Les manifestations sur Paris nous ont forcées à raccourcir notre planning au PIFFF. Ca n’a pas empêché le festival de faire salle comble et de se terminer en multi-récompensant Freaks de Zach Lipovsky & Adam B. Stein. Le film, dont nous vous parlons ci-dessous, est reparti avec l’Oeil d’Or, le Prix des Lecteurs de Mad Movies et le Prix Ciné+Frisson.

Parmi les films diffusés pendant ce long week-end, nous avions déjà eu l’occasion de voir Piercing et L’Homme qui rétrécit mais aussi What Keeps You Alive, tous trois diffusés à Neuchatel cet été.

 

Freaks (2018) de Zach Lipovsky & Adam B. Stein

Zach Lipovsky & Adam B. Stein sont des réalisateurs qui ont fait le bout de chemin dans la production télévisuelle américaine et sur des commandes de genre peu reluisantes comme l’adaptation du jeu vidéo Dead Rising ou Leprechaun Origins. Ça ne fait pas tellement rêver, sauf que les bougres ont décidé de sauter le pas et de mettre en scène leur projet personnel, avec un casting porté par Emile Hirsch, Bruce Dern et surtout la jeune actrice Lexy Kolkler, âgée de 9 ans !
Et si ce Freaks a été monté en indépendant et non sans mal, cela se sent puisque c’est un huit-clos, dans lequel un père et sa fille vivent reclus dans leur maison, en s’interdisant strictement de sortir.
L’éducation stricte, fermée et paranoïaque du père commence à taper sur le système de la gamine qui se demande bien ce que peut cacher de si terrible le monde extérieur, et le spectateur aussi…
Freaks est l’archétype du film qui tente d’en montrer le moins possible sur la plus grande durée, par économie de moyen d’abord et par conséquent comme moteur narratif.
Tout repose sur un mystère initial qui va décanter petit à petit, même s’il faut bien admettre qu’il n’y a là rien de particulièrement surprenant tant on devine assez facilement le genre que le film va revisiter à sa façon. Et d’ailleurs, là où pas mal de cinéastes se seraient arrêtés à la révélation, Freaks tire son épingle du jeu en explorant son univers une fois celui-ci posé, et en tentant de l’étendre pour amener son histoire à terme. On n’en dira pas trop pour préserver la surprise mais l’effort est louable, même s’il repose sur des ficelles assez énormes, le scénario ne posant pas tellement de règles pour l’évolution de son concept et arrangeant celui-ci pour le bon déroulé du film pourvu qu’on ne se pose pas trop de questions. Cela étant, les réalisateurs visent l’émotion entre ce père et sa fille qu’ils ne perdent jamais de vue, et l’interprétation de Lexy Kolker va dans ce sens, tant cette petite tête blonde impressionne déjà par le charisme qu’elle dégage à l’écran.
On espère donc que le film trouvera son public, et que le duo de cinéastes continuera dans cette lancée, même si leur prochain projet d’adaptation live de Kim Possible laisse planer beaucoup de doutes…

 

The Unthinkable, de Crazy Pictures – Sortie française en avril 2019

Crazy Pictures, c’est le nom d’un collectif artistique suédois qui s’est fait connaître sur le net avec tout un tas de court-métrages leur permettant de se faire la main et de monter en galons, pour travailler rapidement dans la pub et les clips vidéos. Mais leur ambition ne s’arrête pas là, et pour passer au long-métrage, le projet était aussi simple que complexe : réaliser le premier blockbuster venu de Suède ! Après une campagne de financement participatif réussie, les 5 amis d’enfance à la tête de cette folle entreprise bénéficièrent d’un budget d’1,800,000 euros, pour conter l’histoire d’un jeune homme qui va devoir renouer avec son enfance difficile et sa famille éclatée alors que la Suède tombe en plein apocalypse. Débutant donc comme une chronique intime et un drame familial, The Unthinkable glisse vers le film catastrophe, le thriller paranoïaque et le chaos. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ça marche !
En brouillant les repères narratifs pour donner le moins d’infos sur les origines des méfaits, le film se fait ultra immersif et perd le spectateur avec le personnage pour faire ressentir au maximum la confusion et le trouble lié à la chute de la civilisation. Un à un, tous les piliers humains s’effacent sans qu’on ait le temps de respirer, et l’issue est de plus en plus floue à mesure qu’avance cette production stupéfiante, qui affiche plusieurs dizaines de fois son budget à l’écran ! Accidents de voitures en pagaille, crashs d’hélicoptères, bâtiments explosés et j’en passe, le long-métrage sait se faire ultra spectaculaire malgré son point de vue à hauteur d’hommes, et on ne peut que saluer le travail délirant accompli par cette joyeuse bande, qui risque de faire tourner de l’œil bon nombre de producteurs à travers le monde tant les effets spéciaux sont irréprochables et percutants, au sein d’une intrigue qui n’hésite jamais à dévoiler les pires travers de l’homme dans l’adversité.
L’ensemble ne peut s’empêcher de rationaliser quelque peu son histoire en fin de course et de donner quelques réponses pour ne pas totalement frustrer le public, tout comme certains maillons scénaristiques sont creusés jusqu’au bout par soucis de bien faire même si cela pèse sur le rythme, mais le projet narratif reste intacte, et fait froid dans le dos par la précision de sa mise en scène et un réalisme qui ne ferait sûrement pas tâche dans les journaux TV. Un véritable miracle logistique donc, qui n’est pas sans rappeler le Monsters de Gareth Edwards tant il prouve au monde entier qu’avec un peu d’argent et beaucoup de talent, on n’a rien à envier aux plus grands.

 

Girls With Balls (2018) de Olivier Afonso

Le nom d’Olivier Afonso ne vous dit peut-être rien, et pourtant vous avez déjà sûrement vu son travail si vous aimez le cinéma de genre bien de chez nous. Le monsieur a en effet œuvré sur les effets spéciaux et les maquillages de La Horde, Frontière(s), Taken 2 ou encore Grave !
Et c’est le baptême de feu pour lui avec Girls With Balls, un premier long-métrage dont l’ambition est de cartonner pour les séances entre copains du samedi soir, avec un pitch assez simple : une équipe de joueuses de volley ball se retrouvent prise pour cible par des rednecks baveux dans une forêt paumée. Et comme le titre le laisse deviner, les rôles ne sont pas totalement définis, et certains messieurs risquent d’en prendre plein la tronche !
Amoureux de la série B débile et joyeusement gore, voilà un film qui a été fait pour vous, et sans doute par des gens comme vous. S’amusant avec les codes du genre, en citant pêle-mêle les références habituelles entre Massacre à la tronçonneuse, Evil Dead ou La Colline a des Yeux, ce Girls With Balls en est un pastiche déluré et foutraque, reposant avant tout sur l’alchimie entre ses comédiennes qui s’éclatent à jouer les demoiselles en détresse qui pètent finalement des gueules.
Le film surfe évidemment sur la plastique avantageuse de son casting en short moulant, mais leur rend la balle en faisant passer un sale temps aux guignols dirigé par un Denis Lavant venu jouer son éternelle partition de mec bizarre et dérangeant.
Avec ses blagues méta, son ton gentiment féministe, ses caméos étonnement prestigieux et ses litres d’hémoglobines valsant dans tous les sens sans non plus trop tomber dans le gonzo gore, ni montrer le moindre bout de chair un peu trop sulfureux, Girls With Balls est une comédie horrifique pour ados calibrée, sans fausse note ni fulgurances, qui vient combler un manque dans le paysage français grâce à la solidité de sa fabrication et risque surtout de faire office de carte de visite pour son réalisateur si jamais il veut faire les yeux doux aux américains.

 

Punk Samourai Slash Down (2018) de Gakuryû Ishii

Il y a déjà 8 ans, on avait eu la chance d’interviewer le réalisateur punk japonais Sogo Ishii lors du NIFFF, qui lui avait accordé une rétrospective pour mieux cramer les rétines des spectateurs à grands coups de visions hallucinées et de rock’n roll cinématographique. Ce qu’on ne savait pas à ce moment-là, c’est que Sogo Ishii ne réaliserait plus de film ! Enfin, pas exactement, puisqu’il s’apprêtait à vivre une renaissance cinématographique sous le nom de Gakuryû Ishii pour continuer une carrière moins underground et plus calme en apparence.
Un prétexte valable sur le papier du moins, car avec l’adaptation du roman Punk Samouraï Slash Down, on ne peut pas dire qu’on évolue dans le calme et la sérénité.
Il y est question d’un samouraï sans maître, un ronin donc, qui erre au Japon et assassine un innocent devant pas mal de témoins. Pour expliquer son geste malheureux, il va prétexter l’arrivée d’une menace passée, et cela va avoir des conséquences très vite incontrôlables dans la région concernée.
Même si Punk Samouraï Slash Down bénéficie d’une production solide avec des décors en dur conséquents, de beaux costumes et pas mal de figurants, tout ça est pour la déconne !
Sogo Ishii, ou Gakuryû Ishii devrait-on dire, n’a rien perdu de son tempérament fiévreux et parodie le film de samouraï avec leur sens de l’honneur indéfectible en montrant justement un lâche qui n’en a rien à cirer de rien, et enchaîne les conneries en s’en sortant comme il peut à chaque fois.
Un grain de sable qui dévergonde toute la machine, le film tournant en ridicule la hiérarchie et les traditions avec un sens du décalage salvateur, un humour potache qui jure totalement avec son environnement et cette envie sous-jacente de ne rien respecter.
Hélas, mille fois hélas, ce beau bazar va se monter le bourrichon et se prendre la tête trop sévèrement pour arriver à son troisième acte, la cause à un scénario trop long, qui peine à faire monter la sauce dans son final foutraque avec une grosse bataille numérique où les effusions expérimentales sont bien trop timides face aux fonds verts baveux et à un découpage somme toute assez timide face à ce qu’il met en scène. Ishii tente bien de rappeler à Takashi Miike, ou même à Tsui Hark pour parler d’un pays voisin, qu’il faut toujours compter sur lui, mais le tout assomme plus qu’il ne stimule, et cette histoire aurait gagnée à être plus concise et nerveuse pour préserver l’énergie « punk » qu’elle revendique, et qui s’étiole malheureusement au fur et à mesure.

 

The Man Who Feels No Pain (2018) de Vasan Bala

Tous les ans, la sélection Midnight Madness du festival de Toronto est ardemment surveillée par les fans de genre du monde entier, prêts à découvrir les dernières perles venues de toute part.
The Man Who Feels No Pain est reparti avec le prix du public cette année, et il n’en fallait pas moins pour susciter l’intérêt pour ce deuxième long métrage de Vasan Bala, qui a puisé dans ses souvenirs d’enfance pour raconter la vie d’un garçon pas comme les autres, puisqu’atteint d’une maladie rare le privant de toute sensation de douleur. On te pince la peau ? Tu ne sens rien.
Tu te casses un bras ? Tu ne sens rien non plus !
Biberonné aux films d’arts martiaux et idolâtrant Bruce Lee, le bambin va grandir un peu trop couvé par son père, mais l’existence va vite le rattraper pour lui mettre des bâtons dans les roues.
S’il est une grande déclaration d’amour à tout un pan de la culture pop des années 80-90, ce film indien parvient à trouver son ton et à s’émanciper du simple hommage de par ses origines et son humour. On y entend de la pop indienne perpétuellement par exemple et surtout le récit n’oublie jamais le milieu social de ses personnages, dont les aventures rocambolesques restent finalement à une échelle modeste, notamment pour le rôle féminin principal, qui s’est retrouvée malgré elle flanquée à un mari imposé n’ayant pas une haute opinion de la gente féminine.
Traitant de la corruption ambiante et de la modernisation délicate du pays, le tout pourrait rappeler le récent Bhavesh Joshi Superhero, seulement il joue bien plus la carte de l’humour, qui aime désamorcer les situations par des quiproquos du quotidien bien sentis. Parodiant gentiment la culture VHS avec amour, Vasan Bala en profite pour mettre en scène des combats trop souvent filmés au ralenti et qui n’ont rien de mémorable, tout comme la pathologie du héros n’est pas plus exploitée que ça et aurait pu amener plus de fantaisie. De même, le film traine un peu de la patte et s’entoure d’enjeux un peu trop fumeux et prétextes dans sa dernière partie, mais la fraîcheur et l’envie traversent l’entreprise de bout en bout, pour cette lettre d’amour au 7ème art pleine de tendresse et d’euphorie communicative.

 

We (2018) de Rene Eller

Après des décennies à faire son nid dans l’univers du clip et de la publicité, le réalisateur Rene Eller a décidé de passer au long-métrage en adaptant un roman sulfureux, où l’on suit une bande d’adolescents durant un été sentant bon la liberté, la frivolité et les excès en tout genre.
N’ayant pas froid aux yeux, la joyeuse bande va vite braver les interdits et tomber dans une spirale autodestructrice qui va secouer leur village. Découpé en 4 chapitres chacun centré sur l’un des personnages, le film porte une narration totalement éclatée, donnant les informations au compte-goutte pour pouvoir reconstituer l’ensemble tel un gigantesque puzzle dont les pièces arrivent dans le désordre, avec une chronologie chamboulée. Même si sa mise en scène est plus douce, lumineuse et nébuleuse, impossible de ne pas penser aux premiers long-métrages de Paul Verhoeven, We montrant des scènes de sexe explicites et transgressant les tabous un à un.
Si l’approche impressionne en premier lieu, le projet narratif semble passer pour de la poudre aux yeux, afin d’étendre l’intérêt d’une trame certes sombre mais assez pauvre en émotion tant certains des personnages sont antipathiques et occupent malheureusement la majeure partie du temps à l’écran. Le film ne recule certes devant rien, mais surfe finalement sur le terrain d’un Larry Clark sans réussir à vraiment mettre le doigt sur la cause du bouleversement dont sont victimes ses personnages, bien loin de la force de frappe d’un Super Dark Times récemment par exemple.

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