Le festival des Arcs s’est terminé ce 21 décembre, récompensant Atlantis (voir ci-dessous) de la Flèche de Cristal mais aussi Rocks de Sarah Gavron. Le reste du Palmarès est disponible ici.

Avant de rencontrer dans le vif du sujet avec une dernière salve de films dont la rencontre improbable entre Alain Chabat et Doona Bae, nous remercions chaleureusement l’indispensable Marielle Gaudry d’Allociné ainsi que Léa et Claire de l’organisation impeccable du festival.

 

Atlantis (2019) de Valentyn Vasyanovych

Direction l’Ukraine ce coup-ci, pour suivre un soldat qui va traverser un pays rongé par la guerre, où la seule occupation restante des vivants est d’exhumer les morts et les fantômes du passé.

Atlantis n’est pas une promenade de santé tant le film fait tout pour être le plus âpre possible, composé majoritairement de plans fixes qui écartent tout effet afin que l’attention du public soit focalisée sur l’action, et sur ses paysages désolés, traversés par des âmes en peine. Cet aspect figé sert aussi le propos et les sensations visées, tout comme la lenteur est de mise, ce qui rend le visionnage éprouvant, chaque fait et geste étant vécu intégralement, du déterrage d’un corps à plusieurs autopsies intégrales, pour signifier l’atmosphère suffocante, et l’austérité absolue des lieux, de ces villes en ruines et de ces terres profanées, où les mines restantes menacent d’anéantir.

Une lutte pour la vie, et une quête pour des raisons de vivre, que le réalisateur Valentyn Vasyanovych a conçu comme un cri d’alerte pour sensibiliser sur l’état réel de son pays, présentement victime de conflits et de la destruction. Le résultat est totalement cohérent avec son propos, auquel le jury des Arcs a été sensible puisqu’il lui a remis la Flèche de Crystal, la plus haute récompense du festival.

 

#Jesuislà de Eric Lartigau – Sortie le 5 février 2020

Après le succès de la Famille Bélier, le réalisateur Eric Lartigau retrouve Alain Chabat qu’il avait déjà dirigé dans Prête-moi ta main, pour en faire un homme accompli… à un détail près.
Divorcé et célibataire, son cœur est à combler, d’autant qu’il se sent distant de sa famille et s’ennuie dans son quotidien de chef cuisinier, n’ayant comme seule distraction que ses échanges sur internet avec une coréenne vivant à Séoul. Cette dernière va tellement tourner à l’obsession qu’il va partir du jour au lendemain là-bas, se retrouvant pourtant seul à l’arrivée, la femme ne venant pas le chercher à l’aéroport contrairement à ce qui était convenu…

Un Terminal de Spielberg sans la politique, ni la maestria, tant il faut bien admettre que très vite, cette comédie peine à convaincre sur son fond, tout comme à décoller dans la forme.
Déjà, l’attitude un peu bizarre de son héros, proche d’un stalker, peut poser problème tant l’homme paumé se lance dans cette aventure sans que le consentement soit total, et usant des réseaux sociaux de la même manière… Ce qui fait « passer la pilule », c’est évidemment la présence d’Alain Chabat dans le rôle, dont la bonhomie naturelle donne une certaine candeur au personnage qui a l’air tout sauf néfaste, mais plusieurs fois le script lui fait faire des actions gênantes.
Et globalement, il faut bien admettre que tout le projet porte en lui ce petit malaise, tant le film tire en longueur, ne semblant lui-même pas savoir où aller, et zappant totalement les codes de la comédie romantique pour raconter finalement l’épiphanie d’un homme qui recentre son existence à l’autre bout du monde, de façon la plus niaise qui soit. Plein de questions restent en suspens quant aux ambitions initiales, comme le choix de la Corée, et l’ensemble sent le projet opportuniste, monté pour tourner de l’autre côté du globe, où le script se laisse vivre au gré des rencontres, sans se compliquer la vie.

Lartigau, quasi hystérique lors de la présentation, ressemblait à quelqu’un en pleine crise de la quarantaine, cherchant à simplifier sa vie et à être plus en paix avec son environnement.
Son #Jesuislà transpire ça à chaque seconde, et si l’intention est louable, l’exécution est calamiteuse, et loin d’être passionnante.

 

Selfie de Marc Fitoussi, Tristan Aurouet, Thomas Bidegain, Cyril Gelblat et Vianney Lebasque – Sortie le 15 janvier 2020

On commence à l’avoir compris depuis le temps : Internet et les réseaux sociaux ont totalement chamboulé notre existence et nos trains de vie, apportant des modifications profondes dans les modes de communication de l’humain, qui a changé son comportement en conséquence.
Une révolution qui a apporté son lot de problèmes et de déviances, au programme de Selfie, une comédie à sketches dont les protagonistes se recroisent de l’un à l’autre, avec en fil rouge la vie de famille 2.0 d’une Blanche Gardin qui profitait de la maladie de son fils pour être influenceuse, jusqu’au jour où ce dernier guérit miraculeusement…

Une tentative de taper à boulets rouges sur Facebook, Twitter, Instagram et consorts alléchante sur le papier, qui plus est avec la nouvelle avant-garde de la comédie française, comme Sébatien Chassaigne vu dans la série Irresponsable, l’humoriste Haroun ou encore Finnegan Oldfield.
Sauf que comme toujours avec les films à sketches, le niveau varie de l’un à l’autre, et tout n’est pas une franche réussite, à commencer par le fameux récit avec Blanche Gardin qui émaille le film et perd très vite de son mordant tant l’écriture en fait des caisses et semble vite tourner au rond.Le choix de la comédienne à l’humour très noir semble tellement évident qu’il finit même par devenir contreproductif tant on est habitué à la voir balancer des saloperies, et la réalisation d’ensemble fait bien trop téléfilm, n’arrivant jamais à subvertir les codes des Youtubeurs ou des stories au-delà du gimmick.

Heureusement pour Selfie, certains passages marchent mieux que d’autres, dont un segment sur les applications de rencontres qui propose quelques scènes fofolles plutôt bien senties, ou celui avec un Manu Payet qui pète un câble sur les suggestions d’un Amazon-like, voyant sa vie guidée par ses dernières. Sur les 6 histoires présentées, c’est véritablement la dernière qui fait mouche, avec un piratage mondial qui va rendre fous les participants d’un mariage. Sans doute parce que c’est la seule qui se projette un tant soit peu en dehors des technologies actuelles, et permet de creuser la réflexion sur la dépendance au numérique et le libre-arbitre via sa farce plutôt bien rythmée.
En dehors de ce segment, Selfie passe la plupart de son temps à énoncer des évidences et enfoncer des portes ouvertes avec la fierté d’un sale gosse subversif qu’il n’est pas.

Un projet inabouti, pas désagréable et porté par ses comédiens, mais à la fabrication bancale et au script trop facile pour vraiment appuyer là où ça fait mal.

 

Lara Jenkins de Jan-Ole Gerster – Sortie le 26 février 2020

Le jour de ses 60 ans, Lara Jenkins se lance dans une journée particulière, puisque son fils va jouer pour la première fois sa composition classique dans une salle de concert très prisée de Berlin.
Tout semble donc aller pour le mieux dans le meilleur des mondes, sauf que cette femme n’a pas eu de nouvelles de son fils depuis des mois, et se lance dans une reconquête familiale et émotionnelle, comme pour rattraper les erreurs de sa vie, aussi bien auprès de ses anciens collègues que d’autres connaissances.

Oui, Lara Jenkins coche toutes les cases du drame d’auteur européen, avec son scénario pour seniors qui écument les regrets, tentent de rattraper leurs erreurs et sont dans une situation où ils ont le recul suffisant sur leur existence pour voir ce qu’ils auraient pu et dû faire différemment.
Et ça marche ! Lara Jenkins voit son héroïne traverser Berlin comme si elle revivait son existence en une journée, chaque choix de vie se caractérisant par un lieu ou une rencontre. L’accumulation donne à ressentir les bagages existentiels de l’héroïne, et son caractère très froid en apparence, où la glace ne semble pas prête de se briser, permet de mettre en évidence son bouillonnement intérieur et désespoir affectif.

Alors c’est sûr, c’est pas le film le plus joyeux du monde, et ni même le plus trépidant par son parti pris temporel de tout faire passer en une journée, mais voilà un portrait de femme fissurée plutôt sensible, dont certains regards sont suffisamment parlants pour tenir le film.

 

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