6e jour à l’Etrange Festival. Encore 4 films et même pas fatigué.

Au programme de mercredi 12 septembre 4 films très différents : Room 231, un documentaire sur Shining de Kubrik, le film espagnol Insensibles qui arrivera dans les salles le 10 octobre prochain ainsi qu’un film indien bourré d’effets spéciaux et un film extrême aux images chocs. Le grand écart en quelques sortes.

Le prochain récapitulatif sera à ne pas manquer puisque Jean-Victor vous parlera d’un des meilleurs films de l’année : l’incroyable (et je pèse mes mots) Samsara.

 

 

Room 237 (2012)
Réalisé par Rodney Ascher
Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur Shining sans jamais oser le demander : secrets, fantasmes édifiants, réinterprétations et autres théories magiques, en direct du Redrum.

Ce documentaire sur le mythique Shining de Stanley Kubrick s’amuse à interviewer divers « spécialistes » pour mieux décrypter les secrets les plus obscurs du film, ces thématiques sous-jacentes, et ses détails de mise en scène les plus perturbants. Si l’exercice ne manque pas de tomber dans quelques interprétations fumeuses, avec notamment la présence hypothétique du visage de Kubrick dans un nuage au début du film, certaines démonstrations sont éloquentes, dont un visionnage de certaines scènes du film avec celui ci repassé à l’envers en surimpression, donnant lieu à des superpositions de plans beaucoup trop fortes pour être le fruit du hasard. Pour les passionnés, voilà un film qui ne manque pas de s’avérer aussi ludique que curieux.

 

Eega (2012)
Réalisé par SS Rajamouli
Assassiné pour avoir désiré une femme convoitée, Nani se réincarne en mouche et décide de se venger de celui qui a provoqué sa perte en commettant des meurtres de sang-froid.

L’édition précédente, le cinéma Indien avait fait une entrée perçante à l’Etrange avec le méga blockbuster Endhiran, dont les délires bollywoodiens extrêmes provoquèrent une certaine hallucination enjouée chez nous. Rebelote cette année avec Eega, dont l’histoire est pour le moins étonnante : éperdument amoureux d’une jolie demoiselle, un homme se fait assassiné par un riche patron convoitant la même personne. Se réincarnant alors en mouche, notre héros décide de se venger. Une tournure de scénario arrivant après une heure de film typique de ce genre de productions, avec comédie musicale et sentiments surjoués, et qui marque un tournant dans le ton d’un film devenant une comédie ultra inventive. Comment tuer un homme quand on est une simple mouche, voilà tout le dilemme sur lequel va tourner Eega, qui multiplie les situations inventives et rigolotes, parvenant à renouer son concept et ses enjeux constamment sans manquer de folie. Ca a beau durer 2h30, la chose passe comme une lettre à la poste, et on en redemande à la sortie de la salle !

 

Insensibles (2012)
Réalisé par Juan Carlos Medina
À la veille de la guerre civile espagnole, un groupe d’enfants insensibles à la douleur est interné dans un hôpital au coeur des Pyrénées. De nos jours, David Martel, brillant neurochirurgien, doit retrouver ses parents biologiques pour procéder à une greffe indispensable à sa survie. Dans cette quête vitale, il va ranimer les fantômes de son pays et se confronter au funeste destin des enfants insensibles.

Pour présenter Insensibles, le président du festival n’y a pas été de main morte : «Je vais le dire comme je le pense, c’est le meilleur film de l’année. » Ca met quelque peu la pression, vous en conviendrez. Ca le fait d’autant moins que nous n’avons pas été réellement conquis par ce premier film dont la narration alterne entre l’histoire d’un homme se découvrant un cancer après un accident de voiture et celle d’un village durant la seconde guerre mondiale découvrant une maladie à ses enfants, tous insensibles à la douleur. Ce va-et-vient constant, dont on devine aisément les connexions, rend difficile le rapprochement à un personnage en particulier et malgré une idée de base originale et une réalisation soignée, le film ne va pas en s’améliorant tant il finit par tomber dans un fantastique qui jure trop avec le réalisme ambiant pour qu’on y adhère pleinement. Alors certes, pour un premier film de surcroit, il n’y a formellement rien à redire, mais on aurait aimé un scénario plus subtil et mieux dosé.

 

Subconscious Cruelty (2000)
Réalisé par Karim Hussain
Trois histoires en une : un jeune homme obsédé par sa soeur enceinte imagine qu’il la viole puis qu’il tue son bébé naissant. Dans un champ, des hippies se livrent à d’étranges ébats sexuels. Un homme d’affaires se pose des questions existentielles en visionnant des films pornographiques.

Karim Hussain est un artiste pour le moins occupé. Sa carrière ne se limitant pas à la réalisation, vous avez pu observer son travail en tant que directeur de la photo sur Territoires, Hobo with a Shotgun ou prochainement Antiviral du fiston Cronenberg. Avec Subconscious Cruelty, son but était de mettre sous forme de film toutes ses idées les plus malsaines, voir jusqu’où il pouvait pousser la violence et l’horreur, comme pour s’en débarrasser une bonne fois pour toutes. Le résultat est littéralement hardcore et se pose sans mal comme la chose la plus extrême que nous ayons vu non seulement à l’Etrange (un Serbian Film ne faisant pas le poids une seconde) et parmi les plus trashs de notre carrière de cinéphile. On y voit plusieurs courts métrages dont un avec un homme rêvant de violer et d’éventrer sa sœur enceinte, ou un autre durant lequel un individu en pleine affaire devant un porno commence à s’imaginer des images terribles comme un christ éventré par trois femmes en furie qui lui font manger sa chair ou se touchent avec ses intestins. Autant dire que les âmes sensibles peuvent s’abstenir, Subconscious Cruelty faisant partie de ses œuvres mettant au défi le spectateur et travaillant sa fascination pour les images chocs, sa capacité à encaisser, sa volonté de vivre des expériences sans commune mesure. N’ayant rien perdu de sa puissance, le film de Karim Hussain est à réserver aux âmes averties et loin, très très loin d’être sensibles.

 

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