Ce vendredi, la France retourne en confinement comme l’Irlande l’est depuis quelques jours. Les cinémas ferment leurs portes. Mais on compte bien les envahir à nouveau dès que la situation le permettra. Alors, pour être optimiste et aller de l’avant, on s’est dit que c’était le bon moment pour parler du plus beau film de 2020.

La sortie du Peuple Loup est maintenue au 16 décembre prochain.

 

LA CRITIQUE

Vous vous souvenez de votre séance découverte de Brendan et le Secret de Kells ? Moi je me rappelle avoir vu l’affiche quelque part dans Paris. Un film d’animation sur le fameux Livre de Kells, avec Kila (un groupe que j’affectionnais déjà avant) à la bande-originale, ça avait tout pour me plaire. Le reste, une projection dans une petite salle de feu l’UGC Orient Express, appartient à l’histoire. Depuis, le réalisateur Tomm Moore a signé l’éblouissant Chant de la Mer. Onze ans après Brendan, il retrouve la forêt irlandaise et ses légendes pour Wolfwalkers. Son meilleur film.

L’histoire se déroule à Kilkenny au 17e siècle. L’Anglais Oliver Cromwell a conquis l’Irlande et a mis en place, entre autre atrocité, une loi contre les loups. Dans le film, il a fait venir un chasseur anglais (doublé par Sean Bean) et sa jeune fille Robyn pour abattre les animaux. Si lui obéit scrupuleusement aux ordres du “Lord Protector” anglais, elle n’a naturellement qu’une envie, celle de fuir dans la forêt. C’est là-bas qu’elle va découvrir que les loups ne sont pas des bêtes sauvages, ce sont des “Wolfwalkers”, des humains dont l’esprit prend l’apparence physique de l’animal la nuit. C’est aussi là-bas qu’elle va comprendre l’injustice des actions menées par les Anglais.

Le Peuple Loup est un film sur les oppositions. Tomm Moore et Ross Stewart mettent face à face, naturellement, les Anglais et les Irlandais. Ils vont aussi opposer la ville et la forêt, les humains et les loups, la modernité et les traditions. Il vont le faire grâce à une écriture soignée de personnages tout en nuances. Robyn est particulièrement réussie, et son père n’est pas loin derrière. Quelques personnages secondaires viennent apporter un ressort comique bienvenu. Et la jeune louve/humaine Mebh (prononcez “Maeve”) rappelle Aisling du Secret de Kells. Et pour cause, elle vit dans la forêt et apporte son lot de magie à une histoire bien dense.

Ce qui surprend le plus dans Wolfwalkers, c’est la qualité de l’animation, le soin apporté aux décors et à la réalisation. Techniquement, Ross Stewart et Tomm Moore ont repoussé les limites de leur art. Certaines séquences sont étourdissantes de beauté, que ça soit les plans de forêt ou même certains passages plus onirique (on pense à une séquence de course de loups montée sur “Running with the Wolves” d’Aurora). Les deux réalisateurs cherchent le cadre parfait, la symétrie impeccable et pousse l’opposition jusque dans les styles graphiques. La ville est sombre, austère et anguleuse quand la forêt est colorée, lumineuse et toute en courbes, le pont étant fait par la jeune Robyn dont le design s’arrondit au fur et à mesure de l’histoire. On pense à Genndy Tartakovsky pour la ville (notamment lors du final) et aux Disney de la grande époque pour la partie forestière. Non, pas le Disney des années 90, celui des “Nine Old Men” et du Livre de la Jungle de Wolfgang Reitherman.

Pour conclure cette fable écologique portée par la jolie musique de Kila et qui a bien des échos encore aujourd’hui Moore et Stewart tentent avec brio le triple climax. Vous pensiez que c’était fini ? Point du tout, les deux réalisateurs ont encore des choses à vous raconter. Vous vous souviendrez encore longtemps de votre première séance. Riche, dense, rythmé, magnifique, Le Peuple Loup est la somme de tout ce que sait faire le studio Cartoon Saloon, leur meilleur film et peut-être le plus beau que vous verrez cette année.

Le Peuple Loup (Wolfwalkers), de Tomm Moore et Ross Stewart – Sortie le 16 décembre 2020

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