Après Nid de Guêpes, L’Ennemi Intime et une tentative américaine avec Bruce Willis (Otages), Florent Emilio-Siri s’attaque… à Claude François.

Et pour incarner le chanteur des Magnolias, des Yeux Bleus de Belinda et de Comme d’Habitude, il a fait appel au très blond et très bondissant Jérémie Rénier. Mais le réalisateur et le comédien sont-ils à la hauteur pour raconter l’histoire d’un des chanteurs français les plus célèbres ? Les sirènes du port d’Alexandrie chantent-elles encore la même mélodie ?

Critique musicale. Alexandrie, Alexandra. Aaah.

 

 

Cloclo – Sortie le 14 mars 2012
Réalisé par Florent Emilio Siri
Avec Jérémie Renier, Benoît Magimel, Monica Scattini
Cloclo, c’est le destin tragique d’une icône de la chanson française décédée à l’âge de 39 ans, qui plus de trente ans après sa disparition continue de fasciner. Star adulée et business man, bête de scène et pro du marketing avant l’heure, machine à tubes et patron de presse, mais aussi père de famille et homme à femmes…
Cloclo ou le portrait d’un homme complexe, multiple ; toujours pressé, profondément moderne et prêt à tout pour se faire aimer.

 

Je dois bien avouer que je ne connaissais pas vraiment Claude François avant de découvrir le film de Florent Emilio-Siri. Comme beaucoup de gens, je ne l’ai jamais vu autrement que comme un chanteur populaire, parfois ringard, auteur de quelques tubes qui font danser la nuit. Et comme tout le monde, je savais qu’il était mort électrocuté dans sa baignoire alors que sa carrière semblait au beau fixe. Rien de bien inédit donc.
Quand le premier teaser est donc sorti, c’est plus la qualité de l’image qui m’a intéressée. Emilio-Siri s’est forgé une réputation d’excellent réalisateur en quelques films et cette première apparition du personnage sur une scène avait donc tout pour m’attirer.
Restait alors à savoir si ça allait suffire pour me plaire pendant plus de deux heures.

Non seulement la réponse est oui mais Cloclo est sans doute le meilleur biopic jamais réalisé à ce jour. Le film n’est qu’un concentré de talents.

Emilio-Siri co-signe un scénario écrit avec Julien Rappeneau à qui l’on doit des choses aussi diverses que Largo Winch ou Un Ticket pour l’Espace. Faisant le choix de raconter l’histoire de Claude François du point de vue du chanteur, de l’annonce de sa naissance à celle de sa mort, ils multiplient les choix intelligents pour monter leur histoire. Sans clichés, sans forcer le traiter, c’est l’histoire d’un homme qu’on va découvrir en détails, tout en finesse. Son coté pile et glorieux bien sûr mais aussi son coté sombre, ses défauts, ses problèmes.

Pour faire fonctionner cette bonne histoire, il fallait des acteurs parfaits. Les seconds rôles, surtout féminins (Joséphine Japy et Ana Girardot en tête) sont très bons. Mais la palme revient à Jéremie Rénier. Le comédien belge est juste bluffant. Il chante, danse, bouge, joue de la musique comme Claude François. Il ne joue pas un rôle, ne tente pas une parodie, ne se planque pas sous une demi-tonne de maquillages pour ressembler à … il est Claude François. Emilio-Siri l’a si bien compris qu’il va mêler images d’archives d’origines et séquences connues retournées, s’amusant à tromper le spectateur qui ne voit plus le vrai du faux.

On va donc prendre un plaisir gourmand à suivre l’aventure de ce jeune homme, commencée sur les rives du canal de Suez dans une famille au père autoritaire qui va devoir quitter l’Egypte pour la France. Et alors qu’il l’espérait voir devenir banquier, le chef de famille va couper les ponts avec celui qui devient petit à petit un chanteur de plus en plus populaire. La gloire, les femmes, les chansons, les paillettes mais la vie de Claude François, ce n’est pas seulement ça. C’est aussi un garçon lâché par son père qui n’en grandira jamais complétement et aura les défauts de son géniteur : maniaque, autoritaire, parfois difficile à vivre, faisant parfois de mauvais choix.
Ce sera aussi quelqu’un qui, musicalement, aura tout compris. En reprenant des tubes américains et en les adaptant, en suivant la mode, en se renouvelant régulièrement, il parviendra à ne jamais devenir un chanteur ringard.

Le réalisateur de Nid de Guêpes et de l’Ennemi Intime prouve ici qu’il est un grand. Sa narration est parfaite et malgré quelques longueurs sur la fin il a le sens du rythme autant que le héros de son histoire. Jamais une seconde d’ennui et une réalisation aux petits oignons, intégrant deux plans séquences et quelques très belles scènes dont une où Cloclo se déplace dans les décors de son enfance.
Aidé par un Alexandre Desplats en grande forme, qui s’amuse notamment à écrire un thème et à l’inclure dans la sublime version finale de My Way pour bien jouer avec les émotions du spectateur, avec parfois la voix de Rénier, d’imitateurs vocaux ou d’enregistrements remixés, Siri livre une partition musicale sans fausse note.

A l’heure où le cinéma français se contente, à quelques rares exceptions près quand même, se contente de filmer des comédies vaudevillesques avec des obèses dans des bateaux de croisière ou des drames sur la famille filmés à huis-clos dans des cuisines, il est très agréable de voir qu’un réalisateur sait filmer, diriger, et raconter une histoire.

Habile, prenant, maitrisé, porté par un Jérémie Rénier bluffant, Cloclo est le grand film français à ne pas manquer cette année 2012. Pas sûr que la concurrence soit capable de lui arriver à la cheville.

4 commentaires

  • Misutsu jeudi 8 mars 2012 16 h 31 min

    Cette critique me rassure. Sans être le méga-fan de Cloclo, j’attends beaucoup de ce film, tant j’ai été déçu par les précédents biopics (Gainsbourg, Piaf… navrant.)

  • Marc jeudi 8 mars 2012 16 h 53 min

    Ah ben pour compléter mon point de vue : je n’ai pas aimé La Mome. Gainsbourg, c’est chouette mais c’est un peu différent d’une vraie biopic.

  • Ismaïlia vendredi 9 mars 2012 21 h 20 min

    Merci pour cette critique enjouée et passionnante à lire de bout en bout ! Vivement le 14 !

  • Trackback: CloneWeb » Demain c’est … mercredi 14 mars

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