire, mais on ne peut s’empêcher de penser que ça aurait pu aller vraiment loin et offrir une sacrée tranche de rigolades aux cinéphiles déviants que nous sommes…

 

Time Share (2018) de Sebastian Hoffman

C’est l’été, l’occasion de partir vers des destinations exotiques pour se ressourcer en famille, se reposer, se retrouver… C’est le projet d’un jeune couple et de son petit garçon en tout cas, qui compte bien sur un énorme complexe hôtelier en bord de mer avec des villas et tout un tas d’animations pour se faire.
Manque de bol, la villa prévue a aussi été réservée par une autre famille suite à une erreur, et il va falloir partager, ce qui n’est pas du tout du goût de Monsieur vu que les autres gens ne viennent pas du même monde dirons-nous.

Comédie amère et acerbe sur les paradis artificiels et les divertissements désincarnés qu’on y vend, Time Share s’amuse surtout à voir comment l’humain s’y fourvoie totalement, cherchant coûte que coûte le bonheur, la joie et l’allégresse qu’on lui propose déjà emballée, marketée et prête à emporter.
Avec son personnage principal qui ne s’y laisse pas prendre et y pète un câble, en parallèle avec la vie misérable d’un employé de cette énorme corporation, on y ressent la pression sociale plein pot, amenée pernicieusement, petit à petit, avec pour unique but de mettre les gens dans les cases et de les contenter tels des moutons. Le rythme est plutôt lent, l’humour y va par petite touche, et Sebastian Hoffman signe un film grinçant, tel un Alex de la Iglesia en nettement moins hystérique.

 

The Man with the Magic Box (2017) de Bodo Kox

La Science-Fiction et l’anticipation ne sont pas seulement l’adage des gros budgets américains.

La Pologne aussi a le droit d’imaginer son futur et c’est ce qu’elle fait avec The Man With the Magic Box, où les gens oublient tout en un flash à la Men in Black, tandis que la culture semble réduite à sa plus simple expression, l’occasion pour un homme se replonger dans le passé grâce à une radio vintage qu’il garde jalousement chez lui.

Bien que certaines visions soient pertinentes quand à un futur où tout sera fait pour que l’individualité soit un concept des plus relatifs, cet essai porte pas mal de paradoxes en son sein pour être pleinement satisfaisant. D’un côté, on voit cet homme qui reprend le goût de la vie en dehors d’un environnement de travail ultra clinique grâce à la musique, mais d’un autre, le film est tartinée d’une bande originale quelconque, qui atténue terriblement la rareté et l’impact de la culture à chaque fois que la fameuse radio est allumée. Dans le même genre, l’histoire d’amour qui est censé être au cœur du film peine à émouvoir tant le récit part un peu dans tous les sens, toujours avec ce souci d’une mise en scène froide, et une narration trop fragmentée qui cherche plutôt à créer un puzzle pour le spectateur, bien trop occupé à remettre les morceaux dans l’ordre pour s’y impliquer pleinement.

 

The Changeover, de Miranda Harcourt et Stuart Mackenzie (2017)

Par Clara – Dans le cadre du cycle consacré cette année par le NIFFF au cinéma néo-zélandais (judicieusement intitulé « What we do in New Zealand », y’a une réf), l’heureux festivalier a pu découvrir tout plein de chouettes films, et notamment du young adult local avec des adolescentes sorcières.

Adapté d’un romain éponyme culte chez les kiwis, le film raconte comment une adolescente doit devenir une sorcière pour protéger son petit frère. Sauf qu’elle doit le protéger d’un sortilège qui lui fait faire des trucs vraiment dangereux et débiles du type mettre la main sur la plaque de cuisson. Et que le sortilège consiste à avoir un vieux monsieur flippant à l’intérieur de lui. Pas littéralement.

Ah, et bien sûr, il y’a une love story avec un mec riche et trop mystérieux qui tombe amoureux de l’héroïne pour zéro raison. Sinon ça manque dans le cahier des charges. Bref, c’est pas trop trop imaginatif. Aussitôt vu, aussitôt oublié, le film bénéficie quand même d’une bien jolie lumière, de quelques moments de grâce (notamment une scène dans une piscine la nuit et des jeunes gens tout habillés). A noter également un casting New-Zealand all stars, avec Melanie Lynskey (Heavently Creatures) et Lucy Lawless (Xena la Guerrière).

En résumé, film sans grands enjeux mais pas désagréable en cas d’insomnie pendant la canicule.

 

Kasane, de Yuichi Sato (2018)

Par Clara – En première MONDIALE au NIFFF cette année, Kasane est l’adaptation d’un manga best-seller au Japon, dans lequel une petite fille hérite de sa mère, vedette absolue du théâtre nippon, d’un rouge à lèvre qui lui permet d’échanger de visage avec une personne qu’elle embrasse.

Sauf qu’à la suite d’une accident, cette petite fille va se retrouver défigurée et va grandir avec une confiance en elle et un swag assez limité voire franchement déficient. Jusqu’au jour où elle rencontre l’agent de feu sa maman la tragédienne superstar. Celui-ci lui propose un pacte faustien de la génération instagram : bécoter une actrice médiocre très très jolie pour prendre sa place et utiliser son immense talent génétique pour les planches (ça fonctionne comme ça, c’est bien connu) pour lui faire atteindre la gloire.

Bien plus subtil et malsain que son pitch de base, le film réussi à brouiller l’empathie du spectateur dans une ritournelle qui fout le vertige et questionne une morale trop évidente. S’y ajoute des scènes de théâtre démentes et une direction artistiques 5 étoiles, pour donner un franche réussite, peut-être même le film préféré de votre rédactrice pour ce festival. Une vraie surprise.

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