LA CRITIQUE

Faire un film sur le procès des Sept de Chicago remonte a plus de dix ans. Aaron Sorkin avait écrit la première version de son script en 2006 suite à une visite chez Steven Spielberg qui se disait intéresser par l’histoire. Will Smith et Heath Ledger étaient alors pressentis. La grève des scénaristes a remisé le projet au placard jusqu’à ce que Spielberg décide en 2018 de finalement produire le projet. Et d’en confier la réalisation au metteur en scène du Grand Jeu. Pour un résultat ébouriffant.

Les “Chicago Seven” sont sept accusés se retrouvant sur les bancs du tribunal de Chicago en 1969 pour avoir participé à une manifestation réprimée par la police locale quelques mois auparavant. Venus d’horizons différents, ils voulaient protester contre la Guerre du Vietnam et le Président de l’époque, Lyndon Johnson et ce qui devait être un rassemblement pacifiste a dégénéré. Mais les manifestants sont-ils responsables des affrontements ou la police a-t-elle commencé les hostilités ?

L’histoire a quarante ans mais n’a jamais semblé aussi d’actualité. Entre les répressions policières en France évoquées dans le récemment doc Un Pays Qui Se Tient Sage ou encore les manifestations Black Lives Matter qui continuent aux USA, le tout sur fond d’élection américaine (les évènements du film se déroule sur deux présidences), on se dit qu’Aaron Sorkin sort Les Sept de Chicago à point nommé. Un Sorkin en feu, qui n’en est pas à son premier film de procès puisqu’il avait écrit A Few Good Men pour le théâtre, devenu Des Hommes d’Honneur au cinéma en 1992.

Si vous aimez la manière d’écrire du scénariste, vous serez en terrain conquis. L’histoire est rythmée, portée par des comédiens formidables (Mark Rylance en avocat de la défense en tête) qui ont tous des dialogues formidables. Sorkin joue habilement avec nos nerfs, tablant souvent sur l’humour pour désamorcer des sujets plus graves – notamment grâce au personnage de Sacha Baron Cohen, un hippie bien allumé. Mais le film est aussi porté par un montage très efficace et la musique de Daniel Pemberton. Sorkin compte beaucoup sur le montage pour aider son écriture. Le film commence donc par une introduction très rapide, où les images se mêlent très habilement aux dialogues. Une fois le procès lancé, il alternera les flashbacks, reconstituant les scènes de violences policières à l’encontre des manifestant, et quelques flash-forwards où Baron Cohen raconte l’histoire lors d’un spectacle de stand-up.

Certaines scènes sont particulièrement marquantes, notamment un échange musclé entre Mark Rylance qui teste son client incarné par Eddie Redmayne dans une scène qui sonne comme un premier climax d’un long final, une scène qui permet au réalisateur de soulever des questions sur la culpabilité des personnages, et même si sa balance penche en faveur de la défense tout au long de l’histoire.

Grâce à son rythme et à son ton, The Trial of the Chicago 7 rappelle la brillante série de Sorkin The Newsroom et peut-être le film vous donnera-t-il l’occasion de creuser d’avantage le boulot du scénariste. Passant désormais derrière la caméra, Sorkin confirme qu’il a bien mérité ses galons de réalisateur grâce à un film autant d’actualité qu’important.

Les Sept de Chicago, d’Aaron Sorkin – Sortie le 16 octobre 2020 sur Netflix

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