Le cinéma d’action semble tout doucement bénéficier d’un renouveau intéressant en France. On a d’abord eu A Bout Portant de Fred Cavayé et sa course poursuite effrénée dans Paris puis Largo Winch, plus orientée aventure. On va bientôt avoir droit à La Proie, avec Albert Dupontel et Stéphane Debac.

Mais d’ici là, arrive sur les écrans L’Assaut, de Julien Leclercq, qui retrace, lui, les évènements autour de la prise d’otage de Marignane ainsi que la fameuse attaque de l’avion par les troupes du GIGN. Un film réussi qui ne laisse présager que de bonnes choses pour l’avenir de ce genre tant les Cavayé, Leclercq et autre Jérôme Salle semblent motiver pour ranimer un genre qui s’éteignait doucement.

Voici la critique de Jean-Victor.

L’Assaut – Sortie le 9 mars 2011
Réalisé par Julien Leclercq
Avec Vincent Elbaz, Gregori Derangère, Mélanie Bernier
Samedi 24 décembre 1994.
Quatre terroristes du GIA prennent en otage à Alger l’Airbus A-300 d’Air France reliant la capitale algérienne à Paris et les 227 personnes présentes à bord. Personne ne connaît leurs intentions : ils sont armés et apparaissent extrêmement déterminés.
Les terroristes revendiquent la libération de leurs camarades d’armes et exigent le décollage immédiat de l’avion. Mais ce n’est finalement qu’après de longues négociations diplomatiques tendues entres les gouvernements français et algériens et l’exécution de 3 passagers que l’avion quitte l’aéroport d’Alger.
Nous sommes le lundi 26 décembre, il est 3h33 du matin, quand l’Airbus d’Air France atterrit à Marseille-Marignane.
Trois personnages, Thierry, un soldat du GIGN, Carole Jeanton, une technocrate ambitieuse et Yahia Abdallah, un Djihadiste déterminé sont au cœur de l’événement.
Leurs logiques vont s’affronter jusqu’au dénouement final.
Devant 21 millions de téléspectateurs, l’assaut du GIGN va mettre un terme à cette prise d’otage sans précédent dans l’histoire du terrorisme… mais annonciatrice des terribles évènements du 11 septembre 2001.

 

Le cinéma américain a toujours été un moyen d’exorciser les peurs contemporaines et de revoir des faits récents de manière frontale pour mieux les analyser, les comprendre et les expliquer.
Si le film de guerre en a toujours été la preuve notamment pour le Vietnam, la manifestation de cette habitude lors des années 2000 a tourné autour de deux évènements très liés, à savoir la guerre en Irak et évidemment les attentats du World Trade Center. Que ce soit pour le meilleur (Vol 93 de Paul Greengrass) ou pour le moins bon, voir le pire (Oliver Stone…), les cinéastes américains ont démontrés une rapidité de réflexion et de remise en perspective de l’histoire récente comme on en a peut être vu nulle part ailleurs, pour donner au public les réponses sur des moments d’histoires dont on ne sait pas toujours tout, loin de là.
Partant de ce constat, il paraissait normal que la chose arrive un jour chez nous et sur un sujet comme la prise d’otage de Marignane, puisque c’est l’un des rares épisodes de la sorte en France, voir peut être le seul, tout en sachant qu’il était annonciateur du 11 septembre 2001 et de cette peur autour du terrorisme. C’est avec l’Assaut que le réalisateur Julien Leclercq s’attaque à un sujet dont on ne connaît rien et qui est un véritable champ de mines pour quiconque ose s’y aventurer…

Le cinéaste, que l’on connaissait pour son contesté Chrysalis, a donc eu l’idée de se concentrer sur cet évènement majeur des années 90 pour les médias, en se souvenant comme beaucoup de gens de ces fameuses images qu’on a tous déjà vu au moins une fois, dont celle de l’homme se jetant hors de la cabine de pilotage de l’A300 d’Air France immobilisé sur la piste.
Il est vrai que l’accident était une première pour la France, puisque effectivement c’est peut être le seul attentat de la sorte qui fut retransmit en direct à la télévision et suivit par 21 millions de spectateurs aussi ébahis et effrayés que les journalistes de l’époque face à ces longues minutes de carnage cloisonné dont on a vu que l’extérieur.
Le but de Julien Leclercq était donc de retranscrire avec une précision chirurgicale l’opération du GIGN au sein de l’avion mais aussi de raconter comment le tout a été suivi et coordonné du point de vue de l’administration française qui vécut ici une course absolument effrénée, face à un obstacle dont on ne savait pour ainsi dire rien à l’époque et dont on ne comprenait pas l’objectif.
C’est d’ailleurs l’une des choses les plus intelligentes du film que de suivre les actions du côté d’un gouvernement quelque peu débordé face à l’inconnu et dont les meilleurs agissements sont la cause de personnes qui ont su faire preuve d’une grande réflexion sur le moment.
A ce titre, le parcours du personnage joué par Mélanie Bernier et qui est en réalité un mélange de deux acteurs réels de l’époque est assez passionnant et incarne à lui seul tout l’intérêt de ce suivi dans les coulisses de l’état. Si la fictionnalisation des deux personnages d’origine peut quelque peu jurer avec la volonté de vérité du film, celle-ci permet cependant d’apporter un peu plus de rythme au personnage et à l’histoire, pour y gagner le plus possible sur le point de vue du cinéma.

Certaines attaqueront peut être ce choix mais dans l’ensemble le scénario démontre sans problème son travail de documentation assez énorme et dont le point culminant reste évidemment le fameux assaut auquel on assiste intégralement. Et si cet avion semblait être le théâtre d’une affaire sordide de l’extérieur, il faut bien admettre que c’est un véritable enfer qui s’y est déroulé tant la fusillade qui eut lieu fut d’une rage sans nom.
Julien Leclercq y insert sa caméra sans détour et retranscrit la chose avec une fidélité saisissante à laquelle il ajoute un sens du cadrage et de la photo intéressant, la froideur de son image donnant un cachet réaliste à l’ensemble et à l’esthétique immédiate.
En plus d’effectuer un travail de réalisateur honorable, il évite par ailleurs de tomber dans les grands pièges posés par le sujet en ajoutant un troisième point de vue à son histoire, celui des terroristes.

Une manœuvre ô combien casse gueule et pourtant opérée avec succès tant l’histoire ne cherche pas à les diaboliser mais simplement à suivre ces hommes encore une fois de la façon la plus pertinente qui soit, dans un souci de véracité constant en laissant le récit faire pour que le spectateur se pose des questions aux sujets de leurs motivations.
Cette neutralité se retrouve aussi sur « l’autre camp », celui des GIGN, dont il aurait été facile d’héroïser les actes en louant le courage et la bravoure de ces hommes prêts à affronter le chaos.
Si la réflexion traverse évidemment l’esprit d’un spectateur halluciné par la discipline et le professionnalisme des acteurs en question, le long métrage évite là encore l’icônisation déplacée et préfère rester le plus neutre possible pour garder une vraie légitimité sur la question et ne pas influencer le public pour lui livrer le déroulement de l’évènement vu de l’intérieur et le laisser créer le débat qui s’en suivra, notamment sur l’annonce du 11 septembre 2001.

La seule erreur de traitement à propos de cette neutralité réside dans la présence au sein du récit de la femme d’un des acteurs principaux de l’assaut, qui comme tout le monde assiste à l’incident devant un écran de télévision, en pleurs pour son mari. Certes, on peut comprendre la volonté de créer un lien émotionnel fort avec cette femme qui comme beaucoup d’autres ne savaient pas exactement ce que faisaient leurs maris à l’époque et découvrirent la chose avec le pays entier sur un écran de télévision. Aussi, c’est une manière de rendre un hommage à ces hommes et à leurs familles, ce qui en soit est tout à fait légitime, mais peut jurer quelque peu avec le réalisme voulu et le traitement général. Heureusement l’erreur ne dérange pas tant que ça et même si elle constitue la limite factuelle avec un rythme quelque peu redondant lors de la préparation de la mission, cela n’empêche pas Julien Leclercq d’avoir réussi son coup.

En s’attaquant à un fait finalement aussi précoce sur notre époque et qu’on a tôt fait de minimiser face à d’autres dates du même genre, Julien Leclercq vise juste. Avec comme modèle les films de Paul Greengrass, il signe avec l’Assaut un retour passionnant sur un évènement fort et dont on savait peu de choses tout en évitant de tomber dans la morale facile et laissant le spectateur seul juge de lui-même, face à un film qui apparaît aujourd’hui quasiment évident.
Et dire face à tant de pertinence, et à un traitement comme celui-ci, qu’on en attendait autant tiendrait du pur mensonge…

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