Le 1er avril tombant cette année un mercredi, jour de sorties cinéma, nous publions donc le plus en avance possible nos critiques des films concernés afin qu’elles soient prises comme il se doit au sérieux.

Et avant d’évoquer un petit mouton animé en pâte à modeler, parlons d’un film coréen signé par Shim Sung-bo, comparese de Bong Joon-Ho (The Host, Le Transperceneige) qui l’aide d’ailleurs à l’écriture et à la production : Sea Fog, les Clandestins.

 

LA CRITIQUE

Après s’être essayé à la co-production internationale avec l’excellent Transperceneige, Bong Joon-Ho revient là où on ne l’attendait pas forcément : à l’écriture d’un projet qu’il a choisi de ne pas réaliser.
“Sea Fog Les Clandestins” est à l’origine une histoire écrite pour le théâtre et plus particulièrement pour les 30 ans de la compagnie Yeonwoo. Le film qui nous intéresse aujourd’hui en est donc l’adaptation cinématographique mais en voyant le film on se dit qu’avec un peu de moyens l’histoire aurait parfaitement tenu sur une vraie scène.

Co-écrit par Bong Joon-Ho donc, et réalisé par Shim Sung-bo à qui l’on doit le scénario de Memories of a Murder et qui passe pour la première fois derrière une caméra, Sea Fog raconte l’histoire d’un équipage de bateau de pêche coréen. Les temps étant durs, le capitaine accepte d’embarquer des clandestins chinois cherchant à rejoindre la Corée. Mais un jour de tempête, alors qu’ils doivent planquer les nouveaux passagers dans la cale, un accident va se produire et le voyage va basculer dans l’horreur.

Quand on y pense, Sea Fog est découpé en trois actes distincts comme le serait une pièce de théâtre, permettant au réalisateur de s’essayer à des genres différents au sein d’un même film.
La première partie est un drame montrant le quotidien de pêcheurs en Corée du Sud, présentant l’équipage du bateau une fois à terre et prêt à repartir en mer et son capitaine bourru. Calme, à la limite du contemplatif, on les voit partir chercher les clandestins en ayant peur de se faire gauler, et en tentant de leur venir en aide comme ils le peuvent à bord de leur bateau, peu habitués à ce genre de situations.

Le deuxième acte démarre une fois les clandestins installés, et parmi eux une jeune femme qui va se faire ouvertement draguer pour ne pas dire harceler par les marins. L’un d’eux, bien plus gentil, va se prendre d’affection pour elle et la cacher du regard (et des envies) des autres. En filigrane, c’est une histoire d’amour qui va se dérouler dans un univers où les hommes partent longtemps en mer entre eux et donc sans la moindre compagnie féminine.

S’il n’aurait pas pu exister sans ses deux précédents, tout l’intérêt du film repose sur son troisième acte. A la suite de l’accident évoqué plus haut, l’histoire d’amour dramatique va se muer en rien de moins qu’un vrai survival en pleine mer. Venant de Bong Joon-Ho, on aurait pu s’attendre à une créature à la The Host venant perturber le voyage mais les deux scénaristes préfèrent nous montrer la folie humaine pure, celle qui débarque presque sans prévenir et s’attaque à un équipage entier. Predator dans la cale d’un bateau, où le jeune couple va devoir survivre à l’envie meurtrière de tous les autres, eux-mêmes d’abord marqué par une série de décès puis mus par un instinct de survie où chacun sent que la fin est proche.

Si on peut reprocher à Shim Sung-bo de ne pas trop cacher ses fonds verts et un coté “on voit que ça a été tourné en studio et pas en pleine mer”, c’est bien le seul défaut du film. Le reste est impeccable et on a bien du mal à imaginer le dernier acte quand on voit le premier, tant ce sont des genres très différents. De fait, si vous trouvez que le début est peut-être un peu lent, accrochez-vous au bastingage car la tension va s’installer petit à petit jusqu’à basculer dans l’horreur.

Au final, il en résulte un film dense, poisseux comme le brouillard de son titre. Et on a déjà hâte de voir ce que fera Shim Sung-bo par la suite.

 

Sea Fog, Les Clandestins – Sortie le 1er avril 2015
Réalisé par Sung Bo Shim
Avec Yun-seok Kim, Park Yu-chun, Han Ye-Ri
Capitaine d’un bateau de pêche menacé d’être vendu par son propriétaire, Kang décide de racheter lui-même le navire pour sauvegarder son poste et son équipage. Mais la pêche est insuffisante, et l’argent vient à manquer. En désespoir de cause, il accepte de transporter des clandestins venus de Chine. Lors d’une nuit de tempête, tout va basculer et la traversée se transformer en véritable cauchemar…

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