Le grand film d’aventure, le divertissement populaire, au sens noble du terme, manque au cinéma contemporain français. Tellement qu’on avait envie d’en repasser une couche.
Alors après la vidéo et le podcast, parlons “sur papier” du nouveau film de Jean-François Richet avec Vincent Cassel.

LA CRITIQUE

Vidocq est un personnage qui a toujours fasciné. Même si l’imagination populaire récente est marquée par la tentative de Pitof avec Depardieu, il a été de nombreuses fois porté à l’écran. Sa première apparition remonte à 1909 dans un court métrage. Il a même eu droit à une version américaine sous les traits de George Sanders dans “Un Scandale à Paris” en 1946. Les plus anciens se souviennent aussi d’une série avec Claude Brasseur.

Au début du 19eme siècle, il se fait une réputation dans le milieu du banditisme après s’être plusieurs fois évadé. Le film de Jean François Richet commence d’ailleurs sur une évasion pour ensuite amener le personnage à Paris. Guère d’introduction, puisque tout le monde le connait, aussi bien les protagonistes de l’histoire (auxquels il cherche parfois à échapper) que le spectateur. On joue donc à fond la carte de la légende, et ça fonctionne très bien. Et si pour vous c’est une découverte, le charisme de Vincent Cassel et le prologue feront le boulot pour vous plonger dans l’aventure.

On bascule ensuite dans le Paris de Napoléon, superbement reconstitué. Un soin particulier a été apporté aux décors, plein de figurants et travaillé avec un vrai souci de réalisme. Les décors ne sont pas en reste. On se prend donc vite au jeu de Vidocq qui se retrouve chargé de nettoyer Paris de ses malfrats. Le personnage passe d’aventurier esseulé à flic de talent bien obligé de monter une équipe pour lui prêter main forte et enchaine les courtes scènes d’actions, toutes différentes et toutes efficaces.

Les exploits du héros redécouvert rappellent le meilleur des films en costume. Quelque part entre Zorro et Cartouche, le personnage, solaire, nous renvoie à la grande et belle epoque du cinéma d’aventures, quand les productions françaises tentaient des choses pour faire rêver leur public.
Avec une tonalité sérieuse, L’Empereur de Paris est pourtant résolument moderne. Ici, point de héros bondissant mais un personnage plus sombre, plus discret mais tout aussi flamboyant. Richet a non seulement Christopher Nolan dans un coin de sa tête (il signe The Dark Knight en interviews) mais aussi Stanley Kubrick, pour de très jolies scènes éclairées à la bougie. Plus moderne, donc plus violent aussi. Un gros travail a été effectué sur le maquillage et les effets sanglants lors des combats.

On pourra reprocher quelques petites erreurs dont un final précipité. Richet donne l’impression d’avoir trop tourné, et d’avoir été obligé de faire des choix au montage. Le long métrage aurait peut être aussi mérité un méchant plus flamboyant. Non pas qu’on ait eu envie de voir un ersatz du Joker « avec un plan » à la Dark Knight -justement- mais on se demande si le metteur en scène n’en a pas gardé sous le coude pour un potentiel second volet, se freinant quand il aurait pu tenter un très grand final.

Ce n’est pas suffisant pour nous enlever le plaisir que procure l’Empereur de Paris, sensation retrouvée que le cinéma français peut (et doit) produire du grand spectacle de qualité, du vrai divertissement pour tous. Le mois de décembre est chargé en matière de sorties salles, tous les distributeurs profitant de l’absence de Star Wars pour proposer leur héros, d’Astérix à Spider-Man. Ne boudez pas pour autant Vidocq, il mérite tout votre intérêt.

L’Empereur de Paris, de Jean-François Richet – Sortie le 19 décembre 2018

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