La mention “vs the World” passe à la trappe pour la version française. Et c’est finalement pas plus mal parce que ca perd un peu de son charme une fois traduit. J’ai donc eu le privilège d’assister à la première projection presse française de Scott Pilgrim, dont la sortie est toujours maintenue aux calendes grecques, soit le 1er décembre prochain. Privilège car le film tient toutes ses promesses.
Critique du film le plus chargé en epicness de l’année.

 

Scott Pilgrim – Sortie le 1er décembre
Réalisé par Edgar Wright
Avec Michael Cera, Mary Elizabeth Winstead, Jason Schwartzman…
Scott Pilgrim n’a jamais eu de problème à trouver une petite amie, mais s’en débarrasser s’avère plus compliqué. Entre celle qui lui a brisé le cœur – et qui est de retour en ville – et l’adolescente qui lui sert de distraction au moment où Ramona entre dans sa vie – en rollers – l’amour n’a jamais été chose facile. Il va cependant vite réaliser que le nouvel objet de son affection traîne les plus singulières casseroles jamais rencontrées : une infâme ligue d’ex qui contrôlent sa vie amoureuse et sont prêts à tout pour éliminer son nouveau prétendant. À mesure que Scott se rapproche de Ramona, il est confronté à une palette grandissante d’individus patibulaires qui peuplent le passé de sa dulcinée : du mesquin skateur à la rock star végétarienne en passant par une affreuse paire de jumeaux. Et s’il espère séduire l’amour de sa vie, il doit triompher de chacun d’eux avant que la partie soit bel et bien « over ».

Contrairement à beaucoup de films mal vendus cette année (on pense en particulier à Monsters), la promo de Scott Pilgrim ne vous mentira pas si vous ne connaissez pas la bande dessinée de Bryan Lee O’Malley. Et d’ailleurs, si vous ne la connaissez pas, il est encore temps de vous ruer chez le libraire le plus proche.

A propos de bande dessinée, on va reparler ici adaptation tant le sujet est apprécié. Edgar Wright réussit en effet le tour de force de bien adapter un comic. Il applique à son histoire une recette qui me semble très efficace : il respecte le premier tome au pied de la lettre et s’en éloigne un peu ensuite. Le film commence par la première case de la BD et enchaine ensuite, via quelques ellipses mais en respectant l’ambiance et très souvent le cadrage, la première histoire pour permettre au spectateur de s’immerger dans l’univers. Une fois que c’est fait, et que le premier boss est battu, le film s’écarte de l’œuvre originale mais sans jamais en perdre l’essence. Tout est finalement respecté mais est raconté différemment, notamment via des raccourcis temporels (l’histoire ne se déroule ici que sur une poignée de jours d’hiver), pour permettre de reprendre les éléments de six tomes dans 1h45 environ.

Non content de reprendre une excellente bande dessinée blindée de références vidéoludiques, Edgar Wright en profite pour y glisser ce qu’on ne pouvait pas voir sur papier : de l’image et du son. Scott Pilgrim est donc un film également blindé en références de la sorte. Pour ne citer qu’une scène, lorsque le film commence sur l’exact plan de la première case et qu’on découvre Scott et ses amis à l’intérieur d’une maison, on peut entendre que l’un d’eux joue à The Legend of Zelda : A Link to the Past. Et quand Scott se lève pour ouvrir la porte, le spectateur entend le célèbre bruitage de l’ouverture de porte connu dans la saga Nintendo. Ce n’est qu’un exemple parmi des centaines, certains réclamant d’ailleurs de bien s’y connaitre pour tout dénicher. Pour le reste, on vous laisse découvrir.

Si c’est toujours un plaisir de découvrir un personnage d’une bande dessinée à l’écran, ce n’est pas toujours évident quand il s’agit d’un visage humain. Par exemple, je trouve qu’aucun acteur ayant incarné Bruce Wayne ait le physique du milliardaire issu du comic. Dans Scott Pilgrim, Edgar Wright s’en sort honorablement. Si Kim Pine n’est pas comme je l’imaginais, le reste du casting est vraiment très bien trouvé et les acteurs excellents. Mentions particulières à Kieran Culkin (Wallace, le colloc’ gay) et Mark Webber (Stephen Stills). Mary Elizabeth Winsteady est resplendissante et illumine chacun des plans dans lesquels elle est.
Quand à Michael Cera, il est … réussi. Il incarne sans doute un Scott Pilgrim un peu trop mou, plus encore que la version de papier, mais, aidé par les dialogues issus des cases d’O’Malley, il finit par ressembler au véritable Scott Pilgrim.

Bénéficiant d’un budget presque dix fois supérieur à celui de Hot Fuzz, Edgar Wright s’en donne à cœur joie. Tourné à Toronto dans les lieux existants réellement de la bande dessinée, le film bénéficie d’une mise en scène aux petits oignons reprenant parfois les cadrages de la BD et profitant bien de l’hiver canadien. Les combats sont lisibles et l’ensemble très bien fait. Visuellement aussi (et sûrement pour la première fois en matière d’adaptation de comics au cinéma), des effets visuels cartoonesques ont été repris avec justesse. Et pas seulement dans les scènes clefs. Le film est en effet parsemé de retouches numériques pour nous rappeler dans quel univers nous sommes, s’offrant même le luxe de quelques flashbacks entièrement animés par les dessins de Bryan Lee O’Malley.

Bénéficiant d’une bande son que l’on doit à Beck et au producteur Nigel Godrich et donnant envie d’écouter du rock très fort, Scott Pilgrim est donc comme prévu un film très très réussi. Les fans de la BD auront évidemment des choses à reprocher à l’adaptation tant la dernière partie est rapide, enchainant les combats et mettant de coté toutes les sous-intrigues autour des relations entre les personnages (Scott et Ramona mis à part). Et puis tant qu’à regretter, et vu la qualité de la mise en scène, on est évidemment déçu de ne pas voir plus de passages de la BD mis en images.
En terme d’adaptation, la fin est évidemment différente (car écrite avant la sortie du dernier tome) mais s’en sort honorablement, notamment car Wright ne prend pas le risque de faire trop inédit et se contente de reprendre des éléments connus en les plaçant différemment. Ca fonctionne bien, même si on regrettera de ne pas avoir plus de temps.

Enfin, Scott Pilgrim est un film qui est malheureusement trop ciblé. Si la bande dessinée vise un public entre 15 et 40 ans, aimant l’action, les jeux vidéo et aimant lire de relations entre des personnages bien écrits, le film a un coeur de cible encore plus précis, insistant sur les références vidéoludiques et délaissant la romance au profit du combat. Ca te plaira donc à toi, lecteur trentenaire, mais sûrement pas à tes parents ni à tes enfants.
Ça explique donc sûrement le maigre score au box office américain et la difficulté pour le distributeur français de sortir le film en salles ici. Malheureusement pour lui, le coeur de cible en question l’aura déjà vu puisqu’il sait comment se le procurer sans passer par la salle obscure (le DVD et le blu-ray sortent le 9 novembre !).

Mais sortie difficile ou pas, que ça ne vous empêche pas d’aller voir ce Scott Pilgrim vs the World pour ensuite, au choix, écouter du rock de garage, rejouer à Zelda ou lire Bryan Lee O’Malley.

– Marc

Découvrez aussi la critique vidéo dans l’Emission

19 commentaires

  • Kaleendah vendredi 1 octobre 2010 16 h 03 min

    Je veux le voir!!!!!!

  • Kameyoko vendredi 1 octobre 2010 16 h 07 min

    Ou comment se tirer une balle dans le pied! En sortant le film le 1er décembre, c’est impossible que ça remporte un franc succès.

    Pourtant, si Universal avait su identifier le public potentiel (mal barré parce qu’ils ne savaient même pas que c’était édité en France), le film aurait pu faire un score convenable.

    Mais là…..

    Le pire, c’est que même en ne l’achetant pas en import ou en téléchargeant aps, je ne suis pas sûr de pouvoir le voir. A mon avis le nombre de copie va être restreint.

    Etant fan du comic, que je suis en français, j’ai qu’une hâte c’est de voir le film, qui, avec la bande-annonce, paraissait bien dans l’ambiance.

    Ta critique confirme cette idée.

    Je veux le voir!!!!!!

    Faut menacer qui pour le voir? :p

  • cloneweb vendredi 1 octobre 2010 16 h 10 min

    Bah il sortira en salles le 1er décembre.

    Mais j’encourage l’achat du DVD/BR si tu peux lire les films zone 1, il sort le 9 novembre, c’est dans un gros mois.

  • Xidius vendredi 1 octobre 2010 16 h 19 min

    Si tu prends la version anglaise c’est de la zone 2.

  • Alex vendredi 1 octobre 2010 17 h 08 min

    (Tiens, quelqu’un qui a visiblement lu mon truc sur les raisons du report)

    Xidius > oui mais on ne sait pas si la version anglaise contiendra des sous titres VF. La Z1 oui.

  • cloneweb vendredi 1 octobre 2010 17 h 17 min

    Et surtout, on ne sait pas quand elle sort, la version UK. Donc si on est pressés…

  • Kameyoko vendredi 1 octobre 2010 19 h 45 min

    Ca me fait chier quand même. un BR, c’est quand même pas le ciné!

    Et quitte à acheter un BR, je préfèrerai le FR, par principe.

    Mais en même temps, je n’aime pas la politique vis-à-vis du film. Je vais peut être donc bien passer par des moyens détournés

  • cloneweb vendredi 1 octobre 2010 21 h 06 min

    Non plus. Mais Edgar Wright mérite des sous, pour qu’il continue à faire du cinéma.

  • Misutsu samedi 2 octobre 2010 20 h 34 min

    Je ne sais pas si ça vous fait ça, mais l’héroïne comment dire, j’ai l’impression de voir Ted Mosby avec une perruque colorée.

  • Broack Dincht lundi 4 octobre 2010 15 h 58 min

    “ted mosby avec une perruque colorée” mdr
    par contre, je trouve que Scott est un sosie de Reese (série Malcolm). je ne serai pas surpris qu’il soit doublé par Donald Reignoux en français
    je n’ai pas lu la BD mais j’essaierai d’aller voir ce film

  • D A R T H vendredi 29 octobre 2010 17 h 17 min

    film de super héros à la sauce teenage movie – totalement débile qui n’est rien d’autre qu’une démo sfx

  • Val’ mardi 2 novembre 2010 0 h 14 min

    Je l’ai vu hier ! :D
    Je suis d’accord avec la critique. C’est super ciblée. Faut pas être a coter du truc. Surtout que ça s’enchaine très vite. Surtout au début comme dans le film. Il faudra certainement une “revisualisation” comme avec les comics que je relis un peu après n’ayant pas tout compris.
    Pour moi le film est tout simplement CULTE !
    La mise en scène est super sympa et les répliques sont a se tordre de rire (J’ai pas autant ris devant un film depuis un bon bout de temps).
    Y a certaines scènes que j’ai vu différemment suivant le comics en Français je parlerais de la scène dans le tome 2 de l’appelle de Envy a Scott que je pensais moins “sensuel”.
    J’ai été déçu de ne pas avoir retrouver la scène du combat : Ramona/Knives. Et le rapport Scott/Kim.
    Mais bon on ne peut pas mettre 6 livres dans un film de moins de deux heures et c’est pas assez grand et connu pour en faire une franchise. Dommage.

  • Misutsu dimanche 7 novembre 2010 10 h 35 min

    Bon, je suis partagé. J’ai trouvé la réalisation excellente (Merci Edgar Wright, t’es un demi Dieu), et j’ai adoré l’ambiance et le style du film. Ceci dit, je n’y ai rien trouvé qui m’ait fait m’éclater de rire mais je me suis amusé. Par ailleurs j’ai trouvé le film répétitif, comme l’a dit Val’, difficile de résumer un comics de 6 tomes en moins de 2 heures, du coup j’ai juste eu l’impression de passer d’une scène de combat à une autre sans que l’on ai vraiment le temps d’apprendre à connaître les personnages. dernière chose, la fin est plus délirante dans le comics, mais j’ai préféré celle du film.

    PS : “blindée de références vidéoludique”, mouai, elles sont loin d’être nombreuses je trouve.

  • D A R T H lundi 8 novembre 2010 0 h 30 min

    pour préciser ma pensée c’est le film le plus con et le plus vide et le plus inutile que j’ai vu depuis des années!
    les effets spéciaux sont terribles et vraiment plein de trouvailles mais le problème est qu’il n’y a que ça…l’histoire est totalement débile improbable inintéressante et pas drôle; les acteurs surjouent, quand ils savent jouer – on se croiraient dans un clone naze de qui veut la peau de Roger Rabbit, un film qui ne vollait deja pas bien haut – à réserver aux ado pré-pubères qui ont aimé Lol, Jackass et les pitreries de Mickael Youn et à fuir comme la peste si on a plus de 18 ans – dans un genre presque similaire (mais en pas raté) préférer Kick Ass

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  • Brian Lee O’Malley jeudi 2 décembre 2010 15 h 32 min

    Bon, je crois qu’on tombe tous d’accord pour dire qu’Edgard Wright a beaucoup de talent. Beaucoup, et pour ce qui est des risques pour la fin ou pour rester fidele à la BD, je n’ai rien à dire. Le probleme je pense, vient vraiment d’avoir sous estimé, la valeur des relations entre les personnages. J’ai 24 ans, et en lisant Scott Pilgrim, mes histoires de coeur, celles de mes potes résonnaient en écho dans l’oeuvre de O’Malley. Scott a un passé affectif chargé est bien qu’au depart ce devait etre les amourettes d’un ado (quoiqu’on peut vraiment considerer sa relation avec Kim comme serieuse dans la bd) on a affaire à de vraies relations adultes, et non des amourettes d’ado. Inutile de vous faire le topo du pitch de Scott Pilgrim, qui est tout simplement, comment grandir pour être à la hauteur de LA fille désirée. Et en plaçant son intrigue sur l’espace de trois jours (ou une semaine), Wright nous presente la relation Scott-Ramona comme naissante et finalement, pas aussi sérieuse que celle de Knives-Scott. C’est dommage, pour Ramona, qui est le personnage féminin principal du film. Par consèquent Knives récupère son heure de gloire à la fin. La plus grosse difficulté était donc de montrer une progression des personnages réaliste en un court laps de temps. Et c’est là ou je pense Wright a failli dans son adaptation. Cela me surprend puisqu’il réussit quand même à enchainer les moments de la construction de la relation Scott-Knives dans un enchaînement assez impressionant.
    C’est donc pour moi le seul bémol du film. Mais c’est mon interpretation libre du bouquin et du film qui parle !! Je n’hesiterais pas une seconde pour l’acheter en dvd, c’est vraiment bon de (re)tomber dans l’univers de Pilgrim. Considerons Scott Pilgrim vs the World comme un add-on apres avoir dégusté les volumes de la bd au chaud, avec un bol de chips et la game boy en pause sur les genoux !!!

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  • Olivier samedi 23 avril 2011 22 h 08 min

    Vu en DVD. C’est sympa, bien réalisé, bien mené, bien joué, mais c’est effectivement très ciblé. Pour les profanes, difficile de s’intéresser à un ado qui passe tout le film à se “battre” contre les ex de sa copine, même en y mettant de la bonne volonté…et pour les plus de 25 ans aussi. Mention spéciale à Kieran Culkin, qui se distingue nettement du lot d’acteurs par ailleurs tout-à-fait correct.

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