Trop de films sortent en salles chaque semaine, tellement qu’il est difficile de tout rattraper en temps et en heures. Nous arrivons donc après la bataille pour vous parler de First Man.

Mais le film de Damien Chazelle avec Ryan Gosling et Claire Foy méritait bien quelques mots.

 

LA CRITIQUE

Pas évident de raconter une histoire que tout le monde connait par coeur. Faut-il la raconter simplement ? De manière linéaire ? Déconstruire le récit ? Trouver un angle d’attaque ? Etre fidèle ? Prendre des libertés ? Pour raconter l’histoire du premier homme ayant marché sur la Lune, Neil Armstrong, Damien Chazelle choisit d’adapter le bouquin First Man: The Life of Neil A. Armstrong de James R. Hansen. Et il choisit un angle : faire un film focalisé sur les êtres humains plus que sur les péripéties.

Tout le monde connait l’histoire, au moins dans les grandes lignes : le 21 juillet 1969, Neil Armstrong et Buzz Aldrin se sont posés sur la Lune et y ont marché, laissant le pilote Michael Collins en orbite. Mais pour parvenir à un tel exploit, il a fallu de nombreux entrainements et autres tentatives pour vérifier que la NASA en était capable.

Le film de Chazelle s’ouvre en 1961 sur Armstrong aux commandes d’un avion-fusée X-15 capable de voler en orbite de la Terre avant de redescendre. Avec ses gros plans très (très) serrés sur Ryan Gosling et une caméra en mouvement perpétuel, le réalisateur donne le ton. Il va filmer au plus près les hommes et les femmes de cette aventure. Ce sera d’autant plus le cas qu’il ne montrera réellement dans le film qu’une seule fusée décoller en plan large. Pour toutes les autres missions, la caméra sera à l’intérieur du cockpit voir collée au fuselage. Chazelle évite aussi toute tentative d’héroïsme trop marqué. Pas question de montrer l’équipe Apollo 11 marcher au ralenti vers la fusée façon Michael Bay. Pas question non plus (et même si ça a fait une petite polémique de l’autre coté de l’Atlantique) de trop montrer le drapeau américain – à deux exceptions prêt. Ce n’est ici pas le propos du réalisateur.

Alors pour raconter une aventure humaine qui s’étale sur huit ans, il faut un casting de choix. Les seconds rôles sont alignés : Corey Stoll, Jason Clarke, Kyle Chandler ou encore Ciarán Hinds sont de l’aventure. Le livre d’Hansen décrit Neil Armstrong comme quelqu’un qui s’exprime peu et ne cherche aucunement la gloire. Gosling était donc l’acteur tout trouvé pour rester impassible ou presque pendant plus de deux heures. Pour contrebalancer le mutisme d’Armstrong, il fallait un personnage flamboyant et une actrice parfaite. Claire Foy incarne donc avec un immense talent Janet Shearon, la femme de l’astronaute. Elle est le véritable point central du récit, le personnage qui va vivre toutes les émotions de l’histoire. On connait l’histoire et on sait comment elle se terminera, mais pas elle. L’empathie que l’on ressent pour elle est immédiate, et on vit le film (dont on connait la fin) à travers elle.

Avec son casting impeccable, son sens du rythme, une mise en scène très soignée et une photo granuleuse façon images d’archives, Damien Chazelle réussit le tour de force de nous faire nous passionner par une histoire qu’on connaissait déjà par coeur. Et le réalisateur montre avec First Man qu’il est tout à fait capable de raconter autre chose que des histoires musicales. On suivra donc ses prochains projets avec grand intérêt.

First Man, de Damien Chazelle – Sortie le 17 octobre 2018

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