La journée de mercredi au festival du film fantastique de Neuchâtel était placée sous le signe du cinéma asiatique

Du trip délirant philippin, un film bollywodien mettant en scène une mouche (si si) et une comédie romantique coréenne étaient au programme. Mais Arkaron et Jean-Victor ont surtout vu Blind Detective de Johnnie To (The Mission, Election 1 & 2) ainsi que l’indispensable HK Forbidden Super Hero, un truc complétement barré dans lequel le (super) héros utilise ses parties intimes pour se battre. On ne peut que vous recommander la bande annonce qui accompagne la mini-critique.

Demain sera forcément un peu plus sérieux.

 

Tiktik : The Aswang Chronicles
de Erik Matti (2012)

Certaines carrières possèdent de sacrés surprises. Il semblait donc impossible pour nous de voir Erik Matti, réalisateur philippin qui présentait il y a peu le très sérieux On The Job au festival de Cannes, livrer un truc comme ce Tiktik. Plus gros budget de l’histoire aux Philippines, tourné entièrement en studio sur fonds verts, Tiktik s’inspire d’une légende typique locale à base de créatures oscillant entre le vampire et le loup-garou dont le but dans la vie est d’aller bouffer le nouveau né dans le ventre des mamans. Tout ça au service d’un nanar donc chaque effet numérique tâche l’écran et qui repose sur une histoire d’amour un peu maigre en guise de moteur à enjeux pas super trépidant.
Le folklore de la chose peut en faire une curiosité amusante, mais la rythmique humoristique très poussive assomme un peu dans sa volonté à marteler chacune de ses blagues, chacune d’elles ayant été usée jusqu’à la moelle dans le genre. C’est objectivement pas très bon, mais pour les amateurs de déviances un peu grasses du bide, ça vous titillera gentiment.

 

HK Forbidden Super Hero
de Yûichi Fukuda (2013)

L’affiche de HK avait fait sensation au marché du film à Cannes et comment aurait-il pu en être autrement avec son super héros vêtu d’un string extensible facon Borat et d’une petite culotte sur la tête ? Adapté d’un manga japonais qui a marqué son temps, cette adaptation du « Hentai Kamen » a vu le jour dans des circonstances particulières : le réalisateur a lancé le pari de faire le film lors d’une soirée bien arrosée et des producteurs de films érotiques ont accepté, tout inhibés qu’ils étaient.
Une opération finalement sensée puisque le film a remporté 100 fois sa mise de départ, et a fait le bonheur des spectateurs du NIFFF, pour l’une des séances les plus mémorables de cette édition.
Il faut dire que tout y passe, entre la genèse des parents sado-masos, le logo Marvel Studios plagié tout comme le générique et certaines scènes entières du Spider-Man de Sam Raimi, ou tout simplement le héros dont les pouvoirs proviennent de culottes usagées. Mais le plus beau dans cette histoire, c’est l’arme principale du « Pervers masqué » : ses couilles !
Et il en fait des choses avec ses attributs, qui lui permettent de combattre, d’hypnotiser et de lutter face à des méchants tout aussi tarés que lui, dont un nemesis final offrant un grand moment de cinéma qui n’est autre qu’un combat de testicules ! Ados frustrés, idées schtarbées et codes du film de super héros respectés, tels sont les ingrédients de ce cocktail explosif, résolument fendard, et forcément bien fourni.

 

Blind Detective
de Johnnie To

Après quelques films à l’atmosphère pesante et au ton sérieux, Johnnie To nous revient comédie au poing.
L’intrigue suit un inspecteur chevronné ayant perdu la vue et devant collaborer avec une jeune flic pour résoudre des affaires anciennes. Le concept est simple, mais son traitement reste efficace sur l’ensemble du film. La réussite tient surtout de la maestria de To, qui réalise ses scènes de manière carrée et dynamique, plutôt que le scénario, qui sacrifie souvent la vraisemblance sur l’hôtel du burlesque dévastateur. Les rires s’enchainent donc assez régulièrement, non sans développer des protagonistes attachants. Petit bémol, certaines séquences tournent à l’hystérie bruyante et mériteraient d’être coupées. Mais ne boudons pas notre plaisir : Blind Detective est une comédie distrayante jouissant d’une cinématographie élaborée.

 

Eega
de Rajamouli et Sathyanarayana

Très rapidement, car Jean-Victor l’avait dèjà vu : Eega est un film bollywoodien barré mettant en scène une mouche à merde souhaitant prendre sa revanche sur l’homme qui l’a tuée dans son ancienne incarnation. Un concept inhabituel donc, qui tient jusqu’au bout et multiplie les idées de réalisation démentielles. Un trip hilarant et incontournable.

 

How To Use Guys With Secret Tips
de Wonsuk Lee

Comédie romantique défonçant toutes les facilités d’écriture qui gangrennent actuellement le genre ailleurs dans le monde, How To Use Guys se concentre sur une jeune assistante réalisatrice malheureuse qui fait l’acquisition d’un kit vidéo de conseils lui apprenant à manipuler les hommes. Slalomant habillement entre les défauts habituels de la rom-com, le film évite les personnages purement fonctionnels pour développer des protagonistes multidimensionnels et attachants, qui agissent enfin comme des humains et non comme des artifices emplis de pathos. La mise en scène est déchainée, jouant intelligemment sur la perception du spectateur pour créer un univers crédible malgré son acceptabilité d’éléments « fantastiques » qui servent en réalité d’allégories. Le potentiel du médium cinématographique est pleinement exploité et propulse le film parmi les comédies les plus inventives. Lorsque les rires cessent, c’est l’émotion qui la supplante, au travers d’une poignée de scènes touchantes et ne cédant jamais aux facilités. Certains regretteront un dernier tiers un peu longuet, qui échoue à maintenir ce rythme fou jusqu’au générique, mais l’honnêteté de l’entreprise et l’énergie communicative du film en font l’un des meilleurs du festival et surtout l’une des dix meilleures comédies romantiques jamais produites. A ne pas manquer.

 

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