Qui aurait cru que Robbie Williams reviendrait en force en 2025 ?
Connu pour son tempérament de sale gosse et quelques tubes planétaires, le chanteur anglais est pourtant discret artistiquement depuis un moment, son dernier album remontant à 2016, avec depuis un best-of orchestral pour fêter ses 25 ans de carrière.
Mais avec une série documentaire Netflix début 2024 et une grosse tournée à venir, l’entertainer fou continue son bonhomme de chemin, avec cet ajout apriori massif à sa carrière qu’est Better Man, un biopic musical décalé qui retrace l’ascension vers le succès de l’artiste…
Au détail près que celui-çi y est montré en singe !
Après tout, Pharell Williams s’est bien offert un biopic en Lego avec Piece by Piece cette année, donc on n’est plus à ça près, mais à vrai dire, la grosse influence pour Robbie Williams se situe plutôt du côté d’Elton John et de son Rocketman. Et c’est une très bonne nouvelle…
Réalisé par Michael Gracey, responsable de The Greatest Showman, Better Man est le fruit d’une collaboration étroite entre lui et le chanteur, qui lui a raconté sa vie dans une longue série d’entretiens faits sur plus d’un an, servant de base au scénario.
Sur le papier, on est sur une trame assez classique, où l’on part de l’enfance du chanteur jusqu’à son arrivée sous les projecteurs, et les problèmes qui ont suivi.
Mais l’influence du fameux Rocketman d’Elton John se ressent dans le choix de reprendre une partie des chansons de Williams sous forme de comédie musicale pour raconter sa vie, histoire de garder son point de vue tout du long.
Car Williams fait bel et bien partie de la narration du film, et y appose sa voix-off ça et là tout en poussant évidemment lui-même la chansonnette, tandis que plusieurs comédiens défilent (dont Jonno Davies et Asmara Feik) pour l’incarner à plusieurs moments de sa vie.
Comme chez son confrère british, le choix d’embrasser sa musique et de montrer les faits tels que les a vécus le chanteur se révèle payant, permettant au film de sortir d’une routine de reconstitution un peu galvaudée. Par exemple, lors de l’audition qui lui a fait décrocher une place dans le groupe Take That, la scène sort du décor classique et diégétique du studio avec le candidat face à son juge pour devenir un show fantasmé de cabaret, où Williams est soudain sur une scène en costume de crooner pour dérouler sa performance, précisément parce que dans sa tête, il l’a vécu de cette façon.
Plus encore, certains passages embrassent certaines de ses chansons dans lesquelles les paroles collent à un moment précis de son existence, et permettent de les raconter dans un élan plus musical et cinématographique qu’un simple film wikipédia.
Cette logique offre déjà de jolies scènes, comme sa rencontre avec la chanteuse des All Saints Nicole Appleton sur fond de “She’s the One”, qui donne lieu à un grand ballet retraçant une partie de leur relation, ou évidemment “Angels”, placée sur un moment plus triste de sa vie.
Mais le tout mène aussi à un moment de cinéma stupéfiant, lorsque le film utilise “Rock DJ” pour conter le succès fulgurant du groupe Take That dans un numéro musical endiablé en plan séquence sur la célèbre Regent Street de Londres. Enchaînant les changements de tenues avec des tours de passe-passe visuels hyper ludiques, la scène entière est un pur roller-coaster musical, qui embrasse le crescendo rythmique de la chanson pour monter en puissance visuellement et finir avec des centaines de danseurs à l’écran.
Ce passage embrasse aussi les possibilités offertes par le cinéma virtuel dans un grande chorégraphie visuelle où chaque mouvement de caméra est raccord avec l’intensité du moment, et impressionne autant qu’elle épuise par la décharge d’énergie colossale qu’elle représente, avec des détails dans tous les coins de l’écran, de quoi donner des sueurs froides sur le travail colossal qu’elle a dû nécessiter à elle seule, tout en étant parfaitement raccord avec le désir de Williams d’en coller plein la tronche.
Pour autant, il ne faut pas imaginer que Better Man mise tout sur les strass et paillettes.
Williams a toujours été plus fort quand il laisse parler ses fêlures, et Better Man est avant tout là pour ça. Bien loin de tomber dans la lamentation stérile de super star pourrie gâtée, le film dresse d’abord le portrait d’un garçon meurtri par ses relations familiales (tout comme un certain Elton John, tiens donc…), avec un père absent obnubilé par sa petite carrière de chanteur de salles des fêtes, quitte à abandonner les siens pour poursuivre son rêve. Et derrière, le film dresse surtout le paradoxe de Williams, un homme qui veut absolument être sous les projecteurs et être aimé par le monde entier, quand bien même il semble se détester lui-même et encaisse très mal la pression d’un tel milieu.
Le film a le mérite de ne pas être tendre avec son héros, colérique, égoïste et sujet aux addictions, parfois dégueulasse avec son entourage, tout en montrant ses grands traumas et le cocktail foutraque qui ont mené à un tel tempérament.
Et c’est précisément sur ce terrain là que la figure du singe prend tout son sens.
Le grand sujet de Better Man, c’est celui d’un homme qui ne s’aime pas, au point apriori d’avoir du mal à se regarder dans un miroir. Outre l’excuse de l’animal totem et de Williams qui se voit comme un singe, le changement pour l’animal permet déjà de ne pas courir derrière des acteurs plus ou moins ressemblant, permettant une continuité visuelle parfaite du début à la fin du film, qu’importe l’âge du personnage.
Surtout, le héros est au fur et à mesure hanté par certains aspects nihilistes de sa personnalité, sous forme de lui-même à un instant T. A mesure que le film avance, les dits aspects et leurs avatars se multiplient, jusqu’à offrir notamment une scène de bataille totalement délirante au beau milieu d’une foule de concert ! Mais ces différentes facettes du personnage fonctionnent d’autant plus avec ce singe, dont le trope visuel se justifie parfaitement en fin de film.
Pour le reste, on passe vite au-delà pour être dans l’histoire tant le travail sur les effets visuels est convaincant, grâce une fois de plus au travail titanesque de Weta Digital, qui n’en est de toute façon pas à son premier essai sur le sujet, en témoigne leur pedigree sur la Planète des Singes.
La nouveauté ici réside dans la parfaite intégration du singe avec un environnement tout à fait classique et normal, et son intégration est naturelle tout du long, ce qui n’était pas une mince affaire.
Alors il y a bien un petit revers cependant, tandis cette décharge d’énergie et de colère se déverse à l’écran, il manque peut-être un peu d’émotion à ce Better Man, peut-être à cause du singe justement, qui impose malgré tout une distance avec le personnage, où parce que le film ne s’arrête jamais vraiment et déroule son programme avec une intensité qui ne tarit pas. Mais ce parcours de vie, classique sur le papier, est ici transcendé par une vraie proposition artistique, qui dépasse totalement le cadre de son héros pour se poser comme un objet singulier, à la fois familier dans son récit et original dans sa forme.
Finalement, peu importe que vous soyez fan du chanteur ou non, car Better Man outrepasse son cahier des charges pour offrir une plongée dans la psyché torturée d’un homme au parcours extraordinaire, dont certains traumas ont une portée tout à fait universelle et qui vide ses tripes sur la table avec une honnêteté qui laisse pantois. Les fans seront peut-être frustrés que le film ne couvre pas toute sa carrière (la série documentaire sur Netflix sera là pour eux), et que certains faits sont quelque peu modifiés par soucis de fluidité et de pertinence scénaristique.
Reste qu’au final, Better Man s’inscrit avec panache dans le club très fermé des biopics réussis, totalement raccord avec le mantra d’un artiste qui a toujours chanté son désir de nous divertir.
Plus que jamais, on vous conseille d’accepter son invitation.
Better Man, de Michael Gracey – Sortie en salles le 22 janvier 2025


