Nous avons vu Tenet, dans une salle aussi pleine que les règles sanitaires en vigueur le permettent. Avant de développer le sujet, sachez que la critique qui suit contient quelques spoilers.

 

LA CRITIQUE

Nous sommes fin août 2020. Les salles de cinéma ont rouvert depuis deux mois avec une belle programmation et des tentatives ambitieuses de la part des exploitants de ramener le public en salles. Pourtant, vous n’y êtes pas retournés en masse. Et ce n’est pas forcément la peur du Covid qui vous a retenu mais plus une impression de “il n’y a rien à voir”. Il faut dire que la communication officielle tourne autour d’un seul film, Tenet, vu comme le blockbuster qui vous manque, le film à grand spectacle qui doit vous donner envie de lâche une dizaine d’euros par personne. Mais Tenet est-il à la hauteur ? Si on se base uniquement sur ses qualités et ses défauts en terme de pur cinéma, rien n’est moins sûr…

Tenet est un palindrome. Un mot qui peut se lire dans les deux sens, comme “été” ou “kayak”. C’est un mot entendu par le héros sans nom du film, incarné par John David Washington. Lui est un agent/espion envoyé d’abord dans un opéra où va se tenir une prise d’otage. Alors qu’il accompagne la police ukrainienne, il va se retrouver face à une balle “inversée”. Et il va plonger dans l’univers de l’inversion, découvrant qu’un grand méchant veut détruire le monde.

Tout le début de Tenet sonne comme un James Bond, voir comme un épisode de Mission Impossible. Christopher Nolan va envoyer son héros dans différents lieux plus ou moins exotiques pour remonter la piste de cette balle inversée. Il va rencontrer les classiques : un vieux monsieur chic qui sait des choses et le guide dans sa mission (Michael Caine), une scientifique qui lui explique quelques fondamentaux (Clémence Poésy). Et il va découvrir que la balle qu’il a vu à l’opéra est capable de remonter le temps. C’est tout le principe de Tenet. Il est question ici non pas de voyager dans le temps (comme on l’entend de manière classique, se retrouver dans le passé ou le futur) mais bien de remonter littéralement le temps. Imaginez une vidéo. Vous pouvez la lire en avant, normalement, mais aussi demander au lecteur de faire marche arrière. Vous verrez alors l’action en inversé. L’eau remonte dans le robinet, la balle dans le pistolet, les explosions deviennent des implosions et les voitures roulent en marche arrière. Tenet est un palindrome parce que vous pouvez le lire aussi bien en avant qu’en arrière. Vous l’avez ?

La première heure de Tenet ressemble à un film d’espionnage issu d’une des franchises citées plus haut mais Nolan n’explique pas tout. Quelques ellipses font qu’on a bien du mal à se prendre de passion pour le héros sans nom. Plus on va découvrir, comme lui, l’univers plus le long métrage va se révéler intéressant. Et complexe. Le principe évoqué plus haut va permettre au réalisateur des fantaisies comme il l’avait déjà fait avec Inception et ses rêves imbriqués. Mais il va le faire moins bien, n’expliquant que sommairement ses enjeux et pas aidé par de trop longues scènes de dialogues et des problèmes de mise en scène. On l’avait déjà vu par le passé mais Nolan ne sait pas filmer correctement une scène d’action. Son Tenet ne fait pas exception à la règle. On ne sait pas qui tire sur qui et, noyé dans une intrigue qui se veut compliquée de prime abord, il nous perd encore dans une scène finale totalement incompréhensible. Le dernier acte, qu’on pourrait qualifier de “scène de guerre” est illisible. Qui va où ? Qui fait quoi ? Avec qui se battent les gentils ? Que font les méchants là ? Personne ne comprend rien.

Par ailleurs, le principe de marche avant/arrière dans le temps, aurait du donner au réalisateur la possibilité de montrer des fantaisies. Vous feriez quoi, vous, si vous pouviez revenir en arrière ? Vous ne chercheriez pas à faire des trucs funs et colorés ? Inception était déjà un film coincé où le monde des rêves se contentait de montrer des scènes de bagarre et des immeubles s’effondrant. Tenet a le même défaut, il ne desserre jamais la ceinture. Alors, certes, Christopher Nolan fait tout pour prendre la tendance des blockbusters actuels à contrepied. Tout est filmé en décor réel (le crash de l’avion est réel !), tout est sérieux et jamais cynique, aucun personne ne vient cabotiner… Mais on aurait aimé que le film soit un peu plus fun, que le personnage comment le réalisateur relachent un peu leur cravate.

A force de vouloir écrire un récit une nouvelle fois complexe, Nolan oublie des choses au passage. Aurez-vous réellement compris les enjeux à la fin de la projection ? Mais que voulait le grand méchant en fait ? Certes, les gens courent en marche arrière mais ça ne fait pas tout. Au final, on en ressort avec la même sensation qu’après The Dark Knight Rises. Après avoir sorti (le très bon) The Dark Knight, Christopher Nolan a tenté de réitérer l’exploit, de faire un film encore plus dense, encore plus rythmé mais sans jamais y parvenir. Avec Tenet, il cherche à refaire Inception mais finit par se prendre les pieds dans le tapis.

Tenet a pour lui quelques belles scènes et des acteurs impliqués (Elizabeth Debicki est éblouissante, Robert Pattinson sera parfait en Batman). En temps normal, ça ne suffirait pas. Mais on vit une situation complexe et vous n’avez pas besoin de l’énumération de ses défauts pour y aller quand même. Après tout, si le film de Christopher Nolan est l’occasion de retourner dans les salles obscures, ce n’est déjà pas si mal. Profitez en juste pour regarder ce qu’il y a d’autre à l’affiche.

Tenet, de Christopher Nolan – Sortie le 26 août 2020

 

2 commentaires

  • Broack dincht mardi 25 août 2020 12 h 18 min

    C’est vrai que dans Inception c’était frustrant qu’il ne soit pas allé plus loin dans le délire des trucs déformés (la scène du couloir reste quand même épique). Finalement, c’est docteur strange qui aura poussé le truc à fond. Quant aux séquences rembobinees, justement docteur strange l’a déjà fait (et c’était carrément cool)
    Bref Nolan continue son cinéma bourgeois faussement intello, et les questions de jeu sur le temps, 2 constantes dans ses films

  • Trackback: Adieu les Cons : la bande-annonce – CloneWeb

Ajoutez un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée. Les champs marqués * sont obligatoires.