Pour la première fois, nous sommes pour quelques jours aux Arcs Film Festival en Savoie. Le festival, qui fête sa 11e édition, n’est pas seulement l’occasion de boire du vin chaud et de tester différentes manières de faire fondre du fromage mais aussi de (re)découvrir le meilleur du cinéma européen. Cette année, outre une compétition de dix films, ce sont les pays baltes et la Finlande qui sont à l’honneur.

On commence donc avec des longs métrages britannique, allemand et lituanien.

 

Benni, de Nora Fingscheidt – Sortie le 4 mars 2020

La sélection officielle des Arcs, et plus particulièrement la compétition, a pour but de mettre en lumière le cinéma européen dans toute sa diversité, et de découvrir si possible les jeunes talents qui y poussent.

Benni est un film qui correspond très bien à tout ça, puisque ce premier long-métrage de fiction d’une réalisatrice rôdée au documentaire suit le parcours d’une jeune fille de 9 ans ayant des problèmes psychologiques suite à une enfance difficile dominée par la violence. Passant d’un foyer à l’autre sans être capable de trouver un semblant de stabilité, la petite va voir les services sociaux tout faire pour la mettre dans une case.
Mais comment réussir un tel miracle avec une bombe à retardement, qui peut vriller d’un instant à l’autre et passer d’une adorable tête blonde à un monstre sur pattes, jurant à tout va et capable de mettre en danger tout ce qui est à portée de mains, y compris elle-même ?

Pour incarner un rôle aussi chargé que celui-ci, la jeune Helena Zengel se présente comme une révélation, habitée d’un regard pénétrant et livrant une performance d’une grande puissance, tant elle navigue avec un naturel déconcertant dans le spectre offert par son personnage à fleur de peau, ne semblant jamais surjouer quoi que ce soit et sortant chaque réplique, chaque scène, chaque interaction avec une justesse effrayante. Une jeune actrice possédée, aidée par des seconds rôles touchants, dont un éducateur habitué aux enfants difficiles et qui va tenter le tout pour le tout, quitte à y sacrifier son intégrité professionnelle. Si la structure cyclique du film, qui passe son temps à battre le chaud et le froid pour montrer la complexité infinie d’un tel cas, finit par être redondante au terme de ses presque 2 heures, cela sert aussi le fond de l’histoire en montrant le problème sur le long terme.

Quelque part entre le Leave No Trace de Debra Granik et Mommy de Xavier Dolan, il y a donc ce Benni, qui sera sûrement la pierre angulaire de la carrière de la jeune Helena Zengel. Et vu qu’elle sort du tournage du prochain Paul Greengrass avec Tom Hanks, cette pierre risque de l’emmener très loin…

 

Rocks, de Sarah Gavron – Sortie le 29 avril 2020

Après avoir réalisé les Suffragettes, la réalisatrice britannique Sarah Gavron revient avec un projet dont la conception est aux antipodes. Exit le casting prestigieux pour raconter une page importante de l’histoire, puisque Rocks se concentre sur une tranche de vie d’une adolescente anglaise issue de l’immigration, qui va se retrouver seule avec son petit frère du jour au lendemain quand leur mère disparaît en laissant juste un petit mot derrière elle.

Conçu en totale collaboration avec les actrices du film, qui ont étés castées avant l’écriture du scénario afin d’y participer, Rocks fonctionne sur le naturel de leurs échanges, et la crédibilité de chaque situation, qui donne au film un aspect presque docu-fictionnel. Une œuvre sociale, qui se revendique aussi bien du cinéma de Ken Loach que de Bande de Filles de Céline Sciamma ou Divines de Houda Benyamina, et qui met en exergue les difficultés rencontrées par les classes sociales les plus fragiles face au système actuel, tout en ayant au centre ce personnage attachant, qui aspire à vivre comme tout le monde et va devoir mener une double vie pour sauver les apparences au milieu de sa bande d’amies.

Si le film passe quelque peu derrière ses modèles et n’en retrouve pas les coups d’éclats, l’authenticité dont il fait preuve suffit à le rendre touchant.

 

Invisible (2019) de Ignas Jonynas

Direction la Lituanie désormais avec Invisible, l’histoire assez étrange d’un homme oppressé par son environnement, qui ne rêve que de danser. Et pour accomplir un tel projet, il va se faire passer pour un aveugle et se présenter à une compétition de danse à la télévision, ce qui va malheureusement le mettre dans le viseur d’une ancienne connaissance qui a des comptes à régler avec lui…

Si son postulat de départ très bizarre ne va jamais évoluer de façon convaincante ou trépidante, ce thriller joue la carte du mystère de bout en bout, dévoilant les informations au compte-gouttes pour essayer de maintenir la tension. Sauf que mis à plat, son scénario ne décolle jamais vraiment, reste terriblement opaque et l’austérité totale de la mise en scène, qui fait illusion au début du film, finit par vite retomber, nous laissant au final se demander quelle est la finalité de ce fait divers pas franchement passionnant.

 

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